René Martin évoque la nouvelle édition du Festival de piano de la Roque d’Anthéron

« L’audace n’exclut pas la prudence »

• 23 juillet 2021⇒18 août 2021 •
René Martin évoque la nouvelle édition du Festival de piano de la Roque d’Anthéron  - Zibeline

Zibeline : Vous étiez un des rares festivals qui a réussi à se maintenir l’été dernier. Cette année, vous ne misez que sur des jauges à 60%. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

René Martin : Il me semblait trop compliqué et présomptueux de mettre en œuvre des jauges pleines pour cet été. Beaucoup de données nous sont encore inconnues. L’année dernière nous avions misé sur 35% des places, et cette année nous visons 60%, soit 1200 places sur 2000 au lieu des 700 de l’an dernier. C’est déjà exceptionnel ! Les conditions sanitaires irréprochables que nous avions mis en place l’an passé avaient été saluées, de même que le soin que nous avons apporté aux publics. On estime aujourd’hui que la vie musicale reprendra telle qu’elle était au tout début de 2020 sur la saison 2022-2023. Nous savons faire preuve d’audace, mais cela n’exclut pas la prudence !

Ces contraintes ont-elles de nouveau pesé sur la programmation ?

De façon analogue mais moindre. L’année dernière, nous avions misé sur de la musique de chambre, sur des transcriptions du XIXe siècle. J’avais découvert des pages formidables, que je ne connaissais pas ! Cette année, nous réunissons des orchestre Bach ou Mozart, soit 35 à 40 musiciens sur scènes. Les cordes doivent se tenir à 1m50 les uns des autres, et les vents à 2 mètres. Cela implique toute une logistique à mettre en place. Nous ne pourrons pas, cette année non plus, inviter l’orchestre du Kazakhstan, ou programmer l’intégrale des concertos de Rachmaninov… Mais ce n’est que partie remise !

Avez-vous de nouveau misé sur des artistes nationaux ?

L’édition dernière nous avait rappelé à quel point l’école française est aujourd’hui déterminante. Cette année, certaines réserves demeurent : venir de Russie sera envisageable, mais d’autres pays ne nous serons pas accessibles. Pour le Japon, qui prévoit dix jours d’isolement, c’est notamment très compliqué.

Et sur des musiciens plus jeunes, plus « émergents » ?

Comme chaque année, nous divisons notre programmation entre les découvertes complètes, les talents très confirmés et les artistes consacrés. Nikolaï Lugansky, Nicholas Angelich, Grigory Sokolov, Arcadi Volodos et Boris Berezovsky, Khatia Buniatishvili seront notamment de la partie. Nous recevrons également Fanny Azzuro, Claire Désert, Caroline Sageman, Plamena Mangova, Renaud Capuçon… Des artistes formidables !

Une nouveauté également : la programmation « Passer au présent » concoctée par Florent Boffard.

Elle permettra au public de découvrir ou de redécouvrir des compositeurs majeurs tels que Tristan Murail, Gilbert Amy et Marco Stroppa. La journée du 16 août sera également dédiée aux compositrices : les récitals de Marie-Catherine Girod et Célia Oneto Bensaïd mettront les femmes à l’honneur, de même que le concert de David Kadouch dédié à la figure de Madame Bovary. Une journée Liszt se tiendra également le 11 août. On ne change pas les bonnes vieilles habitudes ! (rires)

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Juin 2021

Festival international de piano de la Roque d’Anthéron
Du 23 juillet au 18 août

Parc du Château de Florans, La Roque d’Anthéron
festival-piano.com

Coup de cœur

Nouveauté pour le festival, les journées « Passer au présent » préparées par Florent Boffard réuniront des effectifs chambristes à la fois sur des pages connues du répertoire et sur des compositeurs avec lesquels le public pourra échanger. La journée du 7 août réunira ainsi la violoniste Élise Bertrand, le violoncelliste Arthur Heuel, le flûtiste Samuel Casale, le clarinettiste Lilian Lefèbvre et le pianiste Arzhel Rouxel sur des œuvres de Tristan Murail. Le 8 août, Gilbert Amy retrouvera cet effectif -rejoint par Miho Hakamada au saxophone et Fiona Mato au piano. Changement de décor pour le 9 août avec Marco Stroppa, sur des œuvres réunissant le pianiste Kojiro Okada, le violoniste Ryo Kojima et le violoncelliste Jérémy Garbarg. Donnés en fin de journée à la Salle des Fêtes du Centre Marcel Pagnol, les concerts seront précédés de répétitions générales publiques et de rencontres avec les compositeurs.

Photo © Christophe Grémiot