« Eaux troublées » une exposition autour de l’environnement avec Edward Burtynsky

Hollywood chewing-gumVu par Zibeline

• 30 juin 2021⇒26 septembre 2021 •
« Eaux troublées » une exposition autour de l’environnement avec Edward Burtynsky - Zibeline

À Montpellier, le Pavillon populaire initie deux expositions autour de l’environnement. Premier chapitre avec le canadien Burtynsky, très poudre aux yeux

Il fait le tour du monde, à la recherche de lieux qui soient à la fois déserts, beaux et dévastés par la pollution. Depuis 30 ans, Edward Burtynsky traque les traces laissées par l’activité humaine sur l’environnement. Une dévastation qu’il documente avec des moyens techniques phénoménaux. Le studio qu’il a monté est une véritable entreprise hollywoodienne : des scientifiques, des vidéastes, des metteurs en scène, des graphistes, et bien sûr une cohorte de conducteurs d’hélicoptères, drones et autres engins volants. En 2008, le photographe canadien se concentre sur la dénonciation des méthodes employées pour contrôler les cours d’eau. Il effectue depuis une sorte de cartographie mondiale (à ce jour, neuf pays ont été survolés par son équipe), et, tel notre Yann Arthus-Bertrand national, il livre une somme de photographies très séduisantes, avec cette tension supplémentaire qu’implique la thématique choisie. La série exposée au Pavillon populaire, seule étape française de la tournée d’Eaux troublées, offre 52 tirages très grands formats, accrochés et éclairés suivant les directives de l’artiste.

La première impression provoque une fascination qui pousse à s’approcher des clichés, à plonger dans le paysage. Se prenant pour le zoom de Google Maps, on atterrit avec les yeux sur les aspérités et moindres détails retranscrits grâce à la technologie numérique dernier cri du Studio Burtynsky. Avec des négatifs de 20 x 35 cm, l’image prend des allures de reproduction ultra précises, qui s’octroient un détour vers une abstraction en forme d’hommage à une certaine peinture contemporaine. On apprend que Dubuffet, Shapiro ou Diebenkorn font partie de ses inspirateurs préférés. Alors oui, les Serres de la péninsule d’Alémería (2010), l’Irrigation à pivot central n°8 (Texas, 2012) ou les Oliveraies n°1 de Jaén en Espagne (2010) sont en effet très picturales. La Marée noire n°4, photographiée lors de l’explosion d’un puits de forage dans le Golfe du Mexique impressionne, et le Delta du Colorado n°2 (2011) trouble, tant la beauté plastique des ramifications liquides, captées dans leur infinie précision, évoque un arbre figé dans un paysage neigeux.

Que recherche Burtynsky finalement ? Il voudrait créer une expérience d’immersion dans une image qu’on devrait s’interdire d’aimer, tant le sujet serait repoussant. Faire des images d’une beauté évidente, pour attraper le regard et mieux dénoncer ainsi l’impact humain sur la nature. L’entreprise est discutable, autant sur le plan militant que du côté de la démarche artistique. Pointer des dégâts observés systématiquement depuis le haut du ciel, produire du beau qui, plutôt que choquer avec un discours, ici inexistant, mène tout droit vers un esthétisme presque ennuyeux, voilà qui ressemble à un acte contreproductif. Pas de cohérence non plus dans le choix des dénonciations : pourquoi mettre sur le même plan les cultures en terrasses chinoises, millénaires, et le terminal à conteneurs de Rotterdam ? Vers quoi se porte sa vindicte, ou plutôt, de quoi voudrait-il que nous nous offusquions ? Tout cela n’est pas bien clair. Et les photographies ressemblent de plus en plus à de très beaux posters.

ANNA ZISMAN
Juin 2021

Eaux troublées, Edward Burtynsky
Jusqu’au 26 septembre
Pavillon populaire, Montpellier
04 67 66 13 46 montpellier.fr/pavillon-populaire

 

Photo : Serres Péninsule d’Almería, Espagne, 2010133 x 173,5 cm. Tirage chromogénique © Edward Burtynsky, avec la permission de la Nicholas Metivier Gallery, Toronto © Edward Burtynsky / courtesy Admira, Milan