Le Désordre d'Hubert Colas, au Théâtre de la Criée du 8 au 10 janvier

Disruptions aléatoires

• 8 janvier 2020⇒10 janvier 2020 •
Le Désordre d'Hubert Colas, au Théâtre de la Criée du 8 au 10 janvier - Zibeline

Le Désordre d’Hubert Colas plonge le spectateur dans l’absence de lien qui caractérise notre société désorientée.

Ils se cherchent. Dans l’adresse au public, la confidence, la colère, l’ironie de la tristesse installée. L’auteur, metteur en scène et scénographe Hubert Colas, dans sa dernière création, fait surgir dans une succession volontairement anarchique les dérèglements d’une époque où tous les personnages, ses acteurs de prédilection, n’ont à dire que leur désarroi. Celui de relations amoureuses programmées où la seule question est comment rompre, après avoir dragué en sept phrases types. Celui d’un homme qui prend son voisin pour son père, ou d’une femme qui permute les syllabes. Aphasie, communication désaxée, incohérences, le désordre est dans les sentiments, les relations, les mots, les symboles. Dans la structure même du spectacle, l’ordre des scènes étant tiré au sort par le public avec un jeu de cartes aux intitulés disjonctés. Dans la scénographie, paravent qui laisse une élégante porosité entre la scène et les coulisses, dans la frontière abolie entre public, personnages et acteurs, ceux-ci s’adressant au public directement et semblant porter leur parole propre. Dans la présence/absence des vidéos et des acteurs, projetés sur les télés, parlant depuis les coulisses, chantant Méditerranée en n’offrant au regard que la mer et ses vagues.

Le spectacle, dont plusieurs étapes de créations ont été présentées, n’est pourtant pas décousu. Ses acteurs, sensiblement du même âge, construisent un portrait désenchanté, désœuvré, très romantique au fond, d’une génération qui n’est plus à la recherche de ses illusions, tant elle en est dépourvue. Mais qui s’en amuse, se connaît, aime à travailler ses références, sait faire éclater ses colères et ses hypocrisies. Alors ce Désordre est drôle, franchement, quand Isabelle Mouchard explique qu’elle rompt « parce qu’il est trop bien pour elle » ; et émouvant lorsque la musique de Mathieu Poulain tisse ses strates au-delà de son regard perdu.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2019

Désordre
Du 8 au 10 janvier
La Criée, Marseille
04 91 54 70 54 theatre-lacriee.com

Photo © H. Bellamy

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
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