« Ghost Song », nouveau film de Nicolas Peduzzi, projeté à Marseille en présence du réalisateur 

Le cauchemar américainVu par Zibeline

• 5 avril 2022, 27 avril 2022⇒4 mai 2022 •
« Ghost Song », nouveau film de Nicolas Peduzzi, projeté à Marseille en présence du réalisateur  - Zibeline

Après Southern Belle (Grand Prix de la Sélection française au FID Marseille 2017) qui brossait le portrait de Taelor Ranzau, héritière déchue d’un milliardaire texan, Nicolas Peduzzi nous embarque à nouveau dans le cauchemar américain. Ghost Song sélectionné par l’ACID Cannes 2021, est né pendant le tournage de Southern Belle. Le réalisateur a rencontré deux des protagonistes de son nouveau film : Will, cousin de Taelor et Omb Bloodbath, rappeuse de Third Ward. Il a commencé à filmer ce quartier de Houston, berceau du mouvement musical porté par DJ Screw. « Tu prends un son, tu le ralentis 4 ou 5 fois et après tu le saccades », explique Omb. Un flow lié à la consommation de la lean, cocktail de codéine et d’antihistaminiques.

On est donc à Houston, Texas : Pétrole, Sexe, Drogue et Alcool, résume Will. Une Babylone underground menacée par l’imminence d’un ouragan. Une apocalypse annoncée de plus en plus proche créant la progression dramatique du film. Des autoroutes qui isolent plus qu’elles ne relient. La rue où survivent les SDF, les drogués, les marginaux, où règnent les gangs, où on pleure, où on chante, où on danse, où on meurt. Explosions de violence et torpeur. La nuit floutée par les lumières de la Ville. Les clubs où s’enroulent autour des barres les corps féminins dénudés. Des maisons basses en bois, rafistolées que balaient des travellings latéraux.

Will, Omb et Tate hantent ce monde. William est un gosse de riches bourré de ritaline pour hyperactivité dès son plus jeune âge, à l’enfance abîmée par un père alcoolique et brutal, puis orphelin et rejeté par sa famille, mal aimé, spolié, addict aux médocs qui anesthésient sa douleur. Figure romantique, il subit sa condition en attendant l’Apocalypse. Tate deale de la cocaïne et en consomme. Il lui faut 200 dollars par jour pour tenir le coup. Il a bien essayé de s’en sortir, de rejoindre une normalité avec boulot épouse et bébé mais il a été largué. Figure attachante, il dérive lui aussi, sans amour, sans attaches, sans futur. Omb Bloodbath, lesbienne, cagoulée, tatouée, rappeuse, chef de gang, est sur le point de se sortir des pièges du ghetto grâce à son talent, de tourner le dos à un passé de prison et de sang, de créer une famille avec une esthéticienne mère d’un petit garçon. Figure d’une rédemption possible.

Ghost Song devait s’intituler Ghost Town. La musique mise en avant par le titre définitif est constitutive de ce documentaire. Hip pop, blues, jazz et opéra classique mêlés. Jimmy Whoo et Verdi ! Récitatifs des protagonistes pour dire leur douleur lancinante. Dispute chantée en duo blues, entre Will à la guitare et son oncle gominé, semblable au JR de Dallas. Dialogues rappés pour commenter la vie, en un chœur permanent. Ralentis et saccades pour un montage épousant le Screw qui pulse les images. La musique, oui, comme langage commun. Ghost song, une chanson fantôme qui convoque les Morts passés, abattus dans des guerres de gangs, et dont les noms s’impriment sur les tee-shirts des Survivants englués dans un présent aussi fantomatique qu’eux. L’ouragan gronde dans le ciel et dans les têtes. Le ciel sur Houston se plombe comme l’avenir.

ELISE PADOVANI
Mars 2022

Ghost Song sort en salle le 27 avril

Le film concourt dans la compétition Longs Métrages du festival Music et Cinéma : il sera projeté le 5 avril à 21h30 au cinéma Artplexe, Marseille, en présence du réalisateur.

Photo : © GoGoGo Films