Entretien avec (LA)HORDE, nouvelle direction du Ballet national de Marseille

« Le BNM ne va pas devenir notre chapelle »

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Entretien avec (LA)HORDE, nouvelle direction du Ballet national de Marseille - Zibeline

Le collectif composé de Marine Brutti (34 ans), Jonathan Debrouwer (34 ans) et Arthur Harel (29 ans) souhaite faire souffler un vent de décloisonnement et de nouvelles tendances, chères au fondateur de l’institution, Roland Petit. Au cœur du projet, la danse et les danseurs du ballet.

Zibeline : Pourquoi avez-vous postulé à la direction d’un ballet national, qui plus est celui de Marseille ?

(LA)HORDE : Marseille a beaucoup compté dans notre choix. Paris est notre « maison-mère », elle nous a beaucoup nourris de sa culture underground et queer. Mais en voyageant, on s’est rendu compte qu’on en avait fait le tour, qu’on avait besoin de se ressourcer et de retrouver la puissance qu’une ville comme Marseille nous donne à chaque fois qu’on y passe. On a vu un appel à projet dans lequel on se reconnaissait, avec une dimension d’ouverture, de jeunesse. On a donc déposé un dossier qui nous ressemble. On pense qu’un outil, une institution comme le BNM doit s’ouvrir aux artistes polyvalents.

Vers quel positionnement artistique allez-vous orienter le BNM ?

Nous faisons de la réalisation de films, des pièces chorégraphiques, des performances et nous voulons mettre en place un triptyque qui s’appuie sur ces trois pôles. Notre sujet principal est bien la danse. Et la danse est multiple. Peu importe le medium qu’elle prend. L’enjeu est comment le corps se représente dans la société d’aujourd’hui, à travers les réseaux sociaux, l’espace public, la scène. Pour nous, le plateau est un lieu extrêmement politique dans lequel on aime faire entrer des communautés, des personnages, des écritures chorégraphiques multiples. On a pensé un projet ouvert vers l’extérieur et accueillant. Le BNM ne va pas devenir notre chapelle, mais un lieu de création et de diffusion pour des artistes qui n’y auraient pas eu facilement accès et aussi pour de grands noms qui permettront aux danseurs du Ballet de tourner.

Allez-vous créer un répertoire ?

Notre but est justement de ramener du répertoire au Ballet qui n’en possède pas aujourd’hui, à part les pièces laissées par Frédéric Flamand. Nous allons inviter des artistes issus de disciplines différentes à écrire pour le ballet. Il y a aussi un beau patrimoine de costumes de l’époque de Roland Petit mais le BNM n’a pas les droits pour jouer les œuvres concernées.

Quelle place allez-vous donner aux danseuses et danseurs de la maison ?

On porte un amour démesuré à nos interprètes et il est important pour nous que les danseurs soient le centre du projet. Nous sommes également très attachés à leurs droits. Quand nous sommes arrivés au Ballet, il existait trois statuts pour vingt danseurs : des CDD qui n’étaient pas légalement renouvelables, des CDI et des apprentis du Pôle national supérieur de danse Cannes-Mougins. Nous en avons recruté 13 supplémentaires (sur 1000 candidatures), paritaires et « racisés », qui viennent du monde entier : 6 nouveaux apprentis qui fréquenteront ceux du Ballet Preljocaj pour constituer une classe plus grande et 7 danseurs qui entrent directement en CDI. Pour nous, l’accompagnement doit être autant social que physique. Chaque personne aura un parcours individualisé kinésiologigue, ostéopathique et nutritionnel, pris dans le volume horaire du travail.

Comment envisagez-vous les relations avec les autres structures de la ville et de la région ?

Notre envie est de rencontrer un maximum de partenaires, avec la volonté de travailler en collaboration avec les acteurs culturels, en regardant à chaque fois quelle est la structure la plus pertinente pour accompagner et faire vivre les œuvres. Au-delà des institutions, Marseille est riche aussi de diverses communautés. Notre but est d’ouvrir les regards et de multiplier les entrées pour le public.

Peut-on connaître les grandes lignes de la saison ?

L’idée n’est pas d’arriver et d’affirmer des choses, mais de prendre notre temps pour pouvoir déployer un projet. Il y aura des propositions très différentes aussi bien de (LA)HORDE que d’autres artistes. On commence par l’ouverture du festival actoral avec une soirée au Mucem. La semaine suivante, notre dernière création sera aux Salins, à Martigues. En novembre, ce sera une autre pièce au Pavillon Noir. Nous écrivons actuellement pour les danseurs du BNM avec le compositeur de musique électronique Rone. La première sera jouée en mars, au Théâtre du Châtelet à Paris, et la saison suivante à Aix, au Grand Théâtre de Provence. Enfin, il y a beaucoup de projets dont nous ne pouvons pas encore parler.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Ballet National de Marseille

04 91 32 72 72 ballet-de-marseille.com

collectiflahorde.com

Photo Collectif (LA)HORDE © Tom de Peyret

À venir

Marry me in Bassiani

28 septembre

Les Salins, Martigues

04 42 49 02 00 les-salins.net

To Da Bone

7 et 8 novembre

Pavillon Noir, Aix-en-Provence

04 42 93 48 14 preljocaj.org


Ballet National de Marseille
20 Boulevard de Gabès
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