Quatre artistes programmés à Actoral nous parlent de leur pièce

En attendant Actoral

• 22 septembre 2020⇒10 octobre 2020 •
Quatre artistes programmés à Actoral nous parlent de leur pièce - Zibeline

Du 22 septembre au 10 octobre, le festival international dirigé par Hubert Colas accueille l’avant-garde des artistes d’écriture contemporaine, à Marseille. Focus sur quatre pièces en guise d’avant-programme.


Violences, la puissance de ceux qui résistent

En mai 2018, Mawda, une enfant kurde de 2 ans, est abattue d’une balle -« perdue »- dans la tête par un policier, alors que plusieurs familles transitaient par la Belgique en camionnette avec comme objectif l’Angleterre. Cette tragédie sera chez Léa Drouet l’événement déclencheur de Violences. « Un spectacle entre les registres du conte et de l’enquête », nous précise la metteuse en scène. Les violences policières et institutionnelles, qui ciblent des personnes stigmatisées à cause d’une origine ou d’une couleur de peau, projettent l’artiste dans sa propre histoire familiale. Et le terrible destin de Mawda résonne en elle comme un écho au courage de sa grand-mère Mado qui, en juin 1942, peu de temps avant la Rafle du Vel d’Hiv, se réfugie en zone libre à l’âge de 10 ans, à l’aide d’un passeur, pour être accueillie par une famille paysanne en Auvergne. « Je ne cherche pas à mettre en relation les deux situations qui ont des contextes historiques différents. Ce n’est pas non plus une posture de colère mais une volonté de permettre au spectateur de se rapprocher de l’histoire, d’ouvrir l’histoire pour faire entendre la voix de ceux qui résistent. Cela raconte surtout des histoires de puissance et de solidarité », prévient Léa Drouet qui, seule sur scène, déroule le récit dans un décor de maquette de petites villes évoquant des jeux pour enfants.

La valeur de la vie ou l’obsession quantophrène

« Puisque l’on peut tout quantifier, quel résultat cela donne ? », s’interroge l’artiste Julien Prévieux dont le nouveau projet, La valeur de la vie, égratigne la quantophrénie. Un mot utilisé pour la première fois en 1956 pour désigner cette pathologie des temps modernes consistant à vouloir traduire systématiquement les phénomènes sociaux et humains en langage mathématique. « Plus on quantifie le monde, moins on le comprend », affirme l’auteur et metteur en scène de cette performance pour trois interprètes (une actrice, un acteur et une danseuse), toujours en cours d’écriture. Le titre fait aussi allusion à la valeur statistique de la vie humaine établie de manière sonnante et trébuchante par les assureurs. Une indécence qui pousserait presque à sourire, dans la lignée d’un Alfred Jarry tentant de calculer la surface de Dieu. Si le projet préexistait au Covid, la crise sanitaire l’a inévitablement quelque peu transformé. « Dans la manière de le voir », précise Prévieux, marqué par la multiplication des simulations en lien avec la maladie. Cette question de la valeur de la vie s’est posée au corps médical pendant le pic pandémique. « Quand par exemple, il a fallu décider quel malade devait-on soigner en premier dans une situation de pénurie de matériel. » Et l’auteur de nous rassurer : « Il y aura aussi des choses plus légères dans la pièce ».

Through the grapevine, pas de deux asymétrique

Alexander Vantournhout est un habitué d’Actoral. Programmé pour la troisième fois, le chorégraphe belge présente Through the grapevine dans lequel il invite Axel Guérin à un pas de deux à la symétrie imparfaite. Si les deux danseurs mesurent la même taille, leurs corps se distinguent en proportions. Les membres, le tronc, le cou, les cheveux, longs chez l’un ou courts chez l’autre, façonnent un corps humain à plusieurs facettes. « C’est comme un animal à deux têtes », explique Vantournhout qui souhaite mettre l’accent sur les spécificités de chaque corps et donner la possibilité au spectateur de s’identifier. Une accentuation des différences physiques qui remet en question l’image corporelle standardisée tout en jouant sur la recherche d’équilibres communs. Le choix du duo de même sexe est défendu avec la volonté de ne pas tomber dans la figure classique du pas de deux et d’éviter une lecture romantique trop simpliste qui laisserait penser à « une relation amoureuse. On peut aller plus loin dans la compétition », nous confie le chorégraphe. Et d’utiliser l’allégorie du « boxer qui a des bras plus longs que son adversaire, capable de le toucher sans que celui-ci puisse réagir ». En bande sonore et non sur le plateau pour ne pas interférer le rapport d’intimité, une composition originale du percussionniste Andrea Belfi aux nappes électro.

Un royaume et trois actrices

Metteur en scène de spectacles et réalisateur de films, Claude Schmitz se plaît à montrer « en quoi ces deux medium sont complémentaires et participent à raconter une seule et même histoire ». L’histoire d’Un royaume est celle de Lucie, une actrice qui songe à son métier et, telle une Alice au pays des merveilles, se perd dans un rêve. La voici propulsée dans la peau d’une chevaleresse en armure. Sur son chemin, elle rencontre Hélène et Judith, deux acolytes, égarées elles aussi dans le même rêve. Toutes trois se réveilleront un matin dans un théâtre vide où d’autres personnes semblent les attendre. « C’est une sorte de métaphore sur le métier d’actrice, une quête à l’intérieur de leurs propres représentations », nous explique Claude Schmitz. Dans la partie cinématographique, on voit Lucie -dont c’est le véritable prénom- en vacances avec sa vraie fille et sa vraie mère. Du théâtre à dimension documentaire qui évoque les conditions de l’exercice de la profession à travers l’histoire d’une femme qui, comme toutes les autres, s’interroge sur la manière de gérer son travail et sa vie intime. Car « le spectacle traite aussi de la question : c’est quoi être dans le présent ? À la manière d’une fable ».

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2020

Actoral
22 septembre au 10 octobre
Divers lieux, Marseille
actoral.org

Violences, de Léa Drouet
22 & 23 septembre
La Criée

La valeur de la vie, de Julien Prévieux
Création les 26 & 27 septembre
Théâtre Joliette

Through the grapevine, d’Alexander Vantournhout
3 & 4 octobre
La Friche la Belle de Mai

Un royaume, de Claude Schmitz
9 & 10 octobre
La Criée

Photo : Through the grapevine – Alexander Vantournhout et Axel Guérin ©Bart Grietens