Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille, maintient sa saison 2020-2021, avec les ajustements qui s’imposent

« Il restera au moins la musique …»

• 20 septembre 2020⇒20 juillet 2021 •
Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille, maintient sa saison 2020-2021, avec les ajustements qui s’imposent - Zibeline

Zibeline : Trois productions de l’Opéra de Marseille – et deux de l’Odéon – ont été annulées depuis la fermeture des salles. Entendez-vous y remédier la saison prochaine ?

Maurice Xiberras : Il était évidemment trop tard pour les reporter avant 2022-2023 : pour Carmen et Nabucco, c’est encore possible. Adrienne Lecouvreur me semble compromis…  et cela me brise le cœur. Il n’y a rien de pire, dans nos métiers, que d’abandonner en cours de route un spectacle, surtout un spectacle mûri depuis aussi longtemps.

Quelle est votre politique de remboursement ?

En l’état, nous avons encore à peu près 900 000 euros de recettes à reverser. Notre statut de régie municipale entraîne des lourdeurs administratives conséquentes… Il nous est difficile, par ailleurs, d’avoir une vraie visibilité sur la trésorerie à venir. Nous mettons en place un accueil du public adéquat, par groupe, qui réduirait la jauge de ses 1800 places habituelles à 500.

Savez-vous quand vos équipes – Chœur, Orchestre, personnel – reprendront une activité « normale » ?

Les musiciens, les « forces vives » de l’Opéra, comme on aime les appeler, ont évidemment une envie très forte de jouer, ensemble ! Et ce malgré des craintes tout à fait légitimes. Certains théâtres, comme le Metropolitan Opera [New York], ont décidé de suspendre totalement leur activité jusqu’à janvier. Je trouve ça terrifiant, pour les artistes comme pour leur public. Évidemment, tout ne pourra pas se passer « comme avant » tant que le virus circulera, et tant qu’un vaccin ne sera pas disponible. Et le dispositif sera lourd : il faudra désinfecter les pupitres, les chaises, laisser chaque musicien amener, annoter, transporter sa propre partition, établir un sens d’entrée et de sortie. Et se limiter au contingent maximum de 35 musiciens sur scène.

C’est en version concertante et réduite que sera donnée La Dame de Pique, coproduction des Opéras au Sud donnée à Nice en mars dernier.

En effet… Nous avons pris cette décision très difficile début juillet. Cette production, très dense scéniquement parlant, nous semblait impossible à monter telle quelle. Nous sommes partis du principe que les productions de novembre, qui impliquent de répéter à partir de septembre, pourraient mieux se plier aux contraintes de sécurité. Pour La Dame de Pique, planifiée en octobre, c’était trop juste. Clélia Cafiero au piano, ainsi que le chef Lawrence Foster, ont réarrangé la pièce pour huit musiciens, qui seront placés dans les loges d’avant-scène. C’est vraiment dommage pour la mise en scène d’Olivier Py, mais il restera au moins la musique… Nous proposerons évidemment un tarif spécial, à la baisse, aux spectateurs.

Il s’agira, avec Les Pêcheurs de perles, du seul opéra non mis en scène de la saison.

Tout à fait. C’est d’ailleurs un hasard assez malheureux. J’ai pour habitude de dire qu’un bon nombre d’ouvrages supporte très bien la version concert. Pour le répertoire du bel canto, par exemple, qui s’encombre souvent de canevas pas très élaboré. Mais pour La Dame de Pique comme pour Les Pêcheurs de perles, qui bénéficient d’une vraie dramaturgie, ce n’est évidemment pas le cas ! Nous tenions à garder Patrizia Ciofi au casting, et ses disponibilités ne nous permettaient pas de la solliciter pour une mise en scène.

Le reste de la programmation propose en moyenne un opéra par mois, avec beaucoup de nouvelles productions, de prises de rôle…

Tout à fait, il s’agit d’une saison très « jeune » ! La Bohème que nous donnerons en décembre, mise en scène par le grand baryton Leo Nucci, ne comporte quasiment que des prises de rôles, bien que la distribution soit composée de noms très familiers ! Enea Scala chantera son premier Rodolphe, Angélique Boudeville sa première Mimi. La Tosca que nous proposerons en février accueillera pour la première fois Jennifer Rowley à l’Opéra de Marseille, mais aussi Samuel Youn dans le rôle de Scarpia. Lui qui est surtout connu pour des rôles wagnériens très exigeants, il rêvait de Puccini sans trop y croire. Il est aux anges !

La saison se conclura sur un opus magnum rarement joué : L’Africaine de Meyerbeer.

Ce sera en effet le clou de la saison, qui rassemblera de très grandes voix : Karine Deshayes, Florian Laconi, Hélène Carpentier et Florian Sempey ! Nous sommes en train de négocier une captation du spectacle. Ce serait formidable, c’est un opéra si rare.

Côté orchestre, on retrouve cette saison des collaborateurs familiers : les Musiques Interdites en octobre, le GMEM en décembre …

Tout à fait ! Le GMEM et Musicatreize réuniront douze compositeurs autour de la Lettre à Élise. En collaboration avec Manifesta, les Musiques Interdites donneront le Chant de la Terre de Gustav Mahler [NDLR : le spectacle a été reporté]. Il reste à espérer que l’on puisse le jouer, ainsi que les œuvres pour orchestre romantique. Nous réfléchissons à un plan B, tout en espérant qu’on ne doive pas se limiter à la musique de chambre. Et que le public soit au rendez-vous. J’espère que nous continuerons à leur donner l’envie de pousser notre porte.

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Août 2020

Opéra de Marseille
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Photo © Christophe Billet

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