Valérie Chevalier redouble d’ambition pour l’Opéra-Orchestre national de Montpellier

Exemplaire

• 20 septembre 2020⇒20 juillet 2021 •
Valérie Chevalier redouble d’ambition pour l’Opéra-Orchestre national de Montpellier - Zibeline

Pour faire face aux incertitudes de l’année qui vient, la directrice générale de l’institution a su prendre des décisions fortes, politiquement et artistiquement parlant. Le choix d’un prix unique de 10 euros pour la plupart des productions données de septembre à décembre, mis en place en partie pour pallier les éventuelles réductions d’effectifs, est un geste fort. De même que ce Moon Pass destiné aux moins de 30 ans, qui propose un accès illimité aux spectacles sur des périodes de 3 mois (20 euros) à 1 an (60) – soit « bien moins cher que Netflix ! ».

Mais cette politique tarifaire, nécessaire et cependant courageuse pour un établissement estimant à quelques 800 000 euros ses pertes de billetterie, ne résume pas à elle seule l’ambition de démocratisation culturelle à l’œuvre depuis de nombreuses années. Cette démarche se perpétue également, entre autres, grâce aux jeunes chanteurs d’Opéra Junior. La mission célèbre ses trente ans d’activité avec son concert anniversaire du 27 septembre, son ciné-concert sur Amadeus en novembre, sa Fairy Queen en mars et surtout sa commande à Russell Hepplewhite de l’opéra écologiste Climat. Les habituelles visites préambules, garderies artistiques et autres escape games achèvent de perpétuer la tradition de l’opéra par-delà les générations et les classes sociales.

Car la saison demeure d’une exigence et d’une qualité artistiques bien trop rares dans la région. Hormis l’ambitieuse Aïda d’Annabel Arden, trop démesurée pour les effectifs imposés et reportée jusqu’à nouvel ordre, de nombreux spectacles alléchants s’annoncent. En ouverture, le Barbier de Séville trouvera dans le jeune metteur en scène Rafael R. Villalobos, un « petit Almodóvar » qui a la jeunesse et l’irrévérence du Rossini d’alors. Le Journal d’un disparu de Leoš Janáček mis en scène par Ivo van Hove sera joué en novembre, suivi du Voyage dans la lune d’Offenbach, mis en scène par Jean Lecointre, qui amorcera une tournée de trois ans en France et en Suisse. Le Falstaff mis en scène par David Hermann, annulé dès sa générale, reviendra sur les planches en janvier, avec quasiment l’intégralité de l’équipe sollicitée initialement. Place ensuite aux Scènes du Faust de Goethe, oratorio méconnu et sublime de Schumann. Le chef Michael Schønwandt se réjouit de jouer cette « œuvre qui [l’]a poursuivi toute [sa] vie. Le texte est si profond. Toutes les émotions essentielles à notre vie sont là. » La mise en scène sera confiée au vidéaste Julian Rosefeldt, auteur d’un acclamé Manifesto déclinant treize facettes de la comédienne Cate Blanchett. Le compositeur Philip Venables et le metteur en scène Ted Huffman – également au livret – uniront ensuite leurs forces sur le troublant Denis et Katya, inspiré de l’histoire vraie d’un double suicide en direct, qui rassemblera Anas Séguin et Chloé Briot. Retour ensuite au néoclassique avec Werther de Massenet, qui offrira à la grande Marie-Nicole Lemieux sa première Charlotte !

La programmation symphonique fera la part belle aux femmes, cheffes comme compositrices – cela demeure, pour Valérie Chevalier, « une obligation en temps que femme directrice d’établissement ». Lili Boulanger, Camille Pépin et Jennifer Higdon s’imposeront dans les programmes, et Karen Kamensek et Laurence Equilbey à la baguette. La directrice s’est aussi arrogé les services d’un grand chef afro-américain, Roderick Cox. Exemplaire, on vous dit.

SUZANNE CANESSA
Août 2020

Opéra Orchestre de Montpellier
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opera-orchestre-montpellier.fr

Photo Falstaff © Marc Ginot

Opéra Orchestre National de Montpellier
11 boulevard Victor Hugo
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