Vu par Zibeline

Flamenco pour toujours

• 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020 •
 - Zibeline

Pour ses 30 ans, le festival nîmois dépasse les conflits de génération.

Quelle belle aventure que celle du Festival Flamenco de Nîmes ! Lorsque trois passionnés effrontés, le musicien Pepe Linares, le dessinateur Eddie Pons et le créateur de manifestations culturelles Bernard Souroque (directeur artistique du Festival Marseille Jazz des Cinq Continents jusqu’à son décès en 2015), lancèrent en 1990 la première édition, ils étaient loin d’imaginer que l’événement deviendrait le rendez-vous incontournable du genre en France. Trente ans après, le festival nîmois est non seulement une référence mais aussi le baromètre d’un art pluridisciplinaire vivifié par un formidable élan créateur qui fait dialoguer, plus qu’il n’oppose, les différentes approches et appropriations de cette tradition ancestrale.

Galván en trans

Conseiller à la programmation depuis 2019, Chema Blanco apporte à cette édition anniversaire un dosage parfaitement équilibré de propositions ancrées dans ce qui constitue aujourd’hui la planète flamenca, avec ses évolutions, ses permanences, ses croisements. 

Chanteuse de la nouvelle génération, Mariola Membrives revisite des chansons de Lorca enregistrées en 1931 par le poète. Une réinterprétation oscillant entre jazz flamenco et rock. Voix authentique de l’art sacré, David Lagos sort des sentiers battus et se risque à un projet expérimental en adaptant des chants de plus de deux cents ans dans une esthétique contemporaine. Rafael Estévez et Valeriano Paños, danseurs chorégraphes, explorent le Tricorne, ballet d’avant-garde de Manuel de Falla créé en 1919. Ce dernier a également inspiré le transgressif Israel Galván qui se mesure à une œuvre emblématique, L’amour sorcier, dont il assume une version minimaliste.

Première mondiale

Attention événement : Tres golpes, présenté en première mondiale, rassemble trois figures clés du flamenco actuel : le guitariste Alfredo Lagos, le producteur et multi-instrumentiste Raül Refree et le cantaor Tomás de Perrate. Cette exploration de nouveaux modes d’expression du flamenco pourrait réussir à créer un consensus entre aficionados de tous bords. 

Eduardo Guerrero est avant tout une présence dotée d’un corps puissant et d’un visage picassien. Sa danse allie capacité physique et technique épurée. Son homonyme, Patricia Guerrero, danse désormais dans la cour des grands. Éblouissante et à l’aise dans tous les registres, elle transmet une rage intérieure qui tient ses promesses. Avec Luminescence, le musicien irako-américain Amir ElSaffar fait subtilement dialoguer la magie de l’Orient, le twarab, et le duende du flamenco à la recherche d’un son du passé éternel. Pour ce voyage mystique, il s’entoure notamment de la voix cristalline de Gema Caballero et de Vanesa Aibar, étoile montante de la danse. Rendez-vous avec un des plus grands guitaristes de l’histoire nommé Vicente Amigo.

Indomptable Molina

On retrouve pour le plus grand plaisir l’indomptable danseuse chorégraphe Rocío Molina pour un dialogue unique et improvisé -dans la série Impulso– avec un autre virtuose des cordes, Rafael Riqueni. Quant à l’immense chanteuse catalane Mayte Martín, elle prolonge en liberté son hommage inspiré aux maîtres anciens.
LUDOVIC TOMAS
Décembre 2019

Festival Flamenco
9 au 19 janvier
Divers lieux, Nîmes
04 66 36 65 10 theatredenimes.com

Au programme :

9 janvier : Lorca spanish songs de Mariola Membrives ; Hodierno de David Lagos. 10 janvier : El sombrero d’Estévez, Paños y Compañia. 11 janvier : conférence dansée d’Estévez, Paños y Compañia ; Tres golpes avec Tomás de Perrate, Raül Refree, Alfredo Lagos. 12 janvier : Sombra efimera II d’Eduardo Guerrero. 13 janvier : Gema Caballero et Javier Patino. 14 janvier : Distopia de Patricia Guerrero. 15 janvier : Antonia Jimenez ; Luminescence d’Amir ElSaffar. 16 janvier : Triana D.F. de Joselito Acedo ; Memoria de los sentidos de Vicente Amigo. 17 janvier : Impulso de Rocío Molina et Rafael Riqueni (et le 18) ; Memento de Mayte Martín. 18 et 19 janvier : El amor brujo d’Israel Galván.