Vu par Zibeline

Double exposition "D’une Méditerranée, l’autre", à l'Hôtel des Arts de Toulon et au FRAC à Marseille

La Méditerranée entre espoir et désenchantement

• 26 novembre 2016⇒12 février 2017 •
Double exposition

Après Rome et Milan, The Sea is my Land – Artists from the Mediterranean débarque à Marseille et Toulon dans une version revisitée, augmentée d’œuvres des collections du FRAC et de l’Hôtel des Arts. L’exposition, rebaptisée D’une Méditerranée, l’autre, est une odyssée contemporaine polyphonique.

L’Europe barricade ses frontières et pour la première fois l’Hôtel des Arts obstrue son hall d’entrée d’une haute cimaise. Geste symbolique volontaire ou involontaire ? En tous les cas, il faut la contourner pour découvrir, au verso, la mappemonde de Mario Schifano aux contours déformés mais flamboyante de vie et d’énergie. À Toulon, la question du voyage physique et intérieur est prégnante, parfaitement illustrée par le photographe albanais Adrian Paci pour qui le monde est devenu un village, une place, espaces bénis pour le rapprochement physique et la fraternité. Comme se tenir la main dans une ronde infinie… Dans la vidéo Odyssée, le temps de la traversée est celui de l’exil et Malik Nejmi, par une subtile superposition de couches historiques et affectives, rappelle qu’il est aussi celui de la contemplation. Rythme chaloupé des images, ondes sonores de Laurent Durupt et poésie berbère provoquent un léger vertige hypnotique. Belkacem Boudjellouli creuse l’âme humaine dans des dessins pleins de fantômes et projette sur la toile l’incertitude du monde, tandis que David Guez confronte le temps long de la nature (caisson lumineux d’une forêt plantée avant la création de l’État d’Israël) et le temps court des hommes (les derniers jours d’un vieil homme) dans deux œuvres en dialogue. Image suspendue d’un paysage immortel, image vidéo d’une mort annoncée. D’autres encore disent l’acculturation, la censure, l’uniformisation des villes, les destructions, les interdits ou les conflits. Joseph Dadoune a vécu cinquante jours de bombardements entre Israël et Gaza à l’été 2014 : son « cahier personnel », quotidien témoigne du chaos et de l’enfer, mais aussi de « l’énergie incroyable des hommes ».

Des territoires embrasés

Religion, frontière, effacement, mémoire… les images circulent sur les réseaux sociaux. Jusqu’à saturation. Quels sens leur donner ? Au FRAC, les artistes questionnent leur statut à travers des témoignages ou des images volées : le photographe Ammar abd Rabbo rapporte les mouvements d’insurrection arabes et Fikret Atay filme en caméra cachée une école coranique pour dénoncer l’endoctrinement. À travers des manipulations ou des détournements : les montages d’images recomposées de Panos Kokkinias travestissent la réalité quand Sigalit Landau se réapproprie le jeu traditionnel du couteau dans un ballet de corps et de sons filmé sur une plage à la frontière israélo-palestinienne. « Là où il y a du jeu, il y a de la vie » écrit-elle. La vie a totalement disparu des photos en noir et blanc prises en Cisjordanie, commandées par Taysir Batniji, avec mirador et château d’eau en figures centrales. Leur élégance brute décuple le sentiment tragique. Même rigueur chez Mouna Karray qui donne à voir de Sfax un habitat abandonné, déshumanisé et pose la question du territoire à travers la banalité de son paysage quotidien. Autre paysage en ruines dans le long travelling de Stéphane Couturier réalisé dans la cité Climat de France à Alger. À lui seul le film concentre le propos de l’exposition qui relie passé et présent et témoigne d’une Méditerranée entre espoir et désenchantement.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2016

D’une Méditerranée, l’autre
jusqu’au 12 février
Hôtel des Arts, Toulon
FRAC, Marseille

Illustration : Viaggio Nei Progett © Mario Schifano


FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
http://www.fracpaca.org/


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/