Rencontre avec Guillaume Meurice, de retour sur scène avec The Disruptives

“La réussite, c’est de la merde !”Vu par Zibeline

• 2 juin 2021⇒3 juillet 2021 •
Rencontre avec Guillaume Meurice, de retour sur scène avec The Disruptives - Zibeline

Il a été rendu célèbre par ses micros-trottoirs démontrant avec saveur les contradictions des discours idéologiques. Le « comique d’investigation » Guillaume Meurice, chroniqueur dans « Par Jupiter ! » sur France Inter, sera – entre autres -à Aix et à Guillestre pour la reprise de la tournée de son spectacle musical « Guillaume Meurice & The Disruptives », en compagnie de ses compères disrupteurs Rémi Varrot, Philippe Monthaye et Florence Villeminot.

Zibeline : Guillaume Meurice, tu te produis avec The Disruptives le 11 juin au 6MIC à Aix-en-Provence, ville que tu connais bien !

Guillaume Meurice : Oui, j’ai passé un an à Aix, pour faire une licence d’administration publique à l’IEP d’Aix en Provence, que j’ai ratée… Mon seul objectif à l’époque était d’aller voir des matches de foot à Marseille, ce qui n’était pas un plan de carrière très sérieux … J’ai fini par remporter le tournoi de foot de Sciences Po, gardien remplaçant mais ça compte dans un palmarès !

L’aventure The Disruptives a commencé en 2018…

Oui, même s’il y a eu une petite pandémie qui a bouleversé le projet… D’ailleurs on pense fortement que parce qu’on allait révolutionner l’univers du rock, Emmanuel Macron a commandé un virus aux chinois pour anéantir notre gloire. On devait faire 120 dates, finalement on n’en fera qu’une cinquantaine.

Comment est née cette idée d’un groupe de rock macroniste ?

C’est venu d’une idée à la con, ça me faisait marrer d’imaginer le rock contestataire de la contestation. Je l’ai construit un peu comme le rock chrétien, sauf qu’on ne vante pas les louanges de Jésus, mais de Macron. Tout est parti d’une chanson écrite avec un pote guitariste, « Jaloux ». On s’est dit que ce serait une bonne première partie pour mon one-man-show de l’époque et on en a écrit quelques autres. À la fin on a tiré les fils et on tenait un spectacle complet, construit comme une pièce de théâtre.

As-tu écrit le spectacle seul ou avec le reste du groupe ?

J’ai écrit la première base, que nous avons retravaillé avec le metteur en scène Francisco E Cunha. Chacun a ensuite amené ses idées au fur et à mesure qu’elles jaillissaient. L’intelligence collective, ou plutôt la connerie collective !

Avez-vous modifié le spectacle au gré des représentations ?

On a régulièrement modifié nos entractes, nos fausses pubs, on a même changé une chanson qui nous paraissait désuète pour la remplacer par une dédiée à Jean Castex, notre bienfaiteur. J’ai toujours aimé pouvoir adapter mes spectacles d’une semaine sur l’autre en fonction de l’actualité. En ayant une chronique par jour à la radio, c’est plus facile pour l’écriture : on baigne dans l’actualité, on a moins peur de changer les choses. C’est aussi pour ça que je ne fais pas de captation ou de DVD de mes spectacles. Je n’en vois pas l’intérêt. J’aime bien l’idée que le spectacle vivant soit dans l’instant, éphémère, qu’il faille être là à l’instant T.

On a l’impression que tu ne fais qu’écrire depuis trois ans !

J’adore écrire, c’est ce qui me plaît le plus ! Je suis assez ludique dans ma manière de faire, je vois ça comme jouer aux Lego, assembler, construire. Là je suis en train d’écrire un livre sur les coulisses de ma chronique, les anecdotes, les à-côtés, les réflexions que j’entends le plus souvent. Je suis fasciné par le fonctionnement de notre cerveau, qui nous trompe beaucoup, nous fait croire des choses… Quand je fais mes micros-trottoirs, j’entends souvent ce que pensent penser les gens, alors qu’on répète souvent ce qu’on a entendu. Peut-être demanderai-je à certains chercheurs dans ce domaine d’intervenir dans ce livre.

Après Cosme, puis Le Roi n’avait pas ri, maintenant un livre qui se rapproche de l’autobiographique, on a l’impression qu’à chaque ouvrage tu parles de plus en plus de toi.

Je ne sais pas si je suis très intéressant (rires). Je donne peut-être de plus en plus mon point de vue, je ne le fais pas consciemment en tout cas. Dans Le Roi n’avait pas ri, ce qui m’intéressait c’était le parallèle entre la position du bouffon et la mienne, il me paraissait évident d’écrire à la première personne. Dans Cosme, c’est plus le récit de la vie d’un ami, je voulais d’abord le mettre en avant.

As-tu comme Triboulet ce vertige de ce qui va se passer si le public ne rit plus ?

Personnellement ce n’est pas une angoisse, car je me projette peu dans ce métier de faire rire les gens. Je ne me mets pas la pression, ça s’arrêtera si j’en ai marre ou si les gens en ont marre. Au pire, on ne fait pas rire, on n’est pas en train d’opérer des gamins. Si tu me dis que dans deux ans que j’ai une crêperie à Aix-en-Provence et que je suis heureux, ça me va très bien ! (rires)



L’interview start-up nation

Peux-tu nous pitcher ton spectacle ?

C’est la fabuleuse épopée du premier et seul groupe de rock macroniste de l’histoire. Une aventure humaine de jeunes qui se connaissent depuis HEC et qui ont décidé d’aller porter partout en France la parole du gouvernement contre tous les affreux syndicalistes qui veulent nous faire régresser. Nous on veut aller vers le mieux, le progrès !

Peux-tu nous donner trois incentives (= motivations) pour aller à ton show ?

  • C’est drôle
  • Ça joue bien de la musique
  • Je ne chante pas tout le temps !

Au sein de The Disruptives, comment appréhendes-tu ton rôle de manager ?

On est là pour le résultat et pour le fun. Ce que je veux, c’est de la productivité, de la rentabilité. On n’a pas d’allocation d’intermittence, chacun est auto-entrepreneur de son instrument. Il faut savoir se responsabiliser, chacun devient son propre patron et c’est comme ça que la nation avance.

Ton groupe donne trois concerts dans la région ce mois-ci, est-ce l’alliance disruptive de Renaud Muselier avec la République en Marche qui vous a rassurés ?

Oui, complètement. Renaud c’est notre candidat. En plus la période est propice à la trahison, on a aussi Manuel Valls qui revient, on voulait donc encourager ce grand mouvement bien français.

Tu as récemment drafté la story du happiness manager de François Ier. Comment t’es-tu documenté sur les process de l’époque ?

En me renseignant, je me suis rendu compte qu’il y avait les mêmes process qu’aujourd’hui, verticaux, pas très démocratiques, mais avec de vieux mots. Maintenant c’est Tik Tok, à l’époque c’étaient des grelots, mais le but c’est toujours d’avoir l’audience la plus forte possible, que ce soit des likes ou le rire du roi.

Un émigré RMiste, un intermittent gavé d’argent public, quand est-ce que tu comptes écrire sur un vrai winner ?

Je vais m’y mettre. Ce sera peut-être une biographie de Manuel Valls, car c’est un vrai winner. Un winner c’est quoi ? Quelqu’un qui ne désespère jamais. Manuel il a vraiment ce leadership. Alors certes, il est tout seul, mais les vrais leaders sont seuls, c’est même ça qui les caractérise.

Être payé pour faire rire les gens, n’as-tu pas le sentiment d’avoir hacké la start up nation ?

Est-ce que j’ai hacké la start-up nation, ou je lui sers de caution ? A amuser les gens pendant qu’on précarise le monde du travail ? On fera le bilan plus tard. Egoïstement, je ne suis pas trop mal placé, je m’amuse beaucoup, mais peut-être faudrait-il qu’on fasse la grève du LOL, et qu’on s’arrête pendant un an !

Radio, livres, concerts, tu follow plusieurs leads. Comment évites-tu le burnout ?

C’est un scandale, je ne fais que des choses qui m’amusent. Je n’ai jamais l’impression de travailler. Mais il ne faut pas le dire ou les gens qui m’emploient ne me donneront plus d’argent (rires). La disruption te met la pression, dit qu’il faut être challengé, qu’il faut être performant, sortir de sa zone de confort, mais tout ça c’est des conneries. Il faut rater, c’est important de looser, de se prendre des bides. « Si ça a une chance sur 1000 de marcher, il faut se dépêcher de rater les 999 premières », comme diraient les Shadoks. La réussite c’est de la merde !

Enfin, c’est bien gentil les livres et les spectacles mais c’est pas un business model très bankable. Comment comptes-tu optimiser ton cash flow ?

Il y a déjà mon prochain livre. La littérature ça peut devenir rentable pendant les confinements quand les gens ont fini Netflix. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, écrire est un bon investissement à moyen terme ! Mon projet c’est aussi de faire la sieste, car les gens qui ont « réussi » ne travaillent pas eux-mêmes, ils font travailleur leur argent. Un beau projet pour moi ! Un jour peut-être ferai-je des tutos optimisation fiscale !

Propos recueillis par Suzanne CANESSA et Paul CANESSA
Juin 2021

The Disruptives, spectacle musical et humoristique

le 4 juin à Pornichet
le 11 juin à 20h30 au 6MIC (Aix en Provence)
(Concert organisé par l’Association AixQui ?)
le 12 juin à 20h30 à la salle du Queyron (Guillestre)
le 18 juin à Saint-Etienne
le 19 juin à Bourg-en-Bresse
le 25 juin au Château de Plessis-Macé
le 26 juin à Saint-Lô
le 2 juillet à Benes
le 3 juillet à Saint-Ouen

Photo © Fanchon Bilbille