La Fondation Camargo acceuille les images abyssales de Nicolas Flo’ch

Entre deux eauxVu par Zibeline

La Fondation Camargo acceuille les images abyssales de Nicolas Flo’ch - Zibeline

Nicolas Floc’h ouvre un nouveau champ de la photographie du paysage en s’immergeant dans la grande bleue

Lauréat du programme de résidence Calanques, territoire de sciences, source d’inspiration lancé en 2018 par trois structures partenaires*, l’artiste rennais Nicolas Flo’ch croise pratique artistique et travail de recherche en fixant par l’image « un état zéro des paysages en 2019-2020 en suivant l’ensemble du trait de côte dans la zone du Parc national des calanques ». Et inscrit son œuvre dans l’histoire de la sculpture, de la peinture monochrome, de la photographie et de la science. 162 kms parcourus en palmes et quelque 30 000 images plus tard font de son protocole au long cours une expérience unique et le résultat « une sorte de condensé, de laboratoire de ce que l’on trouve à grande échelle » en Méditerranée. Car, outre son « émerveillement face aux paysages sous-marins et son effroi face aux changements », l’artiste mesure l’originalité de son travail sur la photographie de paysage, plus particulièrement sur les fonds marins qui sont « un non sujet ». Une affirmation a priori péremptoire mais, à la lecture de l’ouvrage Paysage cosa mentale, le renouvellement de la notion de paysage à travers la photographie contemporaine de Christine Ollier, force est de constater que cet entre ciel et mer photographique ne ressemble à aucun autre. Que sa pratique documentaire (espaces répertoriés et cartographiés point par point) se double d’une démarche conceptuelle proche de celle du britannique Hamish Fulton dont les « images simples, souvent en noir et blanc, rapportent ainsi l’expérience autant physique que mentale de son immersion dans la nature, la photographie intervenant comme acte mémoriel d’une mobilité vécue ». Sauf que Nicolas Flo’ch va encore plus loin, déplace le regard, ni dominant ni dominé par son sujet, pour le situer vers 3 ou 4 mètres en dessous de la ligne de flottaison : le résultat offre des images abyssales sans qu’il ne plonge dans les abysses, abstraites malgré un thème documenté (récifs, plantons, éboulis, failles), lunaires bien que liquides. Rien d’étonnant si cette série intitulée Invisible fait perdre pied au spectateur.

Immersion – représentation
Nicolas Flo’ch n’a pas attendu 2018 pour focaliser son travail sur la représentation des habitats et du milieu sous-marin, démarrant en 2010 un processus de recherche en trois étapes. La première fut la création de « sculptures-structures en mouvements » qui, une fois déposées au fond de l’eau, sont envahies par l’écosystème : « je les compare souvent à des ruines inversées car on est dans une relation différente avec la nature ». La deuxième fut le travail en profondeur sur les habitats naturels : roches, algues, sable, coraux, « tout ce qui est structurant, notamment la masse d’eau bourrée de vies ». La troisième est la recherche sur la couleur de l’eau et sa relation au monochrome. Loin, donc, du formatage de ce que la photographie sous-marine véhicule facilement, avec sa faune et sa flore aux couleurs chatoyantes. Loin de la carte postale comme en témoignera sa prochaine exposition au Frac en juin 2020.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2020

* Parc national des calanques, Fondation Camargo, Observatoire des sciences de l’univers-Institut Pythéas (Aix-Marseille université, CNRS, IRD), avec le soutien du ministère de la Culture

Fondation Camargo, Cassis
camargofoundation.org

Photo : Série Invisible © Nicolas Flo’ch