Programme culturel -Le Musée de Lodève sous le signe du faune
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Vu par Zibeline

Le Musée de Lodève sous le signe du faune

Faunes : attrapez-les tous à Lodève !

• 7 juillet 2018⇒7 octobre 2018 •
Le Musée de Lodève sous le signe du faune - Zibeline

Suivez son regard : il nous indique la piste à suivre pour rencontrer celui qui l’a extrait de la roche. Le Faune de Paul Dardé accueille les visiteurs du Musée de Lodève rénové, et l’ambigüité de son sourire – il rit, certes, mais est-ce pour se moquer, prépare-t-il un mauvais coup, est-il simplement tendrement naïf ? – nous fait tourner les sens et invite à nous diriger vers l’une des trois expositions permanentes du nouveau musée : « Mémoires de pierres », consacrée au sculpteur natif du pays Lodévois. Quelle majesté ! Quelle présence ! Il est magnifiquement intrigant, en pierre de Lens, issu du geste de taille directe de l’artiste, dans la liberté d’un corps à corps avec ce bloc de calcaire de 14 tonnes et plus de 4 mètres de haut. Il est accroupi sur ses sabots, on devine ses cornes sous sa chevelure verticale. Paul Dardé, autodidacte monté à Paris, l’a conçu dans un atelier prêté par son ami Rodin en 1919, à 31 ans. Ce monumental Faune lui a permis d’acquérir une notoriété internationale, dont il se détournera en affirmant sa volonté de développer son art hors des diktats et au cœur de sa région natale. Au prix d’une vie souvent misérable, il saura préserver la force de son inspiration. Le Musée de Lodève a su merveilleusement rassembler et traduire le langage de pierre du sculpteur, en particulier dans la salle « l’âme incarnée », où une série de visages nous font face, à observer les yeux dans les yeux. Certains sont inachevés, ce sont peut-être les plus émouvants, où on peut saisir l’intention de l’artiste, tenter de deviner ce qui reste tapi dans la masse minérale.

L’empreinte, la trace, constituent le fil conducteur de l’ensemble du musée. Distribués autour de la « salle du passage » où trône le Faune (architecte Daniel Meszaros, agence Projectiles), les différents espaces évoquent un récit qui court sur 540 millions d’années. « Traces du vivant » et « Empreintes de l’homme » proposent des voyages à la pointe des connaissances scientifiques à travers des incursions dans une instantanéité poétique et palpable. On suit le déplacement d’un animal préhistorique grâce à un éclairage mouvant qui révèle ses empreintes sur une dalle de 40 m2. On découvre une grotte habitée par des ours aux côtés d’un groupe de femmes et d’enfants qui ont laissé les traces de leurs pas lors d’une unique incursion, il y a 9000 ans… Les courtes vidéos d’animation (Les Fées spéciales), loin d’être invasives, accompagnent la découverte. Fossiles et objets, pertinemment présentés comme supports au récit, sont tous issus du territoire lodévois.

L’exposition temporaire fait le lien avec l’ensemble : Faune fais-moi peur ! (commissariat Ivonne Papin-Drastik, directrice du musée) rassemble 170 œuvres en écho avec l’hôte du lieu. De l’Antiquité à Picasso, en passant par Chagall, Lalique, van Dyck (40 musées et collectionneurs ont contribué à l’événement, intégré dans le réseau Picasso-Méditerranée), la figure mythologique apparaît sous toutes ses formes, obscène, voyeuse, inquiétante, fascinante ou risible. Le choix thématique permet de confronter les pièces à travers les âges, et là aussi de raconter une histoire au delà des frontières du temps.

ANNA ZISMAN
Juillet 2018

Faune fais-moi peur !
jusqu’au 7 octobre
Musée de Lodève
04 67 88 86 10 museelodeve.fr

Photographie : Paul Dardé (1888-1963) Faune, 1921 H 4 mètres Musée de Lodève, Dépôt du CNAP

Photo © Musée de Lodève