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Vu par Zibeline

Focus méditerranéen

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À Sanary, Bendor et Bandol, Photomed disposait de 13 lieux d’exposition pour mettre en perspective la photographie méditerranéenne d’hier et d’aujourd’hui, sur chaque rive. Entre fiction et réalité, patrimoine et découvertes.

Rendre compte de l’avalanche de photographies est impossible, mais de ce vaste parcours quelques haltes imprègnent notre mémoire. D’abord à Sanary, au musée Frédéric Dumas, dont le fonds dédié à la plongée sous-marine offre un environnement pertinent au reportage aquatique de Joan Fontcuberta sur le fossile d’une sirène. L’an dernier déjà avec Philippe Ramette le propos était savoureux et mouillé, cette fois «les photos documentaires ouvrent un dialogue avec la fiction» de manière savante, scientifique et poétique.

Reportage toujours, en changeant de lieu et d’époque : l’hommage à Walter Carone à la Maison Flotte fait revivre quelques moments clefs de la vie de celui qui signa de nombreux scoops pour Paris-Match, portraitura Cocteau, Prévert ou Hassan II, témoigna tout autant de la vie sur le front de la guerre que des paillettes sur la Croisette. Réminiscences d’un monde révolu à l’instar des photos de Jacques-Henri Lartigue qui ressuscitent la dolce vita version Côte d’Azur avec Guitry, Picasso et Kennedy en lieu et place de Mastroianni, Anita Ekberg et Anouk Aimée… Grâce à cette relecture du patrimoine, la photographie de création impose sa différence en des temps de profusion confuse d’images i-phone. Pour preuve, à l’espace Saint-Nazaire, Massimo Vitali qui compose en coloriste subtil de banales scènes de baignade comme un tableau, inventant une lumière laiteuse toute particulière. Ou encore l’admirable sélection de photographes marocains qui révèle une acuité aiguisée des profonds bouleversements de la société, des paysages, de la famille, des histoires singulières ou collectives.

Brouiller les époques, mélanger les styles, confronter le noir et blanc et la couleur, c’est cela Photomed ! C’est donc révéler en France l’une des figures emblématiques de la photographie marocaine, Daoud Aoulad Syad, dont l’écriture s’impose à l’Atelier des artistes à travers différents formats et types de vue. Portraits de villes qui jouent de la présence et de l’absence ; portraits révélant la noblesse et l’élégance de ses modèles vivants. Face à ses photos de 1995 dont la moitié n’avaient jamais été tirées, celui qui a arrêté l’argentique pour devenir réalisateur a tout d’un coup «envie de ressortir ses vieux Leica». On l’attend avec impatience…

À Bandol, parmi les multiples propositions, l’espace Paul Ricard a fait la part belle au littoral en mutation vu par 6 artistes de la région. Notamment Michel Eisenlhor parti Sur les traces de Malpasset marqué à jamais par la rupture du barrage en 1959 : sans pathos, tout en entretenant des relations fortes avec les survivants, son regard poétique s’ancre dans le réel et les vestiges d’un passé douloureux. «Un travail porteur d’espoir» pour Yvon Allamand, bouleversé par la parole qui s’est rouverte… grâce la photographie.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Juin 2012

 

Photomed a lieu du 24 mai au 17 juin

www.festivalphotomed.com

 

 

Un Américain à Toulon

 

 

Joël Meyerowitz est comme «la cerise sur le gâteau» de Photomed : une gourmandise supplémentaire dans une affiche déjà alléchante. À l’Hôtel des arts de Toulon, l’exposition retrace 50 ans de photographie, dont une série sur l’après 11 septembre 2001 à New York. Les ruines du World Trade Center comme on ne les a jamais vues car le photographe américain fut le seul habilité à accéder à ground zero de manière illimitée durant 9 mois. Sur plus de 8000 clichés qui composeront bientôt la collection du Mémorial et du Musée du 11 septembre, les tirages sélectionnés sont troublants, mélange de précision, de distanciation et d’humanisme. Une marque de fabrique que l’on retrouve dans ses voyages à travers l’Amérique des années 60, Paris vers 1965, la Turquie ou l’Espagne dont il saisit la vie quotidienne, la rue, les gens avec un sens aigu de l’instantané, et toujours beaucoup de tendresse. Ce ne sont pas les monuments qu’il regarde dans l’objectif, mais la vie, tout simplement. Excepté dans sa dernière série sur la Provence, sans surprise, avec champs de lavande, restanques et vignes ! Bref, revenons à l’essentiel… c’est à dire à son talent : «Faire 50 ans de photographie cela demande une certaine endurance. Quand j’ai commencé (Meyerowitz est né dans le Bronx avant la seconde Guerre Mondiale, ndlr), la photographie n’était pas prise au sérieux. Je regardais le monde, je le voyais avec mon appareil et je le regardais en couleurs car c’est ainsi que je voulais le voir. Je me considérais comme un missionnaire de la couleur (…) Mais ce n’est qu’en 1970 que j’ai réussi à faire passer le message de la couleur». Qu’il regarde le monde en couleur ou en noir et blanc, sa vision est toujours celle d’un esprit libre et curieux.

L’exposition est présentée jusqu’au 17 juin

www.hdatoulon.fr

 

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Juin 2012


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/