Les Suds, en hiver, du 2 au 10 mars en Pays d'Arles. Entretien avec Stéphane Krasniewski

Des Suds en hiver et en transition

• 2 mars 2019⇒10 mars 2019 •
Les Suds, en hiver, du 2 au 10 mars en Pays d'Arles. Entretien avec Stéphane Krasniewski - Zibeline

Le festival de musiques de monde arlésien change de visage et de saison.

Double nouveauté pour Suds à Arles : une édition hivernale et un changement de direction. Entretien avec le successeur de Marie-José Justamond, Stéphane Krasniewski.

Zibeline : Comment vivez-vous ce passage de flambeau ?

Stéphane Krasniewski : Je suis arrivé il y a 15 ans à Suds. C’est quelque chose qu’on prépare depuis longtemps avec Marie-José Justamond qui a toujours eu une manière très collaborative de travailler. Je le vis donc comme une évolution de mon poste, de ma position, sachant que Marie-José est passée à la présidence de la structure. On est sur une transition en douceur.

Pourquoi les Suds en Hiver ?

Pour au moins trois raisons. La première, c’est de rendre visible le travail d’action culturelle que l’on mène tout au long de l’année auprès du public scolaire qu’on ne peut pas mobiliser pendant les vacances d’été. La deuxième raison est de retisser du lien de proximité avec le territoire en faisant découvrir les musiques du monde à un public local dans des lieux plein de charme et souvent méconnus par les habitants eux-mêmes, comme le Château de Tarascon ou l’église Saint-Marcellin à Boulbon. La troisième raison est d’œuvrer à la saisonnalité de notre territoire qui a une offre culturelle très dense l’été mais plus démunie en hiver.

Le traditionnel Revivre du festival est donc abandonné ?

Tout part du Revivre dont le principe était d’organiser un concert au cœur de l’hiver et une fête avec tous ceux qui avaient contribué au succès de l’édition précédente. L’événement a eu plusieurs formes et a évolué en s’adressant à un public de plus en plus large, jusqu’à nous donner l’envie de faire une version hivernale des Suds.

Comment développez-vous vos propositions dans un contexte général de contraintes budgétaires ?

Je suis convaincu que si on ne se développe pas, on régresse. Et se développer permet aussi de convaincre de nouveaux partenaires, de créer de nouvelles dynamiques et de renforcer l’existant. Le Conseil régional a d’ailleurs réaffirmé son soutien. Tout cela repose aussi sur la mobilisation de nos équipes et de leurs compétences. C’est une charge de travail supplémentaire.

Dites-nous quelques mots sur la programmation musicale.

On démarre avec une création de Paul Wamo, Marseillais originaire de Nouvelle-Calédonie, porte-parole talentueux de la culture kanak. Autre création, Ô Sud, de Xavier Rebut, accompagné de trois musiciens italiens qui ont collaboré avec la grande Giovanna Marini et qui revisitent un répertoire de chants d’Italie du Sud. On accueille également un duo nippo-français très rare, avec Mieko Miyazaki, joueuse de koto (cithare japonaise) et Suizan Lagrost au shakuhachi (flûte japonaise). Le Chœur battant, c’est le résultat de l’action menée avec le conservatoire du Pays d’Arles et 200 élèves de classes élémentaires de l’intercommunalité qui ont travaillé avec Emmanuelle Bunel et son Trio Âman autour de chants de la Méditerranée. On réinvite Bachar Mar Khalifé, puis on clôture par une rencontre entre guitares manouche et flamenca avec Antoine Boyer et Samuelito.

Comme toujours aux Suds, il n’y a pas que de la musique…

On va mettre en avant le travail effectué par la Radio des Suds, antenne éphémère participative du festival, animée par Antoine Chao, qui donne à un jeune public prioritaire un espace pour s’exprimer, se former et vivre le festival de manière intense, à travers le medium de la radio. C’est pour nous une manière de rendre visible une partie du public qui n’a pas accès aux médias en les rendant acteurs de l’actualité. Il y a aussi deux projections : l’une d’Impulso, le film sur la danseuse de flamenco Rocio Molina, avec qui on a un lien fort ; l’autre de The music of strangers projet qui rassemble plusieurs artistes importants des musiques du monde autour du violoncelliste Yo-Yo Ma.

Y aura-t-il une touche personnelle dans le prochain festival cet été ?

Je m’inscris dans une certaine continuité. Je vais respecter les fondamentaux posés à la création du festival, parce qu’il n’y a aucune raison d’y toucher. Ma sensibilité s’exprimait déjà auparavant. Si évolution il devait y avoir, elle se fera naturellement, en fonction des créations musicales, de l’état du monde, de l’évolution des goûts des spectateurs qu’on essaie toujours d’anticiper en les accompagnant vers les découvertes. Ca ne dépendra pas de la personnalité du directeur.

Que peut-on d’ores-et-déjà annoncer ?

Ibrahim Maalouf avec le Haïdouti Orkestar pour un concert festif entre musique des Balkans et orientale avec une vingtaine de musiciens sur scène. Il y aura également une journée consacrée aux femmes engagées et à l’Afrique avec Fatoumata Diawara et l’Angolaise Pongo, ancienne chanteuse de Buraka Som Sistema, qui a cartonné aux Transmusicales de Rennes et la djette kenyane Kampire que l’on verra sûrement partout. Je peux vous annoncer en avant-première Bobby McFerrin !

ENTRETIEN REALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Février 2019

Les Suds, en hiver
2 au 10 mars
Tarascon, Boulbon, Arles, Fontvieille, St-Martin-de-Crau, St-Pierre de Mézoargues
04 90 96 06 27
suds-arles.com

Photo : Paul Wamo c Eric Châlot