Contraint d'annuler son édition 2020, le Festival Aflam nous offre ses films

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• 20 avril 2020⇒30 mai 2020 •
Contraint d'annuler son édition 2020, le Festival Aflam nous offre ses films  - Zibeline

Le festival Aflam a dû être annulé lui aussi. Et à son tour, il propose de partager grâce « à la confiance et à la générosité de ses amis réalisateurs » des œuvres filmiques en libre accès sur les réseaux sociaux.

Cette semaine, un film court, mais d’une actualité que l’on oublie bien trop souvent, Chacun sa Palestine de Nadine Naous et Léna Rouxel. Le documentaire s’attache à suivre de jeunes réfugiés palestiniens nés pour la plupart au Liban, dans le camp de Baddawi. Une règle du jeu, chacun entre dans un studio de photographe et choisit une photo parmi quatre paysages de villes, New York, Paris, Jérusalem, Beyrouth. Entre la justification du choix, du rêve, l’évocation du futur, des aspirations des uns et des autres, se dessine le fantôme d’une Palestine espérée, contrée qu’ils n’aborderont peut-être jamais, mais qui nourrit toute une attitude envers la vie, les études, les relations aux autres. Le spectre de la religion aussi se profile, entre ses valeurs protectrices, chargées d’espoirs, de reconquête d’un paradis perdu, et son écrasement des femmes dès la petite enfance (ce sont les petites filles qui servent les petits garçons lors de la dinette qui mime le repas de ramadan), mais aussi de la liberté amoureuse de chacun. Les mots, pudiques et vrais, esquissent avec une délicate lucidité la trame d’un peuple opprimé, bafoué dans ses droits. L’Histoire vient glisser ses repères, depuis la lettre Balfour à la mort de Yasser Arafat, et la grande catastrophe de 1948.

Nadine Naous dans sa présentation fait un clin d’œil à notre confinement actuel, et le faux parallèle que l’on pourrait établir entre la situation des réfugiés et la nôtre. « Les situations ne sont pas comparables, nous ne sommes pas en guerre. Les Palestiniens dont la terre est spoliée, l’identité niée, l’histoire transformée et la mémoire dispersée, continuent à résister. En riant. En chantant. En rêvant. En se racontant. Prenons-en de la graine. Résistons à notre manière. C’est la plus belle réponse qu’on puisse opposer au virus et à la perfidie politique ambiante ».

Associée au film, une vidéo de Amer Zahr, intitulée Siri, nous livre un pendant humoristique et très politique. Demander à l’application Siri quel temps il fait dans n’importe quelle ville du monde obtient une réponse détaillée sauf lorsqu’il s’agit d’une ville palestinienne… édifiant et glaçant après le rire !

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2020

http://www.aflam.fr/chacun-palestine-de-nadine-naous/

Autres liens proposés par Aflam :

www.arabculturefund.org/News/80
https://seances-speciales.fr/le-cinema-a-la-maison/
www.aflamuna.online

Photographie : Chacun sa Palestine de Nadine Naous et Léna Rouxel © DR