Le festival Flamenco Azul, du 7 avril au 1er mai à Marseille, Aix-en-Provence, Arles et Digne-les-Bains

La tentation contemporaine de Flamenco AzulVu par Zibeline

• 7 avril 2022⇒1 mai 2022 •
Le festival Flamenco Azul, du 7 avril au 1er mai à Marseille, Aix-en-Provence, Arles et Digne-les-Bains - Zibeline

La 4e édition du festival coproduit par le Centre Solea et Arts et musiques en Provence se penche sur les artistes qui insufflent le renouveau de l’art flamenco.

« Rompedor ». Maria Pérez l’assume : la 4e édition du festival Flamenco Azul veut « casser les codes ». Les deux années difficiles que vient d’endurer le monde des arts et de la culture n’ont entamé en rien la passion et la détermination de la directrice du premier festival digne de ce nom consacré au flamenco à Marseille. Pas même la baisse drastique de la subvention accordée jusque-là par le Conseil départemental. Il faut dire que le Centre Solea qu’elle a fondé il y a plus d’un quart de siècle est l’acteur incontournable de la culture flamenca dans la cité phocéenne. Une aura réaffirmée il y quelques années par la très institutionnelle École de Flamenco d’Andalousie qui a fait de la structure marseillaise son premier siège officiel en France et le détenteur exclusif de sa certification en danse dans le grand Sud-Est. Mais ce ne sont pas les honneurs et encore moins la flagornerie qui motivent Maria Pérez. Associée à l’opérateur culturel Arts et musiques en Provence pour la coproduction de Flamenco Azul, l’équipe de Solea ne déroge pas à sa ligne conductrice : construire un événement à la fois « populaire, savant et solidaire ». Une « lema » (devise) à laquelle s’ajoute cette année une orientation tournée vers les « identités en mouvement ». Autrement dit, le festival ouvre grand sa programmation à des artistes qui rendent vivantes et actuelles les différentes disciplines du flamenco, en les nourrissant d’une expression contemporaine qui ne contrevient pourtant jamais à l’essence de cet art séculaire.

Danse, chant et musique…
Le premier d’entre eux n’est autre qu’Israel Galván, danseur inégalable par son audace créative et sa maîtrise technique. Ce n’est pas un spectacle particulièrement transgressif ou sujet à polémiques qui a été choisi ici mais celui qui, par la pureté de son écriture chorégraphique, recueille l’unanimité des aficionados et reste accessible aux novices. Dans La Edad de oro (L’Âge d’or), créé en 2005, le chorégraphe évoque l’époque -fin du XIXe et début du XXe siècle- où le flamenco s’affirme en sortant de la confidentialité des cafés cantantes, lieux de divertissement nocturnes à Séville ou Madrid (lire notre critique). Cruces réunit autour d’un autre danseur, José Manuel Álvarez, le chanteur apprécié des habitués du Centre Solea, Pepe de Pura, ainsi que les guitariste José Almarcha et percussionniste Lucas Balbo. À quatre, ils développent un dialogue asymétrique qui bouscule la hiérarchie traditionnelle des pratiques par une « approche contemporaine épurée, très proche des racines du flamenco », rapporte Maria Pérez. Saxophoniste et chanteur, le séduisant Antonio Lizana a intitulé son spectacle Una realidad diferente. Sollicité pour de nombreuses collaborations sur scène et sur disque, il porte un flamenco jazz passant par la pop et la world. Né à Grenade et arrivé en France il y a plus de trente ans, Luis de la Carrasca est l’artiste flamenco de référence à Avignon, pionnier dans la diffusion de son art, à l’instar d’un Juan Carmona à Aubagne et d’une Maria Pérez à Marseille. Son récital Gharnata est un hommage à l’héritage laissé par cette culture arabo-andalouse dans l’histoire et le patrimoine du cante.


Ana Perez © Alain Scherer

… Ateliers, conférences et exposition
Flamenco Azul propose également des moments plus intimistes, véritables opportunités pour sentir au plus près la force créatrice des artistes de la jeune génération. Ce que nous réserve la carte blanche à Lucia la Piñona pour son tablao Desvarios (Délires) est, par définition, de l’ordre du mystère. Prenant comme point de départ de sa recherche le corps d’un point de vue sensoriel, la bailaora plusieurs fois primée sera entourée de Matias Loez « El Mati » au chant et Manuel Gomez à la guitare. D’origine arménienne, Lori Bagdassarian dite « La Armenia » présente Cantáme, ode dansée au chant. Comme une valse entre rage et grâce, sa danse est subtile et envoûtante. Après ses saluées Répercussions, la danseuses marseillaise Ana Pérez prépare une nouvelle création Concerto en 37 et 1/2 dont elle présentera une étape de travail. Telle une composition écrite pour les pieds, ce projet rassemblera plusieurs artistes dont le guitariste José Sanchez, qui a la particularité de se produire aussi bien sur la scène flamenco que baroque. 

La transmission est une préoccupation permanente des organisateurs du festival qui proposent plusieurs temps d’apprentissage mais aussi des rencontres, conférence et journée d’étude. Les pratiquants amateurs pourront exprimer leur passion à l’occasion d’une scène ouverte ou encore d’un jam. Quant à Alain Scherer, il transmet son duende par l’intermédiaire de son œil de photographe avisé et fasciné et à travers l’exposition Couleurs flamencas. Que la fiesta commence !

LUDOVIC TOMAS
Mars 2022

Flamenco Azul
7 avril au 1er mai
différents lieux, Marseille, Aix-en-Provence, Arles et Digne-les-Bains

Les temps forts du festival :

8 avril : Jam flamenca, La Meson, Marseille
9 avril : Israel Galván (La Edad de Oro), Théâtre Toursky, Marseille
10 avril : conférence Les origines du flamenco, Centre Solea, Marseille
15 et 16 avril : Lucia la Piñona (Desvaríos), Centre Solea, Marseille
18 avril : Performance El Rumbòdrom, Vieux Port, Marseille ; scène ouverte, Théâtre de l’Œuvre, Marseille
19 avril : journée d’étude, Aix Marseille Université, Aix-en-Provence ; José Sanchez et Ana Pérez, Le Petit Duc, Aix-en-Provence
23 avril : José Manuel Álvarez (Cruces), Friche La Belle de Mai, Marseille
24 avril : Antonio Lizana (Una realidad diferente), Friche la Belle de Mai, Marseille
29 avril : Luis de la Carrasca (Gharnata), Cité de la Musique, Marseille
30 avril : Lori la Armenia (Cantáme), Centre culturel René Char, Digne-les-Bains
1er mai : Solea Project, Mas des Oursons, Arles

Programme complet sur festivalflamenco-azul.com

Photo : Antonio Lizana © Ana Solinis