Une rétrospective des derniers impressionnistes, à voir au musée de Lodève

Impressions, souvenirsVu par Zibeline

• 8 octobre 2020⇒21 février 2021 •
Une rétrospective des derniers impressionnistes, à voir au musée de Lodève - Zibeline

Dans l’histoire de l’art et celle des musées, on est plutôt habitué à ce que nous soit présentés des artistes qui, de leur vivant, « bouffaient de la vache enragée », suivant l’expression consacrée aux artistes « maudits », ou « bohèmes », aujourd’hui adulés. La nouvelle exposition du musée de Lodève adopte l’exact contraire en proposant une rétrospective de ce qu’on a appelé les derniers impressionnistes. Encensés en leur temps (1895-1939) par la critique, par le public, par les acheteurs, ils furent pourtant rapidement balayés par les mouvements successifs des différentes avant-gardes qui leur ont directement succédés. Leurs noms sont depuis méconnus, et pourtant, l’ensemble des quelque 100 toiles (17 peintres) réunies pour Le Temps de l’intimité produit un sentiment de retrouvailles, comme une pièce manquante qui serait réapparue, venue compléter une histoire jusqu’ici restée discontinue. Ces peintres intimistes, imprégnés de l’art de la « touche », si cher aux pionniers de l’impressionnisme, s’intéressent, comme leur prédécesseurs, à capter le frémissement de la nature, mais aussi, et cela leur est particulier, les sentiments de leurs modèles. On pourrait parler d’une peinture psychologique, presque sentimentale. Les portraits de femmes d’Edmond Aman-Jean multiplient les coups d’œil énigmatiques, les demis sourires parfois malicieux, parfois d’une poignante mélancolie. Il y a du trouble dans la pâte du peintre, le flou laisse toute latitude à laisser s’exprimer les profondeurs de la psyché. Autre maitre du vaporeux, Ernest Laurent captive avec ses sujets qu’il laisse disparaître, comme derrière une brume qui viendrait recouvrir un personnage déjà devenu souvenir, ou fantôme (La Famille de Paul Jamot prenant le thé à Bièvres, 1910). Henri Martin, avec sa Petite fille en bleu (sans date) brouille la vision : le corsage est presque liquide, les yeux baissés : pas question de troubler l’intimité de la jeune fille. Henri Le Sidaner excelle à nimber ses toiles sous un voile qui révèle tous les à-côtés de la scène (Le Canal, 1901). Et René-Xavier Prinet saisit les nantis en villégiature sur la Manche, matérialisant magnifiquement le monde immobile de Proust ; si faussement calme (La Plage de Cabourg, vers 1910).

ANNA ZISMAN
Octobre 2020

jusqu’au 28 février 21
Derniers impressionnistes, Le Temps de l’intimité
Musée de Lodève
04 67 88 86 10 museedelodeve.fr

Photo : René-Xavuer Prinet, La plage de Cabourg, vers 1910. Collection particulière © photo : Studio Bernardot