Les oeuvres du Frac voyagent en Paca

L’art est à tousVu par Zibeline

• 7 décembre 2017⇒18 février 2018 •
Les oeuvres du Frac voyagent en Paca - Zibeline

FRAC ! Le Fonds Régional d’Art Contemporain expose ses œuvres de Gap à Carros, de Marseille à Mougins, pour que l’art contemporain soit offert à tous.

Au-delà de l’acronyme FRACassant, des missions précises sont dévolues aux Fonds régionaux par l’état et les régions, leurs deux tutelles : acquérir des fonds, les diffuser à l’échelle régionale, les médiatiser pour offrir à davantage de public des œuvres qu’il juge souvent absconses, parce qu’il n’en possède pas les clefs de lecture. Quelle poignée d’amateurs peut en effet comprendre l’intérêt, majeur, des œuvres de Jérémie Sutton, qui exposait à la galerie Sintitulo à Mougins ? L’équilibre de ses anamorphoses de couleurs, qui n’existe que dans le regard du spectateur, est une illusion si parfaite qu’une démonstration est nécessaire pour comprendre le travail subtil qui est en jeu dans ces objets, et combien cela questionne notre perception, et la nature de la lumière…

C’est cette nécessaire médiation qu’appelle de ses vœux Richard Galy, président du FRAC mais aussi maire de Mougins et président de la commission culture de la région PACA. Lors du vernissage de l’exposition de Mehdi Zannad à Mougins, il expliquait combien lui-même prenait de plaisir à cette fonction, qui lui permettait de découvrir le « secret insoupçonné » des œuvres en rencontrant les artistes. « Le FRAC possède une collection de 1200 œuvres de près de 500 artistes, il faut qu’elles circulent dans toute la région, mais aussi que des événements, des ateliers, des visites commentées soient organisées pour faire connaître l’art contemporain, qui nécessite une explication, et notre fonds, qui est d’une qualité rare. »

Une qualité sur laquelle Pascal Neveu, directeur du Frac, veille jalousement : les 1200 œuvres ont été acquises avec beaucoup de pertinence, en accompagnant des artistes souvent peu connus et en les aidant à acquérir une notoriété et une valeur sur le marché de l’art. Les Carnets de villes et les gravures et eaux fortes de Mehdi Zannad acquises par le Frac témoignent de cette pertinence, et aussi de la volonté de faire comprendre leurs enjeux : « On n’imagine pas, avant que l’artiste nous l’explique, combien le travail de gravure est minutieux et complexe. C’est admirable, ce que fait Mehdi Zannad » s’enthousiasmait Richard Galy lors de vernissage.

Mais si les dessins témoignent de la technique d’architecte de l’artiste, si les eaux fortes et les gravures retrouvent des savoir-faire anciens avec une maîtrise rare, c’est surtout la désolation de ces paysages urbains qui transparaît : sans vie, sans humains, sans animaux, la nature à Marseille ou Montreuil tente encore quelques surgissements de végétaux rachitiques, de même que l’histoire laisse quelques marques comme des vestiges délaissés. Mais ce sont les murs sans qualité qui fondent ces paysages urbains. Le dessin et les techniques anciennes ajoutent leur nostalgie à ces carnets et paysages dont le réalisme n’a d’égale que la mélancolie…

Poussières

À Carros, au château, d’autres paysages, photographiques, en couleur, mais tout aussi déserts : la série Never Mind, un ensemble de 45 photographies du marseillais André Mérian, s’attache à poser un regard sur l’impensé, le « sans importance » qui n’a jamais été un sujet photographié :  45 vues d’intérieur, de carrelages, de paysages naturels banals révèlent leur lignes, leurs trous, leur absence de caractère qui les rend presque abstraits, matières où la production humaine, laissée à l’abandon, retourne à la nature dont elle est extraite.

À Tourrettes-sur-Loup Suzanne Hetzel expose d’autres traces, des « trouvailles », textes, archives, photographies, collection de chaussures esseulées. Le corps est là, nu, porteur d’objets quotidiens, dans une réalité figée, symbolique d’on ne sait quelle mémoire. Celle d’une tomate aux allures de pomme rouge à croquer, la sensation d’une absence, d’une nudité qui n’est pas une mise à nu, car elle surgit d’une relation rêvée entre des éclats disparates. Une œuvre d’une poésie évidente…

Mehdi Zannad
jusqu’au 4 février
Espace Culturel et Musée de la photographie, Mougins (06)

Never Mind
André Mérian
jusqu’au 14 janvier
Centre international d’Art Contemporain, Château de Carros (06)

Suzanne Hetzel
jusqu’au 17 février
Espace muséal Château-Mairie, Tourrettes-sur-Loup (06)

À Marseille, trois nouvelles expos ont ouvert leurs portes le 2 décembre :

Le bruit des choses qui tombent
Tiré du titre d’un livre de Juan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent interroge la question de la peur dans ses multiples acceptations : peur de l’inconnu, de l’autre, de l’avenir, de l’obscurité, du vide, de l’effondrement, de la violence… Les œuvres issues de la collection du Frac et de quatorze artistes colombiens contemporains sont mises en regard et permettent d’objectiver, d’analyser, d’interpréter la relation complexe que l’homme entretient avec la peur, entre attraction et répulsion.

Olivier Rebufa
Olivier Rebufa investit le plateau expérimental du Frac sous la forme d’une invitation Au royaume de Babok, exposition inventaire de sa quête identitaire entre Dakar où il est né, Marseille où il réside et la Guinée Bissau où il a été initié au chamanisme. Dix ans de réflexions qui l’ont conduit à « un retour sur soi » et à une pratique artistique dont on découvre aujourd’hui l’amplitude et la cohérence : séries photographiques, film, installation, fétiche, autel de libation, radiographie et Wall Painting disent sa « double culture ».

Inventaire d’inventions (inventées)
L’écrivain argentin Eduardo Berti et le duo Dorothée Billard et Clemens Helmke, accueillis en résidence à La Marelle à Marseille, manient le verbe, le crayon ou la caméra avec la même soif d’invention ! Le résultat de leurs échanges est une exposition aussi poétique que ludique, à expérimenter physiquement et intellectuellement : une bibliothèque imaginaire, un baby-foot grapheur, une conversation dos à dos… Il suffit de « suivre le fil insolite de la fiction ».

jusqu’au 18 février
Frac, Marseille

AGNES FRESCHEL
Décembre 2017

Illustrations : -c- Mehdi Zannad, Tour CMA-CGM, Marseille 2010. Collection Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur. Donation de la Société des Amis du Frac. Exposition du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur hors les murs et -c- Belle terrasse – Suzanne Hetzel au Château de Tourrettes-sur-Loup. Exposition du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur hors les murs et Olivier Rebufa, Autoportrait Mam Serpent, 2007, infographie 3D, 150 x 150 cm. Exposition du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur.