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Peut-on inventer des solutions ici ? Zibeline vous invite à y réfléchir, le 6 mars à Montévidéo, Marseille

Débattre du centralisme français de la presse

• 6 mars 2019 •
Peut-on inventer des solutions ici ? Zibeline vous invite à y réfléchir, le 6 mars à Montévidéo, Marseille - Zibeline

L’Humanité est placée en redressement judiciaire, Médiapart assigne l’État pour faute lourde, Nice Matin et La Provence sont lâchés par leur actionnaire minoritaire Nethys, La Marseillaise continue de mener ses combats avec une rédaction réduite, Zibeline se débat avec ses problèmes économiques récurrents… La presse va mal, du quotidien national historique à l’hebdomadaire régional spécialisé, et les titres ne doivent leur survie qu’à des regroupements capitalistiques qui mettent en danger la raison d’être du journalisme : enquêter, observer, informer, rendre compte, ne peut se faire sérieusement sans indépendance réelle avec les pouvoirs politique et économique.

Les raisons de cet état de fait sont nombreuses, la plus évidente étant l’habitude prise de ne plus acheter la presse, de se brancher sur un flux numérique d’informations en payant son téléphone et son opérateur mais non ceux qui fournissent les contenus. Une autre est l’aberration des aides à la presse, concentrées sur les quotidiens nationaux qui ne laissent que quelques miettes inconséquentes à la presse régionale, à la presse associative ou à la presse spécialisée.

Plus sournoises et très françaises les stratégies de communication des collectivités, qui préfèrent éditer à grands frais des « journaux » institutionnels, par nature dépendants, et ne se gênent plus pour exclure de leurs campagnes publicitaires les médias qui les critiquent. Ils sont à cet égard responsables de la chute vertigineuse des recettes publicitaires de la presse régionale.

Réinterroger les fondamentaux

Mais les raisons de ces désaffections et difficultés tiennent aussi à des manques, voire des manquements, des journalistes et des rédactions. L’affaire de la Ligue du LOL est révélatrice de comportements aberrants, et devrait faire réfléchir la profession sur ses mœurs intolérables, ou du moins d’un autre âge :

  • plafond de verre au sein des rédactions pour les femmes et les racisés
  • confusion systématique du national et du parisien et mépris de la province
  • hiérarchisation des rubriques qui primarisent la politique politicienne
  • recherche concurrentielle du scoop
  • simplification des propos complexes des interviewés
  • méconnaissance profonde de la culture publique
  • promotion des produits de beauté, des équipes de foot, des majors et des musées privés détenus par l’actionnariat des titres
  • promotion des candidats politiques susceptibles de défendre les intérêts de l’actionnariat des titres

Le constat de ces maux, dus en partie aux difficultés et dépendances économiques de la presse, doit permettre de poser autrement la question : la démocratie n’est pas possible sans une information libre, et financée dans sa diffusion, qui est un service (au) public. Mais informer de quoi ?

Edwy Plenel, en plein combat pour la défense des sources et la nécessité d’enquêter librement jusqu’au sommet de l’État, sera dans la région pour débattre, après la projection de Depuis Médiapart (film de Naruna Kaplan de Macedo), de son métier, et des difficultés constantes pour préserver le droit de débusquer et révéler les dysfonctionnements démocratiques. Un combat fondamental, courageux, nécessaire.

Ici il y a des gens qui valent

Zibeline pense, depuis sa création, qu’il y a quelque chose à inventer, à reformuler, à créer, ici. À l’échelle régionale, dans la pensée, la culture et l’art. Dans une indépendance farouchement associative et égalitaire, en menant le combat contre la prédominance masculine (blanc hétérosexuel pas juif pas jeune pas vieux et éduqué). Dans un esprit de coopération et de partenariat avec les autres titres, en défendant les acteurs culturels, en médiatisant sans simplification la parole des artistes, en travaillant pour l’inclusion du public, l’éducation à la presse. Et surtout, en refusant la concession populiste.

Le débat du 6 mars interrogera donc la place de la culture dans les médias nationaux et régionaux. À partir d’un constat sidérant : Le Monde, durant la semaine du 18 au 24 février, a publié

  • 12 « conseils de sortie familiale », tous à Paris
  • un énorme reportage avec Portfolio sur la Fondation Vuitton, à Paris (possédée par Bernard Arnault, groupe LVMH),
  • un reportage à Los Angeles et un autre à Londres
  • 11 critiques de spectacles et concerts, tous parisiens.

En matière de culture, la presse nationale est donc, indéniablement, parisienne, et son ailleurs n’est pas ici. Ce qui pose évidemment un problème démocratique aux structures culturelles et artistes qui n’ont pas droit à un traitement égalitaire, et un problème aux lecteurs qui lisent des reportages et des critiques qui ne les concernent jamais.

Se rabattent-ils sur la presse régionale ? D’autres problèmes s’y posent : souffrant des mêmes maux économiques, elle reproduit la centralité à l’échelle régionale, et consacre l’essentiel de ses critiques à ce qui se passe dans la ville-centre, c’est-à-dire ici à Marseille.

La presse régionale souffre également des préjugés à son égard : plus vendue et plus lue que la presse nationale, elle est cependant regardée avec condescendance par certains acteurs culturels, qui privilégient la presse nationale dans leurs dossiers de presse, leur affichage, leur traitement particulier des journalistes… et leurs dépenses de communication.

Mais ces préjugés sont aussi intériorisés. Les journalistes qui travaillent dans les rubriques culture des quotidiens régionaux se battent chaque jour pour avoir de la place, parfois un titre en une, parfois un article sur un spectacle confidentiel et difficile plutôt que pour la star qui passe au Festival de Cannes. Car les rédacteurs en chef des quotidiens régionaux ont intériorisé l’idée que leur lectorat est populaire, qu’il faut donc les attirer avec des jeux, des éphémérides, des suppléments télé people, des raccourcis de pensée prédigérée, qu’il faut fournir un traitement de l’information politique nationale et internationale allégé et simplifié. Ce qui éloigne de leurs pages les lecteurs de la presse nationale, qui en région se divisent entre ceux qui lisent le national, sans pages culture qui les concernent, et ceux qui lisent le régional et ses contenus souvent démagogiques.

Pour une autre presse régionale

La presse régionale, parce qu’elle fournit une information de proximité, est indispensable à la démocratie, quand les immeubles s’effondrent, quand on empoisonne la mer, qu’on décrète que les cantines ne serviront plus d’entrée aux enfants. Mais elle est aussi indispensable au maintien, et à la vitalité, de la culture et des artistes du territoire où elle diffuse, à l’idée qu’il n’y a pas de hiérarchie entre Paris et les régions, et que le lecteur d’ici a droit à la même qualité de traitement de l’information.

Pour cela, faut-il créer d’autres liens, de coopération, entre les titres ? Revoir les aides à la presse, combattre les préjugés intériorisés ? Quelles sont les attentes des acteurs culturels, des collectivités publiques ?

Pauline Amiel (Maître de conférences à l’EJCAM, école de journalisme de Marseille, spécialiste de la presse régionale), Laurent Eyraud-Chaume (metteur en scène dans les Hautes-Alpes), Gilles Rof (correspondant du Monde), Marie José Sirach (Cheffe de la rubrique Culture de L’Humanité) et Françoise Verna (rédactrice en chef de La Marseillaise) seront réunis pour apporter leur éclairage, interrogés par Zibeline et par le public : lecteurs, artistes et journalistes.

Agnès Freschel
Mars 2019

 

Presse Régionale, Presse Nationale, quelle place pour la culture ?

6 mars à partir de 19h30

Montévidéo, Marseille

04 91 37 97 35 montevideo-marseille.com

 

Depuis Médiapart

7 mars

Le Méliès, Port de Bouc

9 mars

Le Gyptis, Marseille

10 mars (10h)

Le Cigalon, Cucuron


Montévidéo
3 Impasse Montévidéo
13006 Marseille
04 91 37 97 35
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