Sons et images : Zibeline partage ses morceaux choisis

Écoutes/Écrans 3Lu par Zibeline

• 13 mars 2020⇒17 avril 2020 •
Sons et images : Zibeline partage ses morceaux choisis - Zibeline

Mois des femmes


Culottées

On ne présente plus le best-seller de Pénélope Bagieu, qui lui a valu, entre autres choses, le prix Eisner au Comicon de San Diego. Sous-titrée « Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent », la saga en deux volumes tire le portrait de trente personnalités marquantes et inspirantes. Trente portraits qui deviennent, grâce aux artistes de Silex Animations – Sarah Saidan, Mai Nguyen Phuong et Charlotte Cambon de Lavalette – autant de brèves pastilles de 3 minutes 30, qui font office de fabulettes émancipatrices. La voix polymorphe de Cécile de France fait habilement sienne cette malice tranquille, enfantine mais jamais infantilisante.

Sur France 5, disponible jusqu’au 8 juillet sur francetv.fr

Masterclasse Pénélope Bagieu : « En lisant, en écrivant »

Pour en apprendre plus sur l’œuvre composite de Pénélope Bagieu, à la lisière entre la fiction et l’Histoire, on pourra également retrouver un entretien mené par Victor Macé de Lépinay le 3 mars dernier à la Bibliothèque François Mitterrand (Paris) et diffusé sur France Culture.

Disponible jusqu’à mars 2021 sur franceculture.fr/emissions/les-masterclasses

L’Écho des femmes

Comme à son habitude, la chaîne Arte décline durant tout le mois de mars une programmation dédiée aux droits des femmes, à leur fragilité comme à leur célébration. On y retrouve une autre série d’animation politisée et diablement romanesque, déclinée en micro-épisodes : Les Espionnes racontent, adaptée de l’enquête de Chloé Aeberhardt par l’auteure même, narrée par sa voix et celle de Miou-Miou, et réalisée par Aurélie Pollet. Le documentaire d’Émilie Valentin Sculptrices, ni muses ni modèles étend à l’Histoire du plus plastique des Arts la question du regard féminin, et #Metoo entre dans la danse de Lena Kupatz et Lina Schienke s’intéresse aux répercussions de la prise de conscience féministe au sein d’un art forgé sur la discipline des corps. Joli programme !

Les Espionnes racontent, disponible sur arte.tv/espionnes à partir du 23 mars jusqu’en 2022

#MeToo entre dans la danse, disponible jusqu’au 9 avril sur arte.tv

Sculptrices, ni muses ni modèles, disponible jusqu’au 19 mars sur arte.tv

PMA, GPA : les enfants ont la parole 

Et il était grand temps de la leur donner ! Sans surprises, les enfants issus de procréation médicalement assistée et de gestation pour autrui vont globalement bien – merci pour eux. Âgés de 8 à 20 ans, ils témoignent, devant la caméra bienveillante de Laure Granjon, de la légitimité à toute épreuve de leurs filiations, mais aussi des difficultés qu’ils ont pu rencontrer au cours de leur enfance ou de leur adolescence. Celle du regard des autres, et plus précisément du regard des adultes, semble la plus prégnante. Mais le sentiment de honte et de clandestinité ne se limite pas aux seuls enfants issus de couples homosexuels. La question de la stérilité des parents et du tabou qui l’entoure génère elle aussi des tourments similaires, que seuls le dialogue et le questionnement des rôles genrés semble apte à désamorcer. 

Diffusion le 17 mars à 20h50 sur France 5, disponible sur francetv.fr jusqu’au 24 mars

Culture et élections municipales 

À l’occasion des élections municipales, France Culture a consacré en février dernier une semaine de programmes à la thématique Identité, égalité, attractivité : les territoires de la culture. Arnaud Laporte réunissait ses chroniqueurs de La dispute pour un panorama des grands enjeux de la politique culturelle française, à l’échelle des municipalités et des collectivités territoriales. Abordés notamment : le désinvestissement de l’État, l’évolution des équipements culturels, le maillage opéré par les événements et le syndrome de « festivalite » aigu contaminant le pays, un gros plan sur les fusions entre tourisme et culture (Lille, Nantes), avec une ouverture sur les initiatives européennes et transfrontalières… Dans Le cours de l’histoire, Xavier Mauduit étudiait l’impact des musées sur l’attractivité d’un territoire (Culture et territoire, l’œuf ou la poule). Dans L’art est la matière, Jean de Loisy effectuait un focus sur la politique culturelle arlésienne, à travers ses plus récentes métamorphoses (Arles, épicentre de la création contemporaine). Enfin, une excellente émission sur Les économies informelles, de Marseille à Roubaix (série Des villes en campagne dans la case Entendez-vous l’éco). Le sociologue Michel Peraldi y analyse la « vitrification » à l’œuvre dans le quartier de Belsunce, à l’occasion d’un historique du quartier et des « stratégies de subsistance » qui y perdurent.

Le tout est à réécouter sur franceculture.fr

Décolonisations 

C’est une perspective qui manquait : celle des colonisés, et de leur lutte continue pour se libérer du joug colonial. Les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball, également à l’écriture en collaboration avec Pierre Singaravélou, ont voulu rendre justice avec cette passionnante série documentaire à ces voix dissidentes qui se sont faites entendre dès le XIXe siècle. Et déconstruire par là-même le terme de « décolonisation », qui laisse deviner un mouvement passif de relâchement dû aux pouvoirs en place, et non une lutte active des colonisés dès les débuts de leur annexion. Le premier épisode, L’Apprentissage, s’attarde justement sur ces révoltes, dont celle des Cipayes en 1857 en Inde, ou encore sur la figure injustement méconnue de Lamine Senghor. Le second volet, La Libération, aborde avec une délicatesse saluable les bains de sang des années 1940 à travers les regards de deux auteurs essentiels, l’Algérien Kateb Yacine et la poétesse indienne Sarojini Naidu, et évoque également la figure plus connue et tout aussi essentielle d’Hô Chi Minh. Le Monde est à nous traverse enfin la permanence du postcolonialisme au lendemain des années 1950, jusqu’à nos jours. Il fallait bien trois heures pour rendre compte de ce pan capital de l’Histoire sous toutes ses dimensions et dans toutes ses subtilités : le tout fonctionne, grâce à la qualité de la documentation, mais aussi grâce à une réalisation au cordeau, portée par la voix-off de Reda Kateb, à qui le sujet tient particulièrement à cœur : le grand acteur étant le petit-neveu de Kateb Yacine.

Disponible jusqu’au 5 mai sur arte.fr

Les accents ont toujours tort

Le podcast Parler comme jamais se propose d’allier rigueur scientifique et approche pédagogique pour « décomplexer notre rapport au français ». Consacré aux accents, son 4e épisode convie en plateau les linguistes Laélia Véron, chercheuse au CNRS et à l’université Paris Diderot-Paris 7, et Médéric Gasquet-Cyrus, maître de conférences à l’université Aix-Marseille, auteur du livre Le Marseillais pour les nuls et des chroniques radio Dites-le en marseillais. « D’un point de vue linguistique, tout le monde a un accent ; mais d’un point de vue social, certaines manières de parler sont moquées ». Selon Bourdieu, l’accent légitime est celui qui appartient au groupe social dominant. Or, les références fluctuent selon les époques… Entre l’analyse des tendances actuelles – nivellement, homogénéisation  – et des stigmates de l’imaginaire – associé aux congés payés, l’accent du sud serait toujours connoté vacances ! – cette écoute édifiante peut s’étoffer de la lecture de l’article La notion d’accent de banlieue à l’épreuve du terrain, publié en 2017 par Maria Candéa dans Glottopol, revue de sociolinguistique de l’Université de Rouen.

À écouter sur binge.audio

La Folle Journée de Nantes 

L’édition 2020 de La Folle Journée de Nantes a connu une fréquentation record : de quoi rappeler l’importance de ce rapport renouvelé et décomplexé à la musique classique. 26 ans après sa création, le concept s’est d’ailleurs exporté, notamment à Marseille – La Folle Criée. Il ne change pas cette année : plusieurs formations de musique de chambre, mais aussi un très beau concert donné en effectif symphonique en clôture, permettent d’aborder la musique classique sur des formats courts – une heure de concert maximum – et à des prix particulièrement abordables. On y découvre notamment cette année l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de la cheffe sino-américaine Zhang Xian. Le tout centré sur un thème large mais bien défini : Beethoven pour cette édition. Les solistes, jeunes ou confirmés, sont comme toujours formidables. On aura notamment rarement entendu d’aussi belles Variations Eroica que sous les doigts du génial Nelson Goerner.

Disponible sur arte.tv/fr/arte-concert jusqu’à janvier 2021

OuFiPo

On connaît l’OuMuPo, l’OuBaPo… Mais qu’en est-il de l’OuFiPo ? Cette énième déclinaison de l’OuLiPo originel se présente facétieusement comme l’Ouvroir de Finistérités Potentielles. Créée en 2011 par l’association Longueur d’Ondes, cette « webradio locale de podcasts » vise à valoriser la vivacité culturelle du Finistère, en veillant à mener des projets auprès de toutes les populations, notamment les publics exclus. Parmi la pléthore d’archives consignées sur le site (ateliers, conférences, fictions, entretiens, portraits, documentaires…), citons l’émission Pascal Paradou de vive voix : Jean-Philippe Rossignol y questionne avec délicatesse le journaliste de RFI à propos de son amour pour la radio. Animateur de l’émission De vive voix, consacrée à la langue, la francophonie et l’oralité, il nous fait découvrir avec ferveur ses petits trésors radiophoniques – lectures avignonnaises, rencontres avec l’affichiste Jacques Villeglé, ou encore avec la poétesse japonaise Ryōko Sekiguchi revisitant le poétique concept de « nagori », cette mélancolie pré-crépusculaire sous tendue par l’incertitude face à l’avenir, que l’on déguste la dernière figue de la saison ou que l’on fasse ses adieux à un proche… Un régal.

À savourer sur oufipo.org.

À noter que le 17e festival Longueur d’ondes s’est tenu à Brest du 4 au 9 février. Les lauréats primés sont à découvrir via le site longueur-ondes.fr. Mention spéciale à La brebis galeuse, une ode un peu viciée aux années 60 signée Guillaume Abgrall, sur un texte du brillant Ascanio Celestini, porté par le jeu impeccable de l’excellent David Murgia.

Lohengrin 

La mise en scène de la pionnière allemande Christine Mielitz commence certes à dater – 1983, cela finit par se voir. Il n’empêche : c’est sans doute parce que son entreprise visait à ramener l’Opéra sur son terrain populaire d’origine que ce Lohengrin s’avère particulièrement réjouissant. Sujette à plusieurs coupes, l’action, réduite à une heure trente, peut compter sur des costumes d’époque évoquant davantage Disney que le Moyen-Âge germanique pour la servir au premier degré et pour ne pas ennuyer le public dresdois familial. On ne s’ennuie donc jamais : sans doute parce que l’Elsa von Brabant d’Anna Netrebko et le Lohengrin de Piotr Beczala s’avèrent particulièrement inspirés, et leurs voix idéales pour les rôles. 

Disponible sur arte.tv/fr/arte-concert jusqu’au 7 avril

Gaby Deslys, un tour de chant 

Le Château de la Buzine lui a offert une rétrospective le mois dernier, un ouvrage lui est consacré (lire P 119) : Gaby Deslys aurait célébré cette année son centième anniversaire. À cette occasion, France Musique a consacré deux émissions à la reine marseillaise du music-hall. En mots et en nombreux extraits musicaux, Martin Pénet y revient sur la carrière fulgurante de la chanteuse, de Paris à Broadway. On en profitera pour jeter une oreille sur des extraits de la comédie musicale Gaby mon amour, un spectacle de Jean-Christophe Born porté par le pianiste Mark Nadler et la soprano Clémentine Decouture (émission Cabaret 42e rue diffusée en septembre 2018).

Le tout à réécouter sur le site de France Musique, francemusique.fr

Également disponible en VOD sur Arte, le documentaire La nuit est à elles, Paris 1919-1939 : boutique.arte.tv

Voix, Ma chorale interactive 

Et si l’on se déliait la voix à l’approche des beaux jours ? La Chorale de Radio France propose des tutoriels interactifs pour apprendre à chanter. Conseils prodigués en vidéo (vocalises, chauffe corporelle…), interviews thématiques, films d’animation didactiques pour les plus jeunes, et, surtout chaque mois, de nouvelles chansons à apprendre ou faire apprendre, avec un solide outillage à la clé incluant partitions, paroles, fiches pédagogiques, ou encore enregistrements des voix séparées. Les références sont multi générationnelles : Big Flo & Oli, Albin de la Simone, Serge Gainsbourg… le tout épaulé par l’élégante maîtrise des chœurs de Radio France.

Disponible sur le site vox.radiofrance.fr  

Mon travail ne sert à rien 

« J’ai souvent l’impression d’être Astérix avec son formulaire A89 ». En janvier 2019, Arte Radio opérait un salutaire focus sur les « bullshit jobs », ces emplois vides de sens qui peuvent conduire au bore out, l’autre versant du burn out. Selon Jean-Laurent Cassely, auteur de La révolte des premiers de la classe, la vacuité de ces métiers est induite par leurs dénominations confuses – consultant organisation, community manager, chef de projet… Autant de nouveaux postes, valorisés socialement, mais difficilement quantifiables en termes d’impact, et susceptibles de procurer rapidement un fort sentiment d’inutilité. La réalisatrice Aurore Le Bihan analyse les sources de dysfonctionnements internes, dont paient un lourd tribut des employés démotivés.

Disponible sur arteradio.com

Une sélection de JULIE BORDENAVE et SUZANNE CANESSA
Mars 2020