Raymond Vinciguerra reprend Camus au Gyptis

La vérité est en basVu par Zibeline

Raymond Vinciguerra reprend Camus au Gyptis - Zibeline

Il est étrange de constater, alors que le théâtre de Camus, terriblement didactique, a mal vieilli, combien ses essais et récits passent bien à la scène…

Le pari de Raymond Vinciguerra était osé : la confession de Clamence n’est pas un monologue, et La Chute, malgré les appels à un interlocuteur imaginaire, n’est pas adressée. Pas théâtrale donc. Il s’agissait de ne pas tomber dans le piège d’une dramatisation, et la mise en scène les évite : le seul personnage présent, possible, autour de Clamence est bien cette jeune femme qu’il a laissé se noyer dans la Seine, et dont la chute physique a provoqué sa dégringolade sociale, et sa prise de conscience morale ; les seuls éléments de décor possibles sont bien ces images mentales projetées sur les écrans et qui suivent le trajet du narrateur, de la débauche à l’introspection, comme le tabouret, le transat puis le lit suivent son affaissement. Raymond Vinciguerra représente ces images intérieures discrètement, dans une abstraction très juste.

Son comédien ne l’est pas moins : Philippe Sejourné, avec une diction qui retrouve les accents bourgeois du Paris des années soixante, ou s’empâte dans la bière des bars d’Amsterdam, incarne toutes les facettes de Clamence, l’épave avocat des truands, le don juan méprisant et dominateur, le filou philosophe, jusqu’au lâche qui ne se pardonnera jamais d’avoir eu peur du froid… Et la colère, terrible, contre lui-même.

L’occasion de (re)découvrir un très grand texte.

AGNES FRESCHEL
Février 2013

du 12 au 16 mars

Théâtre Gyptis, Marseille

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
www.lafriche.org