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Rencontre avec le directeur de Marseille Jazz des 5 continents

Le Jazz, une musique de jeunes, en créations

• 14 juin 2018, 15 juin 2018, 16 juin 2018, 18 juillet 2018⇒27 juillet 2018 •
Rencontre avec le directeur de Marseille Jazz des 5 continents  - Zibeline

Marseille Jazz des cinq continents a changé de format et d’esprit, peu à peu, depuis 3 ans. Rencontre avec son directeur, Hugues Kieffer.

Zibeline : Une ouverture dès le 12 juin, des tournées qui se prolongent dans les Bouches-du-Rhône, des créations conçues sur le territoire… Marseille Jazz des Cinq continents semble au terme d’un changement d’importance !

Hugues Kieffer : Au terme non, nous voulons construire encore ! Et faire entendre cette musique partout et par tous. Mais il est vrai que les changements sont notables, à la fois dans le territoire, et dans la nature des proposition. Le Festival 2018 se présente sous des auspices très favorables. 
Il a déjà commencé  avec la création d’Eric Truffaz, dont nous sommes particulièrement fiers. C’est la première fois que nous portons ainsi une création de bout en bout. Eric Truffaz a écrit son projet en résidence à la Fondation Camargo à Cassis, il l’a répété ici, il le crée ici, avec 5 dates en tournée grâce à la Métropole qui a financé la création. C’est un projet très original, une pièce magnifique…

Elle se joue dans des églises. Pourquoi ? Est-ce un pièce sacrée ? 
Non pas sacrée, spirituelle, d’une spiritualité qui n’est pas religieuse mais cherche un au-delà. Il a travaillé sur le chant grégorien, la musique vocale médiévale, c’est une pièce pour 8 chanteurs et une trompette, mais sa spiritualité s’inspire aussi des modalités indiennes, de ce traitement particulier du temps et de la pulsation.

D’autres projets se déploient également sur le territoire et dans le temps, qui déborde largement du Festival.
Oui, c’est un désir que nous avons depuis 3 ans, et que nous concrétisons aujourd’hui. Le cœur du Festival reste le Marseille Jazz, du 18 au 27 juillet, mais d’ici là on entendra aussi de formidables chanteuses, Robin McKelle ou Sarah McKenzie, dans les parcs des mairies de Bagatelle ou de Maison Blanche, la violoniste Yilian Cañizarès à Vauvenargues, le trio de la pianiste Macha Gharibian…. Vous ne pourrez pas dire qu’il n’y a pas de femmes cette année ! Elles sont là, dans ce jazz plus jeune où elles se sont fait une place comme chanteuses mais aussi comme instrumentistes, et leaders de groupe. 

Vous allez aussi à Istres, à Salon, à Aix à la Duranne, et vous prolongez les festivités à Aubagne…
Oui, avec un concert de Lisa Simone le 30 juillet, et Tigran Hamasyan en décembre. On sera aussi présents à Tarascon, et Allauch, programmés dans le cadre des capitales provençales de la culture. Le Festival est historiquement et financièrement porté par la Ville de Marseille, mais l’engagement de la Métropole et du Département 13, ainsi que d’autres synergies avec certaines mairies et mairies de secteur, nous permettent cette année d’aller chercher un public qui n’a pas l’habitude du jazz. 

Le public du Marseille Jazz a-t-il changé ? 
Il change, doucement. D’abord il est plus nombreux, puisque nous avons plus de propositions, et que le public nous suit au Mucem ou au Silvain, et bien sûr durant la semaine au Parc Longchamp, soit une jauge de 3500 places. Cette année on débute sur le parvis du Vélodrome, avec un triple concert gratuit, participatif, avec les élèves du Conservatoire, l’IMFP de Salon. Puis on va au Silvain, avec son immense jauge, mais les  concerts de Selah Sue et Sarah Quintana étaient complets 2 jours après l’ouverture des réservations… 

Comment réagissez-vous à ce succès, qui génère aussi de la frustration ? 
On ne va pas dire que ça nous rend tristes ! Ces dates sont complètes ? On essaie d’orienter les spectateurs vers d’autres soirées en les incitant à la découverte… 

Le public, pour ce qui est des 10 jours du Marseille Jazz, reste-t-il essentiellement marseillais ? 
Dans sa majorité. Mais il y a 5 ans les habitants de la ville représentaient 92% du public. L’an dernier on en était à 78%. Marseille commence à être connu dans le circuit, et devient peu à peu une destination jazz, comme Nice ou Antibes. Pas encore comme Marciac, mais ça viendra ! On sait qu’à Marseille il se passe quelque chose, que la programmation a changé et construit une nouvelle identité. 

Que vous définiriez comment ? 
L’esprit du Festival dessine aujourd’hui une diversité, avec des artistes confirmés, et des stars historiques comme Youssou NDour ou Chick Corea, mais aussi des artistes émergents, parfois très jeunes, des fidélités construites comme avec Youn Sun Nah… Il y a aussi des hommes et des femmes, du jazz d’Asie qui sera le focus de cette édition, avec en particulier Yoshichika Tarue qui est un pianiste japonais absolument sidérant, le Sand quintet avec Henri Texier, une légende du jazz français, mais aussi Kool & The Gang, qui à New York a commencé par jouer du jazz avant ses tubes interplanétaires disco funk… Cette diversité des origines, des âges, des formations, mais aussi sans doute l’idée qu’au Parc Longchamp on vient gouter une soirée d’été et passer d’un univers à l’autre, fait notre identité. Qui a évolué comme vers un jazz d’aujourd’hui. 

Comment qualifieriez-vous ce jazz nouveau que vous programmez ? 
Il est dans un instant passionnant. La jeune génération a assimilé toutes les influences du monde. Ce sont de super musiciens, formés au jazz mais aussi aux musiques du monde, cubaines, américaines, indiennes, africaines, orientales. Ce ne sont plus des emprunts qu’ils font, des allusions, c’est intégré à leur musique, fondu, comme des éléments du même langage. Du coup leur jazz est moins chaloupé, ils créent ailleurs : dans le son, avec des machines, de l’électronique. Et le jazz américain en particulier a retrouvé aujourd’hui le lien avec les mouvements politiques. On est à la génération d’après, celle du sample, du creuset, où les musiciens venus de tous les horizons peuvent jouer ensemble, et élaborent une mondialité sans gommer les aspérités. C’est, vraiment, une musique qui devrait passionner les jeunes. 

Le public reste âgé ? 
Il change, là aussi. En programmant une nouvelle génération on attire forcément un public plus jeune. Il faut continuer à le convaincre de venir, et que le jazz n’est pas la musique de leurs parents, ou de leurs grands-parents, mais justement l’endroit où ils peuvent venir ensemble. Mondial, et intergénérationnel. 
Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Juins 2018

La Voce de la Luna
Eric Truffaz
14 juin à Istres, 15 juin à Martigues, 16 juin à Cassis
Jazz des cinq continents
jusqu’au 4 Août 
Divers lieux, Bouches-du-Rhône
Marseille Jazz des cinq continents, 
18 au 27 juillet
Vélodrome, Théâtre Silvain, Mucem, Parc Longchamp
marseillejazz.com 

Photos : Hugues Kieffer © X-D.R et Martha High © Stefano Caporilli