Les Journées du film sur l'environnement Courant d'air à Aix jusqu'au 31 mars

L’air et les songesVu par Zibeline

Les Journées du film sur l'environnement Courant d'air à Aix jusqu'au 31 mars - Zibeline

Pour leur huitième édition, au moment où se profilent des décisions politiques concernant la transition énergétique, les journées du film sur l’environnement organisées par Image de ville du 27 au 31 mars, se font filles de l’air. Quatre axes pour décliner le thème éolien : le souffle créateur, l’architecture et le paysage, la pollution atmosphérique, les plantes et la santé. Installés à La Cité du Livre, les arbres à vents, bouquets de tubes transparents soufflent des rubans colorés, supportant des écrans qui diffusent en libre service des documentaires sur ces sujets. Soirée d’ouverture inspirée, avec une conférence imagée de Thierry Paquot, philosophe de l’urbain et de Pierre Sauvageot, musicien, directeur de Lieux publics. Le philosophe, gourmand de mots, a proposé un vagabondage étymologique qui ne manquait pas d’air. Réflexion légère, «bachelardisant» d’air en songes, soulignant la quantité impressionnante d’ouragans, cyclones, tempêtes, tornades plus ou moins métaphoriques qui se déchaînent sur la toile depuis les origines. Ou évoquant le souffle érotique du métro souterrain qui soulève à jamais le plissé diaphane de la robe de Marilyn. Le musicien, quant à lui, a présenté ses champs harmoniques (visibles dès le 4 avril à Marseille aux Goudes). Le vent y devient compositeur par l’intermédiaire de poétiques sculptures instrumentales et d’aléatoires déambulations. Ces exposés apéritifs ont été suivis par un ciné-concert : création musicale de Gaël Mevel habitée par le lyrisme de St John Perse, pour accompagner Le Vent, chef d’oeuvre du réalisateur suédois Victor Sjöström. Ce film muet de 1928 suit Letty, innocente orpheline venue de Virginie pour retrouver son cousin, dans un désert de l’Ouest où souffle sans relâche un vent terrible. «C’étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde. De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte…» Entre clarinette, percussions et violoncelle, la voix de Catherine Jauniaux module la litanie du poème Vents tandis que Letty incarnée par la superbe Lillian Gish, au bord de la folie, lutte contre la jalousie, la concupiscence, les bourrasques, le sable qui s’insinue partout. Son visage surexposé flotte dans la nuit, sa capeline blanche danse dans la tempête qui efface les contours des choses et agite de grandes ombres. Film sombre hanté par un cheval fantôme, drôle avec son duo comique de soupirants, basculant dans la violence du viol et du meurtre avant de proposer un happy end ambigu. Une belle entrée en matière pour ces journées riches en débats et dont la programmation ciné avec l’hommage à Joris Ivens et le choix du film kirghize de Aktan Arym kubat Le voleur de lumière, reste sans défaut.

ELISE PADOVANI

Mars 2013

Courant d’air
du 27 au 31 mars
Cité du Livre, Aix
04 42 63 45 09
www.imagedeville.org

Image de ville
Espace Forbin
1 place John Rewald
13100 Aix en Provence
04 42 63 45 09
http://www.imagedeville.org/