Sons et images : Zibeline partage ses morceaux choisis

Écoutes/Écrans 2Vu par Zibeline

• 19 février 2020⇒10 mars 2020 •
Sons et images : Zibeline partage ses morceaux choisis - Zibeline

Focus Daniel Barenboïm

Concert Beethoven – Berliner Philharmoniker

Le West-Eastern Divan Orchestra vient de fêter ses vingt ans. Fondé par l’argento-israëlien Daniel Barenboïm et par l’américano-palestinen Edward Saïd, il se fixait alors pour mission de promouvoir la paix entre Juifs et Arabes. Et se plaçait dans la lignée de Goethe et de son recueil de poèmes, Le Divan occidental-oriental, à mi-chemin entre les traditions de la poésie persane et du lyrisme allemand, qui a considérablement influencé le Romantisme musical. Quoi de mieux, pour célébrer ce triple ancrage, que le Triple Concerto de Beethoven ? Daniel Barenboïm y adopte la double casquette de chef et de pianiste soliste qui est devenue sa signature, et dialogue divinement avec le violon d’Anne-Sophie Mutter et le violoncelle de Yo-Yo Ma. L’orchestre, particulièrement sollicité sur le second mouvement, assure des finitions tout aussi admirables.

Disponible sur arte.fr jusqu’au 9 mars

Tristan et Isolde  

On retrouve Daniel Barenboïm à Berlin, mais cette fois-ci dans la fosse du Staatsoper. Au programme, l’opus wagnérien par excellence, Tristan et Isolde. Dès l’ouverture, la direction de Barenboïm fait merveille : elle demeure incandescente, là où la mise en scène de Dmitri Tcherniakov désamorce le mythe pour mieux déplacer l’émotion. Sur la scène, devenue un intérieur bourgeois, la distribution vocale compte parmi les meilleures de ces vingt dernières années. L’Isolde d’Anja Kampe est inoubliable, et le Tristan d’Andreas Schlager a lui aussi fait vaillamment ses preuves. Penser à préparer ses mouchoirs pour l’Acte III…

Diffusion le 24 février à 00h05 sur France 2

Disponible du 17 au 31 février sur francetvinfo.fr/culture

 

Les couilles sur la table 

Où l’expression requérant d’un homme d’attester vigoureusement et cliniquement de sa virilité se voit savamment détournée : il s’agit ici d’examiner au plus près les mécanismes du masculin. Et plus précisément, d’en rendre compte du point de vue des femmes, et d’interroger plus largement le genre. Lancé en 2017, le podcast de Victoire Tuaillon cumule depuis 500 000 écoutes mensuelles. Son succès est avant tout dû à la qualité des échanges, que son format, ample mais resserré, permet. La récente interview de Maïa Mazaurette, ou encore l’entretien-fleuve de Virginie Despentes sont tout bonnement passionnants. De quoi mettre du baume au cœur des féministes de tous poils.

À écouter sur binge.audio/category/les-couilles-sur-la-table/

 

Fierté(s) 

Diffusée pour la première fois en 2017, la série de Philippe Faucon raconte trente ans de combats LGBT en trois épisodes : la dépénalisation de l’homosexualité en 1982, l’instauration du PACS en 1999 et la légalisation du mariage homosexuel en 2013. Cette lutte pour l’égalité est ici traitée à travers le parcours individuel de Victor : de l’affirmation de son identité à son désir d’enfant, le temps long de la série permet au récit de toucher à une ampleur inédite. Le casting, qui voit se succéder Benjamin Voisin, Samuel Theis dans le rôle de Victor et Stanislas Nordey dans celui de son compagnon, n’est pas pour rien dans cette réussite.

Diffusion sur Arte le 27 février à 20h50

Disponible sur arte.fr du 20 février au 20 mars

 

La Religieuse

Près de cinquante ans après l’adaptation maudite de Jacques Rivette, Guillaume Nicloux s’est attaqué, en 2013, au roman-mémoires de Diderot. Il s’approprie ainsi à son tour ce brûlot anticlérical. Le portrait de Suzanne Simonin, adolescente contrainte d’entrer dans les ordres pour expier sa faute originelle – être née illégitime – se pare ici des obsessions du cinéaste. La religieuse y devient non seulement martyre du conservatisme chrétien, mais également une individualité en voie de construction, dont la foi n’est plus qu’accessoire. Une ode discrète, mais tenace, à l’indépendance et à la révolte.

Diffusion sur Arte le 19 février à 21h

Disponible sur arte.fr du 19 au 25 février

 

La Belle Saison

« Le public a vu son film lesbien avec La Vie d’Adèle, pas besoin d’un deuxième ». La cinéaste Catherine Corsini ne s’est heureusement pas laissée décourager par ces considérations imbéciles, et a signé avec La Belle Saison une romance particulièrement tendre sur fond de parenthèse enchantée. La militante MLF campée par Cécile de France y rencontre la plus modeste Delphine, qui a le naturel et la gouaille d’Izïa Higelin. Lumineux.

Diffusion sur Arte le 4 mars à 20h55

Disponible sur arte.fr du 4 au 10 mars

 

Discordia

En novembre 2017, un article du New York Times révélait les pratiques frauduleuses de Louis C.K. Cet irrésistible comique, roi du stand up américain connu notamment pour narrer ses déboires amoureux, se masturbait devant certaines aspirantes comédiennes en quête d’une entrée dans le métier… Comment « refait-on le match » après l’annonce ? Le débat fait rage actuellement, et le temps de parole accordé par Discordia – 1h30 chaque mois sur un sujet de société – a le mérite de laisser la réflexion cheminer entre ses intervenants, sans faire l’impasse sur leurs hésitations, paradoxes ou contradictions. De cet épisode 26, on retiendra que la comique Pamela Adlon, coscénariste avec Louis C.K. de séries emblématiques telles que Louie, constituait peut-être la meilleure moitié du duo, et l’on s’empressera d’aller redécouvrir son excellente série Better Things.

À réécouter sur podcast.ausha.co.

 

Traits d’union.s

Fin janvier, Manifesta 13 Marseille inaugurait la série de rencontres Traits d’union.s. Tous les quinze jours dans son espace d’accueil situé sur la Canebière, deux personnalités issues du monde de la culture, de la sphère économique ou de la société civile se retrouvent pour échanger en public autour de questionnements soulevés par la Biennale d’art contemporain.  La première rencontre réunissait l’artiste espagnol Jordi Colomer, féru de dystopies urbaines, et Jean-Pierre Rehm, directeur du FID à Marseille. La deuxième se focalisait sur l’univers du musicien Raphaël Imbert. Les dix entretiens sont à retrouver au fil du temps sur le site de Radio Grenouille. 

Agenda des rencontres sur manifesta13.org/fr/espace-manifesta

À réécouter sur radiogrenouille.com

 

L’économie de la mort

L’excellente série Entendez-vous l’éco ?, diffusée sur France Culture, revient chaque jour à 14h sur un pan méconnu de l’économie, en vue d’ouvrir le champ du débat autour d’une science trop peu vulgarisée. En janvier dernier, l’animatrice Tiphaine de Rocquigny se saisissait de manière facétieuse du Blue Monday (réputé le jour le plus déprimant de l’année) pour ausculter l’économie de la mort, un sujet encore tabou dans la société française, décliné en trois épisodes. Entre tour d’horizon des lois régissant l’héritage et panel des inégalités sociales face à la mort, on prêtera une oreille particulièrement attentive au deuxième épisode, consacré au marché des funérailles. Longtemps réservé à l’Église, le marché est désormais ouvert à la concurrence, mais pâtit encore d’un manque flagrant de transparence sur ses pratiques. La sociologue Pascale Trompette, directrice de recherche au CNRS, y expose avec brio un historique du sujet, tout en analysant ses enjeux financiers, sanitaires et symboliques.

Àréécouter sur franceculture.fr/emissions/series/economie-de-la-mort

 

Magicos

Qui n’a jamais rêvé de percer le fascinant – et agaçant – secret des tours de cartes ou des prétendues divinations ? En huit épisodes, Guillaume Natas ausculte le métier de magicien, mystérieux s’il en est. Auprès de praticiens – prestidigitateurs ou mentalistes de toutes générations – le journaliste, lui-même féru d’illusionnisme, revient sur des questions fondamentales : qui invente vraiment les tours de magie ? Comment devient-on magicien ? Pourquoi si peu de femmes dans le milieu de la magie ? Au fil des épisodes, on navigue dans les coulisses du métier, de la vocation aux rudiments de l’initiation, des premiers tours dans les cabarets aux entraînements quotidiens… Consacré au mentalisme, le 5e volet s’avère particulièrement passionnant, convoquant la zététique (apologie du scepticisme) pour décortiquer les ressorts et dérives d’une pratique qui nécessite une éthique de fer pour ne pas verser dans le charlatanisme ou le sectarisme.

À réécouter sur slate.fr/podcasts/

 

L’avocat des terreurs

Alexandre Luc-Walton, jeune avocat au barreau de Paris, défend depuis 2015 des individus radicalisés. Or, « défendre les terreurs, c’est inaudible », comme l’étaie la documentariste Camille Juzeau. Avec beaucoup de délicatesse et de pertinence, les sept épisodes de cette série documentaire passent en revue les nombreux questionnements qui agitent cet épineux fait sociétal. L’avocat y évoque notamment la difficulté de convoquer la notion de « défense de rupture », qui consiste à s’opposer à la légitimité du tribunal en train de juger : renie-t-on les valeurs républicaines quand on défend un djihadiste ? Sont également abordés les enjeux du procès d’Abdelkader Merah – éviter que la cour ne se transforme en une arène, pour ne pas faire le jeu des ennemis de l’État de droit ; la réalisatrice nous emmène aussi dans les prisons pour radicalisés, ou s’interroge sur la part allouée aux femmes dans les réseaux terroristes. Cinq ans après l’onde de choc des attentats, et tandis que la France accueille ses premiers ressortissants radicalisés en provenance de Syrie, un regard indispensable sur l’aspect judiciaire du terrorisme, et ses ramifications éminemment philosophiques.

arteradio.com/serie/l_avocat_des_terreurs

 

Claude Ponti et Tomi Ungerer

Tandis que l’École des Loisirs sort le 4e numéro de son magazine Grand (disponible gratuitement en librairie, ou à télécharger sur son site), l’éditeur propose une belle rencontre vidéo entre deux monstres sacrés de la littérature jeune public, Claude Ponti et le regretté Tomi Ungerer. Les deux auteurs étudient avec pudeur les liens imperceptibles qui pourraient les lier, tous deux nés au pied des Vosges, et ayant subi une enfance traumatisante. Où l’on apprend ainsi qu’intimé au silence par un inceste subi durant son enfance, Claude Ponti a attendu l’âge 37 ans pour écrire, émancipé par la naissance de sa fille Adèle. L’échange s’achève sur une tendre pirouette : chaque auteur s’approprie l’icône de l’autre, à savoir un poussin et un brigand revisités.

À voir sur ecoledesloisirs.fr/grand

Écouter des lectures à voix haute sur media.ecoledesloisirs.fr/lecture-voixhaute/nv/index.php

Une sélection de JULIE BORDENAVE et SUZANNE CANESSA
Février 2020