Le Théâtre La Passerelle à Gap fait le pari d'une saison « normale». Entretien avec Philippe Ariagno

« Interroger notre part d’animalité perdue »

Le Théâtre La Passerelle à Gap fait le pari d'une saison « normale». Entretien avec Philippe Ariagno - Zibeline

À Gap, la Passerelle conjure le sort avec une ouverture dansante et festive le 3 octobre sous la houlette des sonorités créoles du musicien David Walters, avant d’investir l’extérieur avec le festival Tous dehors (enfin) !, du 9 au 11 octobre. Entretien avec Philippe Ariagno, directeur de la scène nationale.

Zibeline : Comment abordez-vous cette rentrée ? 

Philippe Ariagno : J’ai fait le pari de poser une saison normale d’octobre à mai, avec un peu moins de 34 spectacles. Il était important pour l’équipe de se reconnecter avec le public avant l’été. En lançant les abonnements, nous avons récolté 85 000 euros de réservation sur les 100 000 habituels, ce qui est plutôt satisfaisant. Nous constatons que les spectateurs ont envie de revenir, ils affirment être prêts à supporter le masque. Il reste toutefois encore l’incertitude de la billetterie finale. D’autre part, nous sommes restés prudents sur les coproductions, car une difficulté supplémentaire s’ajoute à la crise sanitaire : des travaux à venir à proximité immédiate de l’Usine Badin, notre lieu de résidence. Nous accueillerons donc les artistes en résidence uniquement durant les périodes de vacances, lorsque le plateau n’est pas occupé.

Quels temps forts se dégagent de la saison ? 

En premier lieu, une interrogation sur notre connexion à la nature, à travers deux spectacles de David WahlHistoire de fouilles, une histoire du plastique depuis son origine et La visite curieuse et secrète, sur la biodiversité marine- ; Je suis la bête de Julie Delille, qui nous interpelle sur notre part d’animalité perdue ; ou encore Le bruit des loups du magicien Étienne Saglio. D’autre part, de nombreux artistes s’emparent du réel -passé, présent ou futur extrapolé- pour poser la question : comment a-t-on pu en arriver là ? C’est le propos de Perikoptô, la nouvelle création de La Débordante Cie, un brûlot politique qui décrypte la novlangue du néo libéralisme ; c’est aussi celui d’Ersatz, une pépite visuelle dans laquelle Julien Mellano nous présente le prototype de l’humain du futur. Avec Et le cœur fume encore, Margaux Eskenazi offre une polyphonie des mémoires sur la guerre d’Algérie. Et un coup de cœur pour Saint-Félix d’Elise Chatauret, qui interroge les notions de ruralité et d’identité !

Comment s’équilibre le reste des propositions ? 

Nous avons une belle variété de grands plateaux, visuels et porteurs de sens : Gravité du Ballet Preljocaj, l’hypnotique From IN, de la compagnie chinoise XieXin Dance Theatre, ou encore Möbius du Collectif XY… Une part belle est faite à la danse, avec Deal, de Dimitri Jourde et Jean-Baptiste André, le retour de Pierre Rigal, mais aussi une complicité intacte avec Thomas Lebrun. Et un petit événement en soi : le diptyque Chronic(s), portrait du danseur de rue Hamid Ben Mahi mis en scène par Michel Schweizer. En 2005, le premier volet avait révolutionné le milieu du hip hop en détricotant les clichés sur banlieue ; le 2e volet s’attache au même danseur, 20 ans après. Chronics(I) jouera en extérieur durant le festival Tous Dehors (enfin) !, et Chronics (II) en salle en mars prochain.

Quelques mots sur la programmation du festival ? 

Des propositions variées : Jean-Pierre, lui, moi de Thierry Combe ; Les leçons impertinentes de Zou, sur le rapport au corps, l’amour, la sexualité ; h o m, du Groupe FLUO, mettant un danseur aux prises avec la construction d’un mobile à la Calder… Enfin, le retour au Domaine  de Charance, pour des Traversées en forêts auprès d’Élise Vigneron. Autre singularité de la Passerelle, ses expositions photos. Nous en accueillons trois sublimes cette année : Île d’enfance, de la photographe Arja Hyytiäinen de l’Agence VU, autour d’une île de Finlande ; suivie des trois lauréats du Prix Levallois 2020, puis de Brésils de Ludovic Carême, accueillie par la Friche Belle de Mai en 2019.

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Septembre 2020

Photo : Philippe Ariagno © X-D.R.

Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/