Carte blanche pour Fantazio à la Mesón, les 13 et 14 décembre à Marseille

Fantazio, l’homme qui chemine

• 13 décembre 2019⇒14 décembre 2019 •
Carte blanche pour Fantazio à la Mesón, les 13 et 14 décembre à Marseille - Zibeline

Punk, blues, rockabilly mais aussi littérature et théâtre, l’inclassable performeur est de retour à Marseille pour une carte blanche à la Mesón. Entretien.

Zibeline : Comment a été pensée cette carte blanche ?

Fantazio : J’ai proposé de donner le premier soir Histoire intime d’Elephant Man que j’ai créé il y a sept ans mais qui a subi moult transformations, et que j’ai fini par écrire et publier après l’avoir joué, mais c’est la première fois à Marseille. Il s’agit d’un monologue sans musique, comme une matière psychique dans laquelle on rentre. Le lendemain, c’est un duo avec Manu Théron que j’aime beaucoup et avec lequel je n’ai pas travaillé depuis quelques années.

Qu’est-ce qui vous plaît chez Manu Théron ?

Ses baskets (rires). Son humour, sa joie enfantine, son inquiétude et son mélange d’inquiétude et de joie.

Vous avez également travaillé avec le Réunionnais René Lacaille. Vous intéressez-vous aux musiques patrimoniales, régionales ?

C’est plutôt lié aux personnes dans le cas de Manu et René. J’ai toujours été tenté par les musiques que j’appelle « brutes », c’est-à-dire simples et populaires et dans lesquelles je ne vois pas l’aspect traditionnel mais plutôt une intemporalité. On ne parle pas de la défense d’une région ou d’un monde enseveli qui aurait été pur et qui ne l’est plus. Il faudrait conseiller aux gens du RN d’écouter un peu plus ce genre de musique… Mais je dérive !

Cela semble pourtant loin de votre esthétique…

J’ai traîné dans le milieu des free party au début des années 90, et pour moi il y avait la même forme de rituel intemporel via la techno, qui est pourtant l’outil inverse des  musiques traditionnelles acoustiques. Cela remplaçait la veillée au coin du feu, certes avec des produits chimiques, une forme d’illégalité mais cela relevait, dans le monde libéral qui a tout détruit, de la même recherche. Par ailleurs, Lacaille vient du bal qui est une des formes qui, à un moment, m’a beaucoup intéressé parce que la musique y est un prétexte pour qu’il se passe quelque chose d’autre, d’abstrait, de social, de politique. Une sorte d’alchimie hasardeuse. Le format concert de rock dans une salle me semblait par moment complètement incongru.

Comment est né Histoire intime d’Elephant Man ?

L’idée est très éloignée du résultat. Les choses les plus belles, on les fait par besoin. J’ai commencé à chanter dans la rue en poussant des cris. C’était un besoin et je ne me disais pas trois secondes que ça s’appelait un truc artistique. Là, c’était un besoin urgent d’exprimer quelque chose sans la musique, avec ces mots. Après des années d’improvisation où il n’y avait pas de socle, il me fallait une structure. C’était une lente manière de retrouver un squelette, un noyau, un tronc. Je décris un fonctionnement psychique qui est le mien mais je ne parle pas de moi. Ce n’est pas du one man show mais un aller-retour entre l’intime et le collectif.

Il est difficile de vous définir artistiquement. De quoi est fait l’univers, ou les univers, de Fantazio ?

C’est quelque chose dont je souffre. Finalement, j’aimerais bien qu’on me mette une étiquette. Ce truc pas définissable, on pense que c’est chouette et au bout d’un moment ça devient autant enfermant qu’une étiquette. Je me vois comme quelqu’un d’étonné par l’âme humaine qui préfère montrer un cheminement qu’un résultat.

Votre côté pluridisciplinaire et décalé ne finit-il pas par masquer la profondeur de votre propos ?

Peut-être. En France, quand les artistes touchent à trop de domaines, on ne les comprend plus. Ça me questionne. Ce qui est sûr c’est que j’ai mis beaucoup de temps à ce qu’on me prenne au sérieux et qu’on me fasse confiance dans les milieux professionnels. Et ce n’est pas fini. Les gens pensent que c’est simple une chanson mais c’est très sophistiqué. C’est le résultat d’année et d’année de codes. Et moi, j’ai voulu déconstruire ça.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Novembre 2019

13 & 14 décembre
La Mesón, Marseille

Photo : Fantazio @ Cyrille Choupas

La Mesón
52 rue Consolat
13001 Marseille
04 91 50 11 61
http://lameson.com/