Festival "Les Escales du Cargo" à Arles

Escale chez Charlotte G.

• 17 juillet 2018⇒19 juillet 2018, 14 août 2018 •
Festival

Avec Rest, Charlotte Gainsbourg a-t-elle mis à mal tous les a priori qu’on avait sur son œuvre musicale : attachante, soyeuse mais anecdotique ? Ce dernier album rompt franchement avec les habitudes pop indé de la fille de Serge et Jane : réalisée avec le producteur Sebastian, qui lui confère une facture électronique inédite, la collection de chansons prend son origine dans les drames personnels récents de la chanteuse et actrice, la disparition tragique de sa demi-sœur Kate Barry (en 2013), qui l’a poussée à s’installer à New York, faisant écho à la mort de son père (en 1991), qu’elle n’a jamais vraiment exorcisée. Rest constitue ainsi un hommage étourdissant à ces deux personnalités marquantes, figures tutélaires d’une famille d’artistes du XXesiècle. Lorsque, en français dans le texte, Charlotte évoque la douloureuse présence de son père (« Je chercherai ton ombre et parmi les vivants et parmi les décombres ») et la fascination qu’elle a pour sa grande sœur, le souvenir de Kate et Serge semble ressortir du néant au fil d’une inspiration digne de BB Initials… Plus fort encore : les mélodies alambiquées, parfois grandiloquentes, de Sebastian sur Ring-A-Ring O’ Roses, Lying With You, Kate, I’m A Lie, Rest (insensée berceuse funéraire co-écrite avec Guy-Man de Homem-Christo de Daft Punk) ou ces Oxalis nourris par les sépultures du cimetière de Montparnasse où repose Serge, font revivre (tour de force) la grâce gainsbourienne, entre emphase romantique russe et accents rock. Ce tombeau poétique, follement saturnien, sonne comme une réussite, d’ailleurs couronnée par une Victoire de la Musique en 2018 (Artiste Féminine de l’Année). Même si la scène n’est pas forcément son lieu de prédilection, on attend donc son live le 17 juillet (avec en première partie le psychédélisme pop de Moodoïd qui a beaucoup inspiré dernièrement Etienne Daho, voir par ailleurs). Le lendemain 18 juillet, deux têtes d’affiches franco-féminines très présentes sur les scènes des festivals investiront le Théâtre Antique : le duo glamouro-potache Brigitte et le romantique piano-voix, héritier de Véronique Sanson, de Juliette Armanet. Le 19 juillet, soirée pop frenchy majeure avec l’icône Etienne Daho, le petit prodige électro-pop Malik Djoudi et la petite dernière très douée Alexia Gredy (before et after assurées à la Cour de l’Archevêché à partir de 17h30 par les locaux Anodine, Bob Lunet et Stonespirit et 23h par Bootleggers United, Azur, Gotthef et DJ Paxton). La série arlésienne se conclura (célébration Mai 68 oblige ?) par un récital Joan Baez le 14 août, qui fait partie de la tournée d’adieux de l’artiste « Fare Thee Well », clin d’œil à une grande chanson folk, le Dink’s Song de Pete Seeger interprété par Dylan à ses débuts il y a près de 60 ans, et récemment revisitée pour Inside Llewyn Davis des frères Coen.

HERVÉ LUCIEN

Juillet 2018

Charlotte Gainsbourg © COLLIER SCHORR

 Les Escales du Cargo

17 au 19 juillet et le 14 août

Théâtre Antique, Arles

escales-cargo.com