Philippe Ariagno, directeur du Théâtre La Passerelle à Gap, nous dit tout sur la saison 2019-2020

La Passerelle des sensibles

Philippe Ariagno, directeur du Théâtre La Passerelle à Gap, nous dit tout sur la saison 2019-2020 - Zibeline

Entre grand spectacle et soutien aux compagnies régionales, la scène nationale de Gap ouvre large l’éventail. Entretien avec Philippe Ariagno, son directeur.

Zibeline : Quelles sont les grandes orientations de la saison ?

Philippe Ariagno : La couleur de cette édition, nous l’avons voulu de deux tendances : en programmant des artistes dont le travail questionne ce qui fait l’humain d’aujourd’hui comme d’autres qui extrapolent vers l’avenir en imaginant ce peut être demain. On va parler de transition écologique, d’amour, de filiation, des traces de l’histoire, de transmission, d’alternatives, de libertés… C’est une saison qui se veut engagée.

Beaucoup de propositions présentent une forme pluridisciplinaire. Est-ce une volonté ?

C’est une tendance de cette saison. Je souhaite que la Passerelle soit le reflet de cette hybridité, avec des genres aux frontières floues. On essaie aussi de montrer les grands écarts possibles à l’intérieur même des disciplines, que ce soit en danse, en théâtre et en musique.

Les spectacles destinés aux public jeunes sont aussi nombreux. Quel est l’enjeu ?

Ce sont surtout des propositions familiales. Il y a une forte demande. Le panel est assez large puisque cela s’adresse aux jeunes en général, de la maternelle au baccalauréat. C’est important de préparer les spectateurs de demain.

L’équilibre est-il facile à construire entre les événements fédérateurs et les pièces plus pointues ?

Il se construit petit à petit. Il ne faut pas se presser. Le fédérateur est ce qui permet d’amener vers le plus pointu. Le public gapençais et haut-alpin l’a compris. Mais il n’y a pas d’évidence immédiate pour tout le monde. Un artiste comme Jacques Gamblin n’est pas en réalité une vraie tête d’affiche -elles ont quasiment disparu de la programmation- mais en voyant son nom, les gens sont rassurés. Il m’arrive d’attendre la saison suivante avant de programmer quelque chose que j’aime mais qui risquerait de faire doublon. Je n’ai pas de cases à remplir et je ne me dis pas « il me faut tant de spectacles de théâtre classique, tant de cirque ou de danse ». Notre objectif est de donner à voir les esthétiques d’aujourd’hui et à entendre les bruits du monde.

Dirige-t-on un théâtre en territoire alpin comme on le ferait dans une métropole ?

Oui et non. Une fois encore, notre mission est de refléter la création d’aujourd’hui. Il n’y a pas de raison que les Haut-Alpins n’aient pas accès aux mêmes pièces programmées dans les grandes villes. Mais la différence avec une grande ville est qu’on connaît mieux notre public. Nous positionnons le curseur avec lui. Nos spectateurs ont autant envie de se laisser surprendre et sont en mesure de pousser les petites portes. Nous ne sommes pas là pour donner de la soupe. On ne se refuse rien, ne censure rien, on met en valeur de manière différente.

Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Septembre 2019


Expositions

La Passerelle, c’est aussi une galerie dédiée, pour l’essentiel, à l’art photographique. Cette année, la scène nationale renoue avec l’Agence VU’ et présente deux expositions qui méritent que l’on s’y attarde avant ou après un spectacle. Tout d’abord She dances on Jackson (10 janvier au 28 mars), de Vanessa Winship, lauréate du prix Henri Cartier-Bresson en 2011. L’artiste poursuit ici son travail d’immersion dans les États-Unis, s’attachant à rendre palpable le lien parfois mystérieux entre les territoires et les habitants. Avec Île d’enfance (4 avril au 13 juin), Arja Hyytiäinen propose une approche plus intime, accompagnant le quotidien, réel ou fictionnel, de sa propre fille qu’elle met ainsi en partage comme le témoignage d’une mère qui n’en est pas moins artiste. À découvrir aussi jusqu’au 28 septembre, Maintenu Ici-Là, installation sonore d’Ottilie B, scénographiée par Sonia Mikowsky ainsi que l’exposition European Puzzle (12 octobre au 27 décembre) de Jean-Christophe Béchet.

Au programme :

2 octobre, Mayra Andrade. 4 & 5 octobre, Futiles perspectives. 14-15, 17-18 octobre, Miettes de Margoula. 5 & 6 novembre, Taïga. 12 au 14 novembre, Cerebrum. 22 & 23 novembre, Imposture posthume. 29 novembre, D’Est en Ouest. 11 décembre, La chambre désaccordée. 14 décembre, Les rois de la piste. 19 & 20 décembre, Kiss & Cry. 10 janvier, Al Atlal, chant pour ma mère. 15 janvier, Lilelalolu. 16 & 18 janvier, Atlas de l’anthropocène. 23 & 24 janvier, Illusions perdues. 28 & 29 janvier, Les hauts plateaux. 31 janvier, Samy Thiébault. 5 février, Cloc. 10 au 12 février, Des gestes blancs. 4 mars, Pick’O’Rama. 5 au 7 mars, Un jour j’ai rêvé d’être toi. 10 & 11 mars, Je parle à un homme qui ne tient pas en place. 16 & 17 mars, Musiques de tables. 20 mars, Ravie. 23 & 24 mars, Heroe(s). 30 mars & 1er avril, Frankenstein. 5, 7, 8, 10, 11 avril, Flaque. 30 avril, J’abandonne une partie de moi que j’adapte. 4 & 5 mai, La diversité est-elle une variable d’ajustement pour un nouveau langage théâtral non genré, multiple et unitaire ? 7 mai, Ils n’ont rien vu. 15 & 16 mai, J’ai peur quand la nuit sombre. 22 au 24 mai, Le paradoxe de Georges. 29 au 31 mai, Tous dehors (enfin) !

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2019

Photo : Heroe(s) © Sylvain Duffard

Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/