Forcément humaine, la saison d'humain Trop humain, le CDN de Montpellier

En toute humanité

Forcément humaine, la saison d'humain Trop humain, le CDN de Montpellier - Zibeline

Pas de création cette année pour le directeur de humain Trop humain Rodrigo Garcia, qui se laisse le temps de nourrir son imaginaire et son désir de création. Inspirons. La première double page du programme de la saison d’hTh s’ouvre sur la photo d’un stade, en début de match de coupe de l’UEFA. Des immenses lettres sont suspendues aux tribunes : « Nunca dejes de creer », l’hymne du club madrilène. Une astérisque indique la traduction : « Ne perds jamais la foi ». Cette formule à la fois sibylline et lourde de sens fait office d’éditorial.

Rodrigo Garcia fait preuve d’un bel esprit de synthèse pour nous résumer son ambition de, oui, continuer à faire de la scène nationale de Montpellier un espace où l’on croit à quelque chose : l’écriture contemporaine, la création multiforme, la synergie entre les langages, l’art qui dénonce et magnifie, la vie qui irrigue la scène et le théâtre qui s’impose à nos existences… Proposer un laboratoire de réflexion artistique vivant -envers et contre tout.

Tout un programme en effet, et l’objet qui présente cette saison est un véritable livre à la maquette soignée et au contenu plein de promesses (150 pages d’interviews pointues, d’extraits de carnets de création, d’analyses, avec l’habillage visuel des photographies de l’artiste américain Erik Sandberg, qui a gracieusement offert ses images à hTh).

Mise en bouche avec Explicit, Festival (« il faudrait trouver un autre mot, on va chercher, pour l’an prochain », promet R. Garcia) d’Expressions Plurielles du Sexuel. C’est interdit aux moins de 18 ans : ici, pas d’effet d’annonce, on est dans le concret. Pour la deuxième édition de cet événement orchestré par Mathieu Hocquemiller, le corps, dans toutes ses dimensions, tous ses travers et ses genres, sera ausculté, malaxé, lu, filmé, joué… Performances, conférences, spectacles s’affrontent à la pluralité et déconstruisent les stéréotypes. Le cinéma Diagonal s’associe à l’aventure en accueillant la projection de films remarqués au Porn Film Festival de Berlin.

Une création hors-normes de l’artiste visuel Markus Öhrn commencera son parcours au domaine de Grammont : To Walk the Infernal Fields. Soixante-dix jours de voyage à travers l’Ancien Testament. Un cycle, une sorte de série, dont chaque scène ne sera jouée qu’une seule fois. Les deux premiers chapitres (7 scènes chacun) seront créés à Montpellier, embarquant littéralement les spectateurs dans cette vision infernale et biblique, nimbée des sons Hard metal de Pär Thörn. Deux des acteurs de la compagnie hTh sont associés au projet, qui prendra ensuite son envol vers d’autres scènes internationales.

Avec Begin the Beguine, c’est un John Cassavetes inédit qui surgira sur la scène de Grammont. Le cinéaste américain a écrit une pièce de théâtre, jamais montée, ni même publiée. Il pensait à Peter Falk pour l’un des personnages… Jan Lawers, sur la proposition de Rodrigo Garcia, s’empare de ce texte qui convoque l’univers désenchanté et l’humour corrosif du réalisateur de Husbands.

Big bang réunira pour la première fois cette année dans un ensemble de six créations les travaux, questionnements et engagements de compagnies régionales. Fil rouge de cette édition : le politique. Julien Bouffier adapte un roman de Sorj Chalandon Le quatrième mur, et continue d’explorer le théâtre documentaire en creusant un sujet historique entre France et Liban. Marion Aubert, avec Tumultes, prépare la révolution dans un texte qui s’inspire des luttes du Front Populaire. Alain Béhar nous emmène dans des jardins virtuels, entre chlorophylle et pixels, avec Les Vagabondes.

Huit danseurs se lanceront dans une suite effrénée de sauts ininterrompus, pendant un peu plus d’une heure. Le chorégraphe flamand Jan Martens plonge les interprètes performeurs dans une sorte de transe folle et sur maîtrisée : une métaphore de notre monde moderne ?

On pourra enfin se réfugier dans les bas-fonds de la terre, au cœur de La Nuit des Taupes, dernier opus de Philippe Quesne.

ANNA ZISMAN
Octobre 2016

humain Trop humain, Montpellier

Photo : Tumultes – Marion Aubert © Sonia Barcet


CDN Humain Trop Humain
Domaine de Grammont
34000 Montpellier
04 67 99 25 00
www.humaintrophumain.fr