Rencontre avec l'équipe du Festival d'art lyrique

La relance du Festival d’Aix

• 11 juin 2021⇒28 juin 2021, 30 juin 2021⇒25 juillet 2021 •
Rencontre avec l'équipe du Festival d'art lyrique - Zibeline

Rencontre avec Timothée Picard, dramaturge

Zibeline : Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi consiste votre rôle de dramaturge ?

Timothée Picard : C’est un rôle à géométrie variable selon l’institution ou la maison d’opéra où il s’exerce. Me concernant, il s’agit à la fois d’un rôle de conseiller artistique, toujours à l’affût de ce qui se fait de plus intéressant dans le monde du spectacle vivant, d’un travail sur la cohérence du festival à tous les étages, de la programmation à la communication, et de dramaturgie de médiation -il s’agit de celle la plus communément mise en œuvre en France. Soit toute la production de textes internes et externes, mais aussi la médiation orale : la présentation des œuvres avant chaque spectacle, les Midis du festival…

Votre formation d’universitaire vous aide-t-elle à appréhender ces enjeux à la fois politiques et artistiques ?

J’ai en effet longtemps enseigné à l’Université de Rennes, ces dernières années en tant que Professeur des universités. Mes recherches en Littérature et Musique m’ont à la fois nourri et donné envie d’être sur le terrain, au plus près du processus créateur, et de laisser de côté les réflexions et les écritures théoriques. Ces allers-retours entre les compétences et réflexions menées sur le monde de l’opéra aujourd’hui et la pratique au sein d’une institution artistique me passionnent. Ce sont ma formation musicale -en violon et surtout en chant, puisque je faisais partie du Chœur d’enfants de l’Opéra de Paris- et ma passion pour la musique qui m’ont permis d’acquérir le savoir que j’exploite aujourd’hui, qui relève d’une compréhension historique et théorique.

Ce rapport à l’histoire, au patrimoine du festival, qui fait actuellement l’objet de recherches en cours de développement, vous aide-t-il à penser le festival au présent ?

Tout à fait. On se rend compte, en plongeant dans les archives, à quel point le festival s’est positionné dès sa création en 1948 à l’avant-garde d’un point de vue artistique. Musical, évidemment, mais aussi d’un point de vue plastique, qui est primordial pour Pierre Audi (directeur du Festival d’Aix, ndlr), de même que l’interdisciplinarité qui a toujours été au cœur du festival. Du point de vue musical, il est également assez éclectique, et ne se concentre pas sur le répertoire germanique. Il a été le premier à programmer du Puccini au festival en 2019, et cette édition est fortement marquée par Verdi -avec Falstaff, mis en scène par Barrie Kosky, et I Due Foscari donné en version concert. La place de la musique contemporaine est également déterminante : L’Apocalypse arabe a notamment fait l’objet d’un projet longuement mûri avec le compositeur Samir Odeh-Tamimi et d’une collaboration forte avec la Fondation Luma d’Arles.

Beaucoup de productions programmées l’année dernière ont finalement été reportées à cette saison. Barrie Kosky et Simon Stone ont notamment mis en scène chacun deux opéras.

L’opéra de Kaija Saariaho, Innocence, composé sur un livret de Sofi Oksanen, avait en effet été monté jusqu’à la générale piano l’an dernier. Il ne devrait pas entrer en conflit avec les répétitions de son Tristan et Isolde. Quant à Barrie Kosky, son Falstaff sera certes créé à Aix-en-Provence, mais son Coq d’Or, prévu l’an dernier et récemment créé à l’Opéra de Lyon, a déjà été répété. Le Festival sera donc très dense ! En sus de ces deux nouvelles et de ces deux anciennes productions, le « Mozart d’ouverture » sera cette année Les Noces de Figaro, mis en scène par Lotte de Beer. Et Combattimento, La Théorie du Cygne Noir opèrera un montage à partir de pièces baroque autour de Monteverdi.

La thématique du combat est très présente dans cette édition !

C’est surtout la résilience, la capacité à surmonter un trauma, qui est une thématique forte de cette saison. Combattimento et Innocence évoquent toutes deux un deuil, un trauma à surmonter. De même que les rapports de classe, de genre sont au cœur des Noces de Figaro ou encore de Tristan et Isolde. Les mises en scène entrent en résonance avec les thématiques qui nous travaillent. Elles ne vont cependant pas à rebours des œuvres : elles en subliment la substance, qui est éternelle !



Une cure de musique

Rencontre avec Jérôme Brunetière, directeur de l’Académie

Aix en Juin se présente comme un « prélude » au Festival d’art lyrique. Quels en sont les principes moteurs ?

Jérôme Brunetière : Le premier d’entre eux est, pour les concerts, la totale gratuité. Il permet de réunir les aficionados mais aussi du public plutôt régional, qui n’est pas forcément celui du festival. Les premiers profitent de ce moment pour faire une cure de musique. Les autres entrent en contact avec ce monde qui ne leur est pas forcément accessible, et s’y attarderont, j’espère !

L’Académie y joue un rôle clé.

En effet ! Il s’agit de jeunes chanteurs d’un très haut niveau, qui sont généralement au tout début de leur carrière. Il se produisent à la fois dans Aix en Juin et dans le Festival. Le principe de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée est similaire, puisqu’il s’agit d’un projet à vocation pédagogique. Nous auditionnons et sélectionnons des jeunes musiciens venus de tout le pourtour méditerranéen. Ils travaillent trois semaines durant à la fois sur le répertoire et sur l’improvisation, puisqu’ils créent une œuvre collective donnée en concert dans le cadre du Festival. Cette session interculturelle est très importante : elle n’a pas pu avoir lieu l’année dernière, et les auditions de cette année n’ont pas pu se tenir non plus. Nous avons dû sélectionner principalement des musiciens résidant dans l’espace Schengen, puisque les frontières ne sont pas encore complètement rouvertes. Nous avons donc repris des musiciens qui avaient auditionné en 2020.

Un partenariat avec les cinémas aixois et l’Institut de l’Image s’était noué en 2019. En quoi consiste-t-il cette saison ?

Nous avons sélectionné des films qui ont inspiré les metteurs en scène de l’édition : We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay qui entre en résonnance avec Innocence, Melancholia de Lars Von Trier qui convoque Tristan et Isolde, Valse avec Bachir d’Ari Folman qui préfigure L’Apocalypse Arabe et évidemment le Falstaff d’Orson Welles… Les directeurs des cinémas aixois et de l’Institut de l’Image Franck Roulet et Sabine Putorti regorgent d’idées formidables, qui sortent de la pure musicalité pour s’aventurer sur le terrain de la mise en scène.

Êtes-vous confiant quant aux protocoles sanitaires et aux jauges imposées ?

Nous nous sommes conformés à la fois aux jauges réduites pour Aix en Juin et aux jauges pleines avec Pass Sanitaire prévues pour juillet. Nous avons suivi l’évolution des consignes et l’ouverture, puis la réouverture de la billetterie ne sauraient mentir : le public attendait de pied ferme cette réouverture !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Juin 2021

Aix en Juin
Du 11 au 28 juin

Festival lyrique d’Aix-en-Provence
Du 30 juin au 25 juillet

Divers lieux, Aix-en-Provence

festival-aix.com

Photos :
Répétition de l’Opéra Innocence © Jean-Louis Fernandez
Répétition de l’Opéra Falstaff © Monika Rittershaus

Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/