Rencontre avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey autour du théâtre d'objets

Grand spectacle à l’échelle d’une main

• 19 décembre 2019⇒20 décembre 2019 •
Rencontre avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey autour du théâtre d'objets - Zibeline

Petit bijou d’inventivité, Kiss & Cry évoque la mémoire de nos disparus à travers une chorégraphie de mains. Devenu culte depuis sa création en 2011, le spectacle est à voir à La Passerelle de Gap.

Des doigts qui dansent gracieusement, un train électrique qui conte le temps qui passe, des séquences projetées en temps réel sur grand écran… Le tout assorti d’une régie à vue, nous révélant les secrets de l’œuvre en train de se faire. La chorégraphe Michèle Anne De Mey revient sur la genèse du projet, imaginé en binôme avec le réalisateur Jaco Van Dormael.

Zibeline : Comment est née la « nano danse » ?

Michèle Anne De Mey : Il y a bien longtemps ! Lors d’un chantier avec Jaco Van Dormael, le collectif Transquinquennal et Grégory Grosjean, nous menions une session de recherches sur ce qui pouvait rassembler théâtre, danse et cinéma. Perplexe sur le fait de filmer la danse, Jaco évoquait la complexité de choisir entre gros plan et plan d’ensemble pour rester au plus près de l’énergie du mouvement. Un peu comme une boutade, Grégory et moi avons commencé à faire danser nos doigts sur la table. Jaco a pris sa caméra, et les improvisations ont démarré ! Le dispositif permettait d’ouvrir une multitude d’imaginaires. Des années plus tard, nous avons décliné ce code avec des amis, et Kiss & Cry est né 2011.

En tant que chorégraphe, comment adapter son savoir-faire à l’échelle d’une main ?

Il s’agit de temps de réflexion et de partage, de ceux qui accompagnent un créateur toute sa vie, assortis de magnifiques rencontres avec d’autres créateurs. Nous avons d’abord travaillé dans l’expérimentation de nos désirs pour tester de micro scènes, à la manière de petits exercices de style. Apprendre à naviguer entre les univers, les échelles et les temporalités, considérer le plateau dans une écriture du making of, imaginer une chorégraphie de fourmis pour chaque corps de métier présent sur scène… L’écriture de la dramaturgie avec Thomas Gunzig est venue en dernière étape. Quant aux décors, ils se sont construits au fil de la création, d’abord avec ce qui était à portée de nos mains : jouets qui traînaient, bouts de coton, lampes de poche… Nous avons décliné cette esthétique de bout de ficelle pour conserver ce cachet, cette inventivité du making of. Chacun, expert de sa technique, s’est mis à bidouiller avec des matières premières : pour un plan où tout se renverse, nous avons inventé une caméra solidaire d’une boîte en carton ; pour éclairer un pan de scène, nous avons utilisé une lampe de poche… Être très exigeants avec des jouets nous a poussés à nous étonner nous-mêmes, nous émerveiller ensemble.

Le théâtre d’objets outrepasse le cadre jeune public depuis plusieurs années. Revendiqueriez-vous pour Kiss & Cry le statut de conte de Noël, certes un peu mélancolique ?

Ce n’est pas un spectacle créé avec une attention particulière au jeune public, mais nous avons remarqué qu’il génère des émotions à chaque âge. Les enfants sont happés par les secrets de fabrication et la représentation des différents âges de la vie. Habitués aux jeux vidéo, les ados quant à eux ne sont pas déroutés par la dramaturgie à tiroirs, qui ose voyager dans le temps… Il est aussi très touchant de voir combien la question « Où sont les gens qui ont disparu ? » résonne dans chaque culture. Au Chili, elle revêt une dimension quasi politique ; en Corée, le train évoque la séparation des populations… La thématique est à la fois intime et universelle. Tout comme les mains, la partie du corps que nous employons le plus, et que nous connaissons le mieux : nous les voyons tous les jours ! Projeté sur grand écran, ce médium véhicule une émotion très forte. Délivré de manière immédiate, le code permet au public de s’embarquer dans l’histoire comme dans un conte.

Propos recueillis par JULIE BORDENAVE
Décembre 2019

Kiss & Cry
19 et 20 décembre
Théâtre La Passerelle, Gap
04 92 52 52 52 theatre-la-passerelle.eu

Photo : Michèle Anne De Mey & Jaco Van Dormael © Michiel Hendryckx

Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/