L’art aborigène s'expose au Musée Paul Valéry de Sète

Grandeur natureVu par Zibeline

• 16 août 2021⇒26 septembre 2021 •
L’art aborigène s'expose au Musée Paul Valéry de Sète - Zibeline

Au Musée Paul Valéry de Sète, la collection Pierre Montagne dévoile un magnifique ensemble de 63 artistes aborigènes d’Australie.

Pour se faire une idée de la taille de l’Australie, on passe souvent par une comparaison avec celle de la France. Quatorze fois l’Hexagone. Pour situer ce territoire dans notre imaginaire, où les gens marchent la tête en bas tant leur emplacement sur le globe est éloigné, on le rapporte donc à notre monde d’Européens. Par rapport à nous, donc. Vieux réflexe ethnocentré de pays colonisateur. Or, le peuple des Aborigènes, garant, depuis des dizaines de milliers d’années, d’une civilisation hermétique aux changements, rescapée des massacres subis par les différentes vagues d’envahissement (Allemagne, Pays-Bas, Angleterre) continue, avec une force qui subjugue, à marquer sa différence. Parqué dans des réserves avec un parcours fléché vers l’addiction et la délinquance, privé de la nationalité australienne jusqu’à la fin des années 60, il parvient pourtant à conserver vivante une cosmogonie qui le relie à plus de 65 000 ans d’histoire. Cela est tout simplement unique au monde, et en fait la culture la plus ancienne connue aujourd’hui. Avec ce paradoxe saisissant que les Aborigènes d’Australie ne sont pas des bâtisseurs : rien ne reste (visible à nos yeux de non-initiés) derrière ce peuple qui sillonnait le désert. C’est ainsi un héritage qui demeure mystérieux à tous les autres terriens, mais dont beaucoup ont compris la valeur fondamentale qu’il représente à l’échelle de l’humanité. Leur patrimoine culturel (faut-il employer ce terme, lorsqu’il s’agit de quelque chose d’aussi englobant que la faculté de s’insérer dans la marche spirituelle du monde ?) réside dans leur art de lire les traces des ancêtres dans les creux de la terre, l’émergence des sources, les sinuosités de la roche, la courbure d’un tronc. Et c’est en transcrivant ce langage sur leur peau, dans les grottes, sur des écorces, par des chants et des danses, que le lien perdure, sans trace matérielle. Célébration de l’éphémère, sans cesse renouvelé à travers les générations.

Bigbang

Puis est venu le temps de la résistance à l’oppression. Parce qu’ils ont senti que tout allait disparaitre avec eux, les Aborigènes des années 70 ont décidé, dans un acte politique, de coucher leurs dialogues avec le paysage sur des supports pérennes ; pour donner une chance à leur civilisation de subsister concrètement. Rapidement, ces interprètes des signaux de la nature ont accédé au statut d’artistes admiré·e·s (les femmes sont représentées en majorité) dans le monde entier. Pierre Montagne, collectionneur presque aussi secret que ceux dont il a ressenti impérieusement le besoin de rassembler les trésors pour en diffuser (sans jamais les vendre) l’inestimable valeur, offre un voyage qu’il souhaite didactique plus qu’esthétique. Les cartels indiquent les significations des symboles graphiques. Alors en effet, les 70 toiles, où on plonge comme dans un tourbillon de sensations qui nous transportaient presque au temps du bigbang, provoquent la rencontre avec ce langage codé qui dévoile, dans une charge poétique qui emporte tout, un peu de ses mystères. Et plus aucun étalon n’existe, pour donner la mesure de cette puissance.

ANNA ZISMAN
Juillet 2021

Lire aussi : L’art aborigène. Collection Pierre Montagne, Villa Théo-Centre d’art de Saint-Clair, Le Lavandou

L’art aborigène. Collection Pierre Montagne
jusqu’au 26 septembre
Musée Paul Valéry, Sète
04 99 04 76 16  museepaulvalery-sete.fr

Photo : Kathleen Petyarre (1938-2018), Mountain Devil Lizard Dreaming, 2015. Acrylique sur lin, 200 x 200 cm © Collection Pierre Montagne