La saison 2019-2020 des Ballets de Monte-Carlo

Le corps plume

La saison 2019-2020 des Ballets de Monte-Carlo - Zibeline

Les Ballets de Monte-Carlo arpentent le monde du bout aiguisé de leurs pointes et reviennent sur les terres monégasques pour de nouveaux élans créatifs.

Si la danse est une écriture des émotions et des contes, le corps des danseurs monégasques en est la plume virtuose. À peine de retour d’Autriche, les voilà sur la scène de la salle Garnier avec leur spectacle accompagné par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par Kazuki Yamada, En compagnie de Nijinsky ; quatre pièces s’y conjuguent pour évoquer l’ombre du grand danseur et chorégraphe, Daphnis et Chloé de Jean-Christophe Maillot, Le Spectre de la Rose de Marco Goecke, Aimai-je un rêve de Jeroen Verbruggen, et Petrouchka de Johan Inger. L’amour est ici décliné en quatre temps, histoire antique tragique des héros mythologiques Daphnis et Chloé, écho des songes entre le Spectre de la Rose et L’après-midi d’un faune revisité sous le titre mallarméen d’Aimai-je un rêve ?, les poupées animées du conte de Petrouchka sont déplacées dans l’univers de la mode où triomphent les apparences… tragédie inéluctable quelle que soit l’époque. Les créations contemporaines creusent ainsi les œuvres du passé, et leur accordent de nouvelles profondeurs. Russie, Chine, Allemagne…

Les Ballets reviennent au printemps pour de somptueuses reprises : Altro Canto1 de Jean-Christophe Maillot (2006), dont la colonne vertébrale est le Magnificat de Monteverdi. Les corps androgynes magnifiés en statues d’église qui s’animent le temps d’un songe s’hybrident avec une poésie sensible et bouleversante. Casi Casa de Mats Ek vibre de la musique explosive de Fleshquartet qui passe en un clin d’œil de Beethoven à l’électro-rock. Contrepoint visuel aux variations de Paul Hindemith, Quatre Tempéraments de George Balanchine, à l’image des humeurs de la médecine antique s’équilibrant en une danse fluide et parfois imprévisible. Tout au long de la saison, l’atelier des Ballets de Monte-Carlo organise les Imprévus, répétitions ouvertes au public en présence des chorégraphes ou des maîtres de ballet qui nous offrent les clés des pièces à venir et nous permettent de décrypter les intentions des artistes, précisant les enjeux esthétiques, philosophiques, poétiques des œuvres. En juin, le Gala de l’Académie Princesse Grace nous donnera à découvrir les étoiles de demain, et le 4 juillet F(ê)aites de la danse investira de nouveau la place du Casino de Monaco pour un partage festif et joyeux.

Création

Les fêtes de fin et de début d’année seront marquées par Coppél-i.A., la nouvelle création de Jean-Christophe Maillot. Le directeur des Ballets monégasques renoue dans cette pièce en deux actes avec les grandes formes narratives. Le ballet romantique, Coppélia, ou la Fille aux yeux d’émail, d’Arthur Saint-Léon sur un livret de Charles Nuitter et la musique de Léo Delibes, était inspiré de L’Homme au sable d’Hoffmann. Jean-Christophe Maillot installe l’action dans un futur proche, et interroge à travers l’histoire d’amour de Frantz et Swanhilda que vient troubler un être artificiel, ce qu’est notre humanité et son devenir. L’idéal de l’humain est-il de chair ? L’abstraction lui est-elle supérieure et préférable ? À l’heure où l’intelligence artificielle envahit notre société et nos habitudes, qu’en est-il de nous ? Avec finesse et lyrisme, la nouvelle œuvre du chorégraphe s’inscrit dans le flux du monde et le questionne avec insistance (du 27 décembre au 5 janvier, Grimaldi Forum de Monaco).

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2019

Grimaldi Forum et Salle Garnier, Monte-Carlo
00377 99 99 30 00 balletsdemontecarlo.com

Photo : coppél-i.A c Alice Blangero


Grimaldi Forum
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www.grimaldiforum.com