Entretien avec Samuel Coquard, directeur de la maîtrise des Bouches du Rhône

La maîtrise des Bouches du Rhône est de retour !Vu par Zibeline

• 6 mars 2022 •
Entretien avec Samuel Coquard, directeur de la maîtrise des Bouches du Rhône - Zibeline

Le concert du dimanche 6 mars, intitulé Fauré Saint-Saëns, une amitié sincère, réunira à Château-Gombert les forces de la maîtrise, de l’organiste Emmanuel Arakélian et du chœur Asmara 

Zibeline : Comment appréhendez-vous ce retour de la maîtrise des Bouches du Rhône sur scène, après plusieurs mois d’absence ?

Samuel Coquard : Il est vrai que la maîtrise relance avec ce concert sa saison « personnelle », mais elle n’a pas pour autant disparu des scènes, bien au contraire. Nous avons pu faire un concert au mois de septembre pour la rentrée des Chœurs. Nous étions à l’Opéra de Marseille le mois dernier pour le concert du CALMS, notamment. Et j’en oublie !

Pensez-vous que ce chœur d’enfants, que vous dirigez depuis désormais vingt ans, récolte aujourd’hui la reconnaissance qu’il mérite ?

Les grandes institutions qui nous invitent connaissent évidemment sa valeur : l’Opéra de Marseille, le Festival d’Aix, les Chorégies d’Orange… Nous n’avons pas non plus à rougir des phalanges qui nous ont invités : le Philharmonique de Radio France, l’ONF, l’ONL, Bordeaux, Toulouse, Cannes, Nice… Ou même les grands chanteurs qui ont travaillé avec nous, dont Roberto Alagna ou Jonas Kaufmann, ou encore les compositeurs qui ont écrit pour nous ! Michaël Levinas, Patrick Burgan, et d’autres… Mais la maîtrise n’est à mon goût pas assez connue du grand public. 

Le programme que vous proposez le dimanche 6 mars est particulièrement alléchant, comment l’avez-vous élaboré ?

C’est un programme que j’avais dédié à la rencontre entre Fauré et Saint-Saëns, et qui devait se tenir en novembre 2021 pour l’anniversaire du compositeur. La proximité de ces deux musiciens, tous deux organistes à l’église de la Madeleine, me semblait évidente. La transition de la période romantique à la période moderne qu’ils incarnent, avec cette même sensibilité dans l’écriture, dans les couleurs, est passionnante et a fait les beaux jours de la musique française. Je souhaitais pour cette raison inviter Emmanuel Arakélian et jouer ces œuvres comme elles avaient été écrites au départ : dans leur version pour orgue et chœur, avec pour soliste un jeune garçon, Lenny Bardet. Je dispose en effet, une fois n’est pas coutume, d’une voix parfaite pour cette partition pourtant difficile sur le Requiem de Fauré.

Comment vous est venue l’idée d’intégrer Poulenc à ce programme Fauré-Saint Saëns ?

Pour être honnête, je ne rechigne jamais à jouer du Poulenc et ne rate jamais une occasion de le programmer, puisqu’il s’agit de mon compositeur préféré… Mais, plaisanterie à part, les Litanies à la vierge noire font partie des incontournables pour cette formation, et je pensais avant tout que ce serait merveilleux pour le chœur d’enfin s’y frotter. Vocalement, techniquement, c’est une œuvre extrêmement difficile, surtout du point de vue de l’intonation. C’est une œuvre qui s’inscrit aussi avec le répertoire d’orgue, et forme un tout avec cette esthétique hybride. Dans le Requiem, l’écriture pour orchestre de chambre, premier souhait du compositeur, est à garder en tête car Gabriel Fauré n’était pas organiste de métier, contrairement à Saint-Saëns et à Poulenc. Mais il n’empêche que les œuvres, écrites sensiblement à la même période, comportent beaucoup de similitudes. C’est un tournant majeur de la querelle de l’écriture qui se jouait à l’époque : articuler ces trois œuvres nous permet de l’aborder avec les chanteurs de la maîtrise mais également et surtout auprès du grand public !

L’orgue de l’église de Château-Gombert se prête-t-il particulièrement à ce tournant vers la modernité ?

Tout à fait, et cela fait partie des raisons pour lesquelles nous souhaitions donner ce concert dans cette belle église, qui n’est pas connue à sa juste valeur ! L’orgue est parfait pour accompagner ses œuvres : il date de la fin du XIXe siècle, il est en très bon état et dispose d’une registration parfaite pour travailler ses œuvres. Les jeux de flûte, de viole, les mélanges un peu creux, 8-2, 8-4… Ces timbres très clairs et ces textures de fond, également présentes chez Fauré ! L’acoustique de cette église est par ailleurs parfaite : elle n’est pas de très grande taille, mais elle est très belle. Bref, elle est idéale !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Février 2022

6 mars à 16h30
Eglise de Château-Gombert, Marseille
04 91 11 78 42 maitrise13.fr 

Photo : Samuel Coquard © X-D.R.