Cosmogonies. Zinsou, une collection africaine, nouvelle collection présentée au MO.CO

Fin de collectionVu par Zibeline

• 16 juillet 2021⇒10 octobre 2021 •
Cosmogonies. Zinsou, une collection africaine, nouvelle collection présentée au MO.CO - Zibeline

La dernière exposition dirigée par Nicolas Bourriaud au MO.CO montre sans conteste la pertinence de sa démarche : solliciter des collectionneurs internationaux

L’émotion était palpable dans les mots de Nicolas Bourriaud lors de la dernière exposition qu’il inaugurait à l’Hôtel des Collections du MO.CO. Dans le M de l’acronyme, ne surtout pas se méprendre en imaginant un quelconque Musée des Œuvres ou autres. Lors de son ouverture, son directeur avait insisté sur le fait qu’il ne s’agissait en effet pas de ce genre de lieu, dont il pointait le caractère trop souvent figé, ou trop monolithique dans les choix des expositions temporaires. Les 4 lettres signifient Montpellier Contemporain, dans l’élan impulsé par le précédent maire de la ville, Philippe Saurel, qui avait mis de très grands moyens pour placer la métropole en tête des représentantes nationales dans ce secteur. Après bien des démêlées (à lire ici), il faut aujourd’hui passer la main à son successeur Numa Hambursin. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce voyage au cœur des collections privées proposé depuis 4 ans par l’inventeur du nouveau Palais de Tokyo fut une belle découverte. Une incursion dans des univers géographiques, thématiques, politiques portés par des individus habités par un très fort désir de partage, et plus encore par la volonté de défendre les artistes qu’ils et elles soutiennent et diffusent -mis à part peut-être le premier, le japonais Yasuharu Ishikawa, dont le fonds était encore trop récent, et les choix trop portés sur la tentation de couvrir un panel de stars. La dernière, donc, est celle constituée par la pétillante Marie-Cécile Zinsou, franco-béninoise, dont le père banquier et ancien premier ministre du pays finance à 60% la fondation qu’elle a montée en 2005 à Cotonou. Son projet est de faire en sorte que les œuvres des artistes contemporains africains restent sur le continent, et qu’elles puissent être vues sur place, en l’occurrence dans le musée qu’elle a inauguré en 2013 à Ouidah. Plus de 1000 œuvres sont aujourd’hui réunies, et le public est là pour prouver l’opportunité de sa démarche (près de 7 millions de visiteurs).

Archéologie marine
Ce sont près de 150 d’entre elles qui ont fait le voyage vers Montpellier et incarnent de belles Cosmogonies dans un cheminement stimulant, qui déroule des thématiques concrètes et vivantes (La vie comme elle vient, Métamorphoses, Alphabets et codes…), mélange les artistes (notoriété, générations, origines géographiques) et les expressions (sculptures, photos, peintures et installations). On prend ainsi la mesure de l’importance de la scène artistique contemporaine des pays africains, et les « historiques » (la peinture presque BD de Chéri Samba, les photographies documentaires de Seydou Keïta et Malick Sidibé, les poteries fantastiques de Seyni Awa Camara…) côtoient des plasticien·ne·s qui sont diffusé·e·s internationalement, dans un marché désormais totalement ouvert. D’autres, plus jeunes encore, ont été accueillis en résidence à la fondation, comme Aïcha Snoussi, tunisienne installée à Paris, dont sa Sépulture aux Noyés, co-produite par le MO.CO, est une des pièces majeures de l’exposition. Une pyramide de bouteilles (à la mer), hommage à tout un monde de déclassé·e·s, monument d’une histoire si bien inventée qu’elle dit plus que la vraie, où on distingue, fasciné, les traces de celles et ceux que la jeune artiste (re)fait exister de façon magistrale.

ANNA ZISMAN
Juillet 2021

Cosmogonies. Zinsou, une collection africaine
Jusqu’au 10 octobre
MO.CO Hôtel des Collections, Montpellier
moco.art

Photo : Au premier plan, La Sépulture aux Noyés, 2021, environ 300 x 250 cm, Cosmogonies. Zinsou, une collection africaine – MO.CO. Montpellier Contemporain © Marc Domage