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Hortus 2.0 invite les artistes numériques à interroger le végétal en Avignon

(Dél)imiter la nature

• 2 juin 2017⇒1 octobre 2017 •
Hortus 2.0 invite les artistes numériques à interroger le végétal en Avignon - Zibeline

Art numérique et Nature font-ils bon jardinage ? C’est la question que pose Hortus 2.0, en réinventant l’art du jardin dans les musées d’Avignon.

Les monuments d’Avignon s’allient cet été, exposant, qui les Sculpteurs d’Afrique (voir Zib 108), qui les jardins numériques. A l’heure où l’impact écologique du numérique se pose enfin, obérant sérieusement son avenir, le fonds avignonnais de dotation EDIS, producteur d’Hortus 2.0, invite les artistes numériques à interroger le végétal. Et voici qu’ils renouent ironiquement avec l’imitation aristotélicienne, reproduisant la création naturelle : leurs œuvres en sont commentaire, effacement, explication, ou sublimation décalée. Ainsi les questions esthétiques de la philosophie ancienne semblent renaître dans le rapport que les nouveaux médias installent entre l’œuvre d’art et la nature, ici domestiquée, du jardin.

Au musée Angladon trois petites œuvres discrètes, sur tablettes, de Vincent Broquaire, inventent des « micro-mondes » industrieux dans les racines des plantes, allégorie de notre activité de fourmis. À la Chapelle Saint Charles, un film sublime de Quayola, à partir des images « réelles » de paysages peints par Van Gogh : captation, effacement, pixellisation, le vent passe dans les branches,  transforme la végétation et la terre en larges touches impressionnistes, recrée le réel en longues traînées de couleurs pures. Les cigales que l’on entend sont-elles réelles ? Et le vent dont on perçoit le souffle et qui tord puis dissout les feuillages ? Et où est le vrai de ces paysages filmés, peints, fondus, projetés ?

La plupart des œuvres sont exposées au Musée Vouland. Une rose qui flambe sans se consumer (Laurent Pernot), des pissenlits qui s’ouvrent la nuit, trompés par une lumière artificielle (Hicham Berrada) des sculptures 3 D d’animaux hybrides se déclinant du chien au renne, et du vert pelouse au vif argent (France Cadet). Quelques clins d’œil, le son d’un jardinier (Antoine Schmitt), des papillons qu’il faut chercher (Bertrand Gadenne), des bouquets givrés qui (se) fondent dans le mobilier XVIIIe (Laurent Pernot), un livre blanc qui révèle un herbier fantaisiste quand on tourne ses pages (Miguel Chevalier), des pissenlits dont les ombelles s’envolent si vous soufflez dans le micro (Edmond Couchot et Michel Bret). Tactiles et poétiques, les installations de Scenoscome transforment nos caresses à des pierres, à des plantes, en vibrations sonores tendres… Poétique encore, mais poignant, le film de Momoko Seto : dans une déclinaison de blancs et de noirs, l’eau avance, des fleurs éclosent, un jardin éphémère, contre-nature, s’étend, épuise la mer, transforme le sol en sel. Car les fleurs peuvent aussi assécher et tuer.

Un des paradoxes soulevé par Hortus 2.0 : par leur rapport au virtuel et à l’invisible, les arts numériques interrogent la place du naturel, de sa culture, de son enregistrement, de sa transcription : désirable, apaisant, mortifère ou nostalgique ?

Agnès Freschel
Juillet 2017

Hortus 2.0
jusqu’au 1er octobre
divers musées, Avignon
edis-fondsdedotation/hortus-2-0

Photo : Les Papillons, Bertrand Gadenne © Jerôme Taub