Une semaine d'art en Avignon, pour panser l'annulation du festival

Gros lot de consolation à Avignon

• 23 octobre 2020⇒31 octobre 2020, 23 octobre 2020⇒31 octobre 2020 •
Une semaine d'art en Avignon, pour panser l'annulation du festival - Zibeline

Annulé en juillet, le Festival d’Avignon organise une Semaine d’art automnale avec cinq créations et deux premières françaises.

L’année de sa création en 1947 par Jean Vilar, le Festival d’Avignon s’appelait modestement Semaine d’art dramatique. Soixante-treize ans plus tard et une annulation de l’édition 2020 imposée par la pandémie, le directeur actuel Olivier Py propose une Semaine d’art en Avignon, pour « retrouver cette idée originelle et peut-être originale ». Une salutaire consolation. Loin d’accueillir toutes les propositions de la programmation initiale de juillet, certaines d’entre elles sont au rendez-vous. Pas de Cour d’honneur bien entendu mais plusieurs salles ouvrent leurs portes pour donner vie à cet événement pensé comme un « moment de rencontres peut-être plus discret mais aussi plus libre, informel et vivifiant ». Au total, sept spectacles majeurs dont cinq créations et deux premières en France et des Ateliers de la pensée en entrée libre. Artiste pluridisciplinaire et intellectuel sénégalais, Felwine Sarr présente Traces, discours aux nations africaines (23 au 27 octobre, Collection Lambert), un texte dont il est l’auteur, interprété par le comédien et conteur burkinabé Étienne Minoungou. Écrit à la manière d’une vaste odyssée, ce voyage métaphorique porteur d’un engagement lumineux pose un regard sur le monde depuis le continent africain et au service de l’avenir de la jeunesse. Dans Le tambour de soie (23 au 26, Chapelle des Pénitents blancs), libre interprétation d’un classique du théâtre Nô écrite par Jean-Claude Carrière, la chorégraphe Kaori Ito et le comédien Yoshi Oïda, dans une filiation admirative et complice, mêlent dialogues parlés et moments dansés au son des percussions de Makoto Yabuki.

Théâtre Nô, Racine et flamenco

Actualisation du mythe d’Orphée mise en scène par Jean Bellorini, Le jeu des ombres (23 & 24 et 26 au 30, La Fabrica) fait se rencontrer la musique baroque de Claudio Monteverdi et la voracité langagière de Valère Novarina. Une création qui superpose le fantôme de la voix chère au compositeur et la multitude d’âmes errantes qui traversent l’œuvre colorée du dramaturge. Israel Galván est un danseur chorégraphe absolu dont les audaces ont révolutionné le flamenco. Niño de Elche, chanteur, guitariste et compositeur, est devenu son alter ego musical, explosant les codes de la musiques populaire andalouse. Réunis pour Mellizo doble, ils ne pouvaient que dialoguer dans un désir commun d’éviter le danger des choses pures en reformulant les canons de la tradition chantée et dansée. Avec Andromaque à l’infini, Gwenaël Morin démonte la structure de Racine et joue des alexandrins pour en révéler la musique et la ponctuation. Dans une scénographie dépouillé, le metteur en scène lyonnais se lance sur scène avec trois jeunes comédiens dans une chaîne amoureuse à sens unique et sans issue. On ne présente plus l’œuvre de Herman Melville, Moby Dick, histoire de la traque insensée d’une baleine blanche par le capitaine Achab. Face à ce chef-d’œuvre de la littérature, Yngvild Aspeli, metteuse en scène et plasticienne de la compagnie Plexus Polaire, a imaginé un univers poétique entre jeux d’échelle et myriades de marionnettes, à l’image de la puissance des océans (27 au 31, Villeneuve-lez-Avignon). Troisième création du Raoul collectif, Une cérémonie (28 au 31, Théâtre Benoît-XII) décortique une époque qui lie autant qu’elle entrave. Du théâtre musical qui questionne l’imaginaire que l’on peut encore opposer au monde quand la partie semble jouée d’avance.

LUDOVIC TOMAS
Octobre 2020

Et aussi

Les Scènes d’Avignon sont aussi de la partie et proposent une belle programmation durant cette Semaine d’Art. Au Chêne Noir, Julien Gelas met en scène Damien Rémy dans Le Horla d’après Maupassant (24 & 25 octobre), et Gérard Gelas Pauline Dumas dans Asia d’après l’histoire vraie d’Asia Bibi sur un texte de Mouloud Belaïdi (28 & 29). Les Carmes accueillent la Cie Vol Plané et sa dernière création, Hamlet, dans une mise en scène de Pierre Laneyrie et Alexis Moati (26 & 27), et Jean-Pierre Matignon qui met en scène David Arribe dans Merteuil, variation d’après Quartett de Heiner Müller (30 & 31). Le Chien qui fume programme Parfum de femme (27 & 28) et J’ai bien fait de revenir ! (29 & 30), pièces mises en scène par Gérard Vantaggioli. Aux Halles Alain Timar reprend Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès (24 & 25), et au Balcon Serge Barbuscia rejoue Tango Neruda (25, 27 & 28). Enfin, au Totem, Aurélie Namur adapte le conte d’Andersen Le petit elfe ferme-l’œil (Billy la nuit, le 30).

DOMINIQUE MARCON
Septembre 2020

Une semaine d’art en Avignon
23 au 31 octobre
Divers lieux, Avignon et Villeneuve-lez-Avignon
festival-avignon.com

Photo : Le Jeu des ombres, Jean Bellorini ©Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon