La 5e Biennale des écritures du réel, de mars à juin, par le Théâtre de La Cité à Marseille

La vie en face

La 5e Biennale des écritures du réel, de mars à juin, par le Théâtre de La Cité à Marseille - Zibeline

La Biennale des écritures du réel multiplie les occasions de s’emparer de notre quotidien.

Observer le réel, l’appréhender dans ce qu’il a de plus concret, c’est souvent s’en éloigner. C’est en effet l’un des grands principes du travail de terrain tel que le pratiquent les anthropologues, qui toujours mettent en œuvre une distance, le fameux « regard éloigné », pour mieux découvrir, et souvent ainsi redécouvrir, les aspérités de la (vraie) vie, les habitudes, le quotidien, le banal, tout ce qu’on ne voit plus parce qu’on croit trop le connaître. L’équipe du Théâtre La Cité à Marseille empreinte, pour introduire la cinquième Biennale des écritures du réel, la plume d’un des maitres de l’observation de notre réalité d’humains, celui qui sous couvert de ne parler que de lui s’est fait le peintre de toute une société, dans ses moindres détails. Marcel Proust formulait ainsi sa façon de décrypter le réel : « voir le monde avec les yeux des autres ». De mars à juin, il sera question, à travers des spectacles, des lectures, des débats, des balades, des films, d’appréhender, en conjuguant les regards, un réel clair et net, un réel ferment de fantasmes, un réel qui fait peur autant qu’il ouvre la porte aux rêves les plus fous ; bref, voir la vie comme elle est et comme elle va. Et, surprise, la programmation traduit un grand élan d’optimisme, quelque chose qui « ouvre les possibles » ; le réel, parfois peut donner des ailes.

On rentre pourtant dans le dur, avec la proposition de Gérard Watkins (Perdita Ensemble). Scènes de violences conjugales (19 & 20 mars, Joliette) plonge résolument dans ce qui occupe aujourd’hui (enfin) le devant d’une actualité qui jusqu’ici était occultée. À travers l’histoire de deux couples, la pièce, largement conçue à partir d’improvisations, démonte les mécanismes d’installation de la maltraitance. Sur le plateau, une porte de sortie s’ouvrira peut-être. Nadège Prugnard empoigne à bras le corps la réalité de l’alcoolisme. Seule en scène, elle incarne Fanny-peau-de-whisky, ivre d’alcool et de mots, accrochée à ses rêves, qu’elle nourrit de verre en verre (Alcool, un petit coin de paradis, 21 mars, Joliette).

La Cie de La Conquesta del Pol Sud s’est emparé du récit de l’écrivaine roumaine exilée Carmen-Francesca Banciu pour élaborer un théâtre documentaire (A Land Full of Heroes, 21 mars, Joliette) qui témoigne d’une histoire européenne passée et actuelle, avec « une matière brute que sont le réel et le vécu des personnes ». Performance le 24 au Théâtre La Cité, avec l’auteur et comédien Julien Mabiala Bissila et le Grand 8, ensemble de musique improvisée. Spectacle total où les mots, les gestes et les sons s’imbriquent dans l’ici et maintenant. Observatrice et traductrice (l’un ne va pas sans l’autre) de notre contemporain, l’une des grandes figures de la danse contemporaine, Maguy Marin, avec son dernier spectacle Ligne de crête, passe notre société de consommation au rouleau compresseur (26 mars, La Garance). En écrivant « une fiction plus vraie que vraie », Myriam Saduis rejoue son histoire familiale. Elle a décidé que face à sa mère, merveilleuse et gravement paranoïaque, c’est elle qui détenait le Final Cut (29 mars, Mucem), et aujourd’hui, elle recompose avec le passé. Mallika Taneja performeuse de New Delhi, déboule avec son percutant Be careful, Pour survivre, cesse d’exister (31 mars, La Cité), où elle démonte et démontre l’hypocrisie de cette recommandation serinée à toutes les femmes indiennes. 

Encore plus vrai
Les mois suivants accueillent des propositions différentes. En avril : une lecture (Julie Villeneuve, Cosmo ce chien et moi), En-jeu majeur, « tentative en espace public » avec La Réplique et la formation supérieur d’art en espace public (FAI-AR), une sortie d’atelier (M moi nous même) où Julien Pillet pose la question du pourquoi Emmanuel Macron est-il bel et bien notre président, et finalement, ne pourrions-nous pas prendre sa place. Grandir est un work in progress mené par Karine Fourcy, associée à la romancière Valérie Manteau : une écriture qui croise une aventure théâtrale au Congo-Brazzaville et les mots entendus sur le plateau lors des ateliers menés avec les jeunes au Théâtre de la Cité. Incursion dans l’espace public encore avec Nos corps citoyens (Bahri Ben Yahmed), et conférence avec l’auteur de l’Atlas de l’Anthropocène François Gemenne.

En mai, Florence Lloret restituera le travail vidéo réalisé avec les élèves du lycée professionnel Ampère, L’école, rêveries : une entrée sensible dans le « vrai » monde de l’éducation ; ici on prépare les élèves à devenir agent de sécurité. La co-directrice artistique du Théâtre de la Cité collabore également à la création de Laurent Colomb, auteur, acteur et enseignant, qui, avec Barbare Orgue, restitue une plongée dans un collège polyglotte des quartiers Nord de Marseille. Mai s’achèvera sous le signe de la marche. Une randonnée urbaine (Far East, Bureau des guides du GR2013), une « enquête marchée » dans le territoire d’Emmaüs Saint-Marcel (Agonie du Palmier), et la performance marathon de Robin Decourcy au Centre hospitalier Valvert.

La vie, c’est mieux en vrai.

ANNA ZISMAN
Février 2020

À VENIR EN JUIN
Projections en soutien à SOS Méditerranée, Ceux qui nous arrivent de Michel André, Malgré tout par François Gemenne, Black Belt de Kubilai Khan
Biennale des écritures du réel
jusqu’en juin
Divers lieux, Marseille

Photo : Scènes de violences conjugales, Gérard Watkins © Elena Mazzarino

Théâtre de la Cité
54, rue Edmond Rostand
13006 Marseille
04 91 53 95 61
http://www.maisondetheatre.com/