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Le Festival Flamenco à Nîmes, du 11 au 20 janvier

Dynasties et trublions

• 11 janvier 2019⇒20 janvier 2019 •
Le Festival Flamenco à Nîmes, du 11 au 20 janvier - Zibeline

Du 11 au 20 janvier, le festival de flamenco de Nîmes convoque patronymes devenus des classiques et jeune garde émancipée.

En attendant de fêter son 30e anniversaire en 2020, le festival nîmois poursuit son « exploration gourmande du flamenco actuel » avec, comme seule règle, ce mot d’ordre qui a fait sa réputation et qui le positionne aujourd’hui comme une référence du genre dans l’Hexagone : « pas de hiérarchie, pas de jugement, pas de vérité ». Une ligne de conduite qui saute au visage dès le week-end d’ouverture.

Musique et chant

Avec Antología del cante flamenco heterodoxo, Niño de Elche confirme sa vocation de dynamiteur. Ce chanteur que l’on a vu ces dernières années aux côtés de Rocio Marquez ou Israël Galvan, est à son tour devenu un artiste hors-norme, un novateur sans tabous ni frontières. Son anthologie hétérodoxe atteste de sa passion pour la poésie et de son ouverture à tous les styles musicaux.

Eva Yerbabuena, grande danseuse d’origine andalouse née à Francfort, présente, pour la première fois en France, Cuentos de azúcar, un dialogue avec Anna Sato, chanteuse venue du Japon. Deux femmes, deux cultures et le même souffle sacré pour une rencontre insolite où les shima uta, chants traditionnels des îles Amami, archipel du sud du Japon, font écho au flamenco épuré des juergas de Jerez.

Autre projet mêlant deux univers a priori éloignés, celui de Rocío Márquez qui, avec Diálogos de viejos y de nuevos sones, s’est entourée de musiciens issus de la tradition baroque, à la tête desquels Fahmi Alqhai, virtuose de la viole de gambe, adoubé par Jordi Savall. Dès ses débuts, la chanteuse de Huelva sortait du rang avec sa voix pure, si atypique dans le cante. Elle continua de surprendre avec l’audace de ses expérimentations vers un flamenco contemporain. Aujourd’hui, celle qui est également auteure d’une thèse sur la technique vocale du flamenco ne sort pas de son cadre, celui des musiques populaires nées de croisements entre traditions diverses.

Il faudra attendre la quasi-fin du festival pour entendre une autre voix féminine, celle de María Terremoto, fille et petite-fille de deux chanteurs historiques disparus de Jerez -Fernando Terremoto et Terremoto de Jerez- dont elle prend la relève avec brio. Côté descendance, les hommes ont récupéré eux aussi de beaux héritages. Après une adolescence plutôt rock, Tomás de Perrate a repris le droit chemin du cante familial (fils de Perrate de Utrera, petit-fils de Manuel Torre et neveu de María la Perrata). Sa voix puissante et archaïque est accompagnée par le jeu de guitare nuancé d’Alfredo Lagos.

C’est au tour de la famille Morente de nous présenter son dernier modèle, le benjamin José Enrique, dit Kiki Morente. Si le jeune chanteur doit encore se faire un prénom, celui d’Arcángel est déjà gravé dans le marbre des monstres sacrés. C’est pourtant la première fois qu’il foulera les planches du théâtre Bernadette Lafont. Pour cette occasion, il choisit Tablao, spectacle sous forme de retour aux sources dans lequel il renoue avec un flamenco intime et dépouillé, lui qui a frotté sa voix à la musique contemporaine comme aux polyphonies bulgares.

Les musiciens de renom, particulièrement les guitaristes, ne sont pas oubliés avec deux rendez-vous principaux : le mano a mano entre les Catalans Chicuelo et José Luis Montón puis la rencontre entre Dani de Morón, adoubé par Paco de Lucia et Duquende, chanteur parrainé par Camaron de la Isla.

… et danse

En danse, trois créations de l’année 2018 viennent étoffer cette programmation. Flamencolorquiano est l’hommage quasi-institutionnel du Ballet Flamenco de Andalucía à Federico Garcia Lorca. Un spectacle aux allures de superproduction populaire pour un poète loin des conventions. Pour Nocturno, Leonor Leal, la danseuse aux cheveux courts et pantalon, invite Alfredo Lagos à la guitare et Antonio Moreno aux percussions. Enfin, Ana Morales délivre Sin permiso, son œuvre la plus intime, inspirée par le thème devenu récurrent de l’exil. Le festival de flamenco de Nîmes, c’est aussi des représentations scolaires, des conférences, des expositions, du cinéma…

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2019

Festival Flamenco
11 au 20 janvier
Divers lieux, Nîmes
theatredenimes.com

Photo : Eva Yerbabuena Cuentos de Azucar © Erregiro Photography