Les Modulations du GMEM : une invite à la création

Expériences sonores

• 19 octobre 2021 •
Les Modulations du GMEM : une invite à la création - Zibeline

La saison organisée par le GMEM se décline en Modulations qui, chaque troisième mardi du mois à la Friche de la Belle de Mai et un dimanche par trimestre à l’Opéra de Marseille, nous amènent au plus près de la création avec des artistes qui nous livrent le cœur de leur démarche. La deuxième session des Modulations convie la compositrice et chorégraphe Anna Gaïotti, qui s’attache à la création de son nouvel opus A Kiss Without Lips dont elle est conceptrice, autrice et chorégraphe, avec les membres du groupe vierge noir e, (Léo Dupleix et Sigolène Valax). « Prendrons-nous feu si tu tiens l’allumette que je tiens dans cette même main ? » interroge la phrase liminaire de présentation du spectacle. Quelques bribes nous sont déjà confiées, « il n’y a pas de robe de mariée. La mariée est considérée et valorisée et marchandisée selon la robe de la vache / Le paysage n’existe pas / Le paysage est la robe de la terre / 500 USD pour une vache. « pour une mariée ». / Quand mangera-t-on les femmes ? ».

L’artiste a mené des recherches sur les danses et les musiques de la basse vallée de l’Omo en Éthiopie et s’en inspire pour cette création à partir d’un travail poétique fondé sur les observations ethnomusicales relevées auprès des tribus Hamar et Nyangatom. La mémoire des lieux, des rites, des mœurs, des récits glanés, nourrit l’œuvre qui se fonde aussi sur le constat des fractures liées à une culture patriarcale et une économie mondialisée empêtrées dans la crise climatique actuelle. Êtres divisés, frontières qui ne tiennent pas compte des peuples se retrouvent dans la matérialité des sons et des corps : la musique s’hybride, s’amplifie, joue des percussions et de l’électronique, se refusant à une couleur locale factice dans une appropriation d’une culture autre. Un récit éclot, entre témoignage et fiction poétique, archive et interprétation, tente de comprendre le caractère multiple et protéiforme d’une réalité foisonnante de directions et de sens. Le plateau de théâtre devient un miroir qui réverbère les facettes du réel, les interroge… Le Perséphone, mythologiquement bien nommé, synthétiseur analogique, sera joué par Sigolène Valax et répondra aux objets manipulés par Léo Dupleix qui allie le geste et le son. Anna Gaïotti « entre dans le son » par la danse. Performance virtuose où chacun emplit les espaces et où le silence devient un objet musical.

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2021

Modulations 2
19 octobre
Friche La Belle de Mai, Marseille
04 96 20 60 16 gmem.org

Photographie : (GMEM1) A kiss without lips © Anna Gaiety