"Entre quatre yeux", la nouvelle et fascinante exposition de l'Abbaye Saint-André à Villeneuve-lez-Avignon

De terre et d’eauVu par Zibeline

• 30 juin 2020⇒6 septembre 2020, 30 juin 2020⇒6 septembre 2020 •

La nouvelle exposition de l’abbaye Saint-André, Entre 4 yeux, met en dialogue les œuvres dessinées de Jean Viennet et Christine Viennet. Rencontre avec la céramiste.

Pourquoi le choix de la céramique pour vous exprimer ?

Christine Viennet : Je suis née en Norvège, où les hivers sont très enneigés, j’ai passé toute mon enfance à modeler de la neige, ça m’est resté ! J’ai commencé à modeler de la terre à 16 ans et à acheter mes premières céramiques – j’ai une grande collection de céramiques anciennes. J’ai créé un musée dans le lieu que nous habitons près de Béziers.

Et votre fascination pour Bernard Palissy ?

C’était un grand céramiste du XVIème siècle qui œuvrait beaucoup pour la reine Catherine de Médicis, et Anne de Montmorency, Grand Connétable de France, personnages à qui il a dédié deux grottes sur le modèle italien. Lieux de divertissement, de beauté, ils devaient aussi, par des symboles, élever l’esprit.

Votre grotte lui rend hommage. Est-elle aussi une forêt de symboles ?

Tout à fait, Palissy est devenu très célèbre grâce à ses créations de céramique d’une faune foisonnante et de la représentation de la nature par laquelle il louait Dieu et ses créatures. Écologiste avant l’heure, il pensait déjà à ce qu’il était bon de faire pour les générations futures. J’ai travaillé sur les pas de Palissy depuis plus de trente ans. La grotte qui conclut l’exposition est un résumé de ces recherches et de ce travail.

Vous fixez dans la grotte la diversité de la nature dans une esthétique de l’étonnement.

C’est vrai, il y a des créatures dans la nature qui sont étonnantes voire extravagantes, n’est-ce pas ! J’ai créé un mélange de vraie nature et d’un peu de fantaisie, aussi, et de beaucoup de symboles. Avec une place particulière pour le serpent, animal maudit par la religion catholique, omniprésent dans l’œuvre de Palissy. Il était protestant à l’époque des guerres de religions. Protégé et pourchassé à la fois, il voit dans le serpent une représentation de son église protestante, souvent il le représente seul sur un îlot.

Une prouesse technique, une tonne de terre pour les céramiques de la grotte, et toujours le souci du résultat jamais acquis de la cuisson ?

Je n’ouvre jamais mon four avec du monde autour de moi. C’est un moment où l’on doit être seul, parce que c’est toujours une surprise. C’est ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’il y a toujours un challenge, sinon on se lasse.

L’autre partie de l’exposition présente des visages féminins, clins d’œil aux dessins, aquarelles et fusains de votre époux Jean Viennet.

Il y a beaucoup de doubles regards, car c’est sa signature. Je m’en amuse en représentant ses quatre yeux en trois dimensions. Mais mes têtes n’ont pas toutes quatre yeux ! Il s’agissait de faire souffler ici un brin de fantaisie, de charme, et d’âme, d’esprit, au travers de mes visages. Ils sont tous montés sur des socles très colorés, et il y a une symbiose qui fonctionne très bien entre les dessins et ces sculptures.

Comment travaillez-vous avec Jean Viennet ?

Je ne travaille pas exactement avec lui, mais quand on vit avec un personnage, on parle, justement, on se croise, dans des interprétations, des expressions. Mais je travaille complètement de mon côté et lui du sien. Je fais ces visages depuis 2017, ce qui est assez récent. C’est un peu l’aboutissement d’une vie, j’avais besoin du passage du temps. Faire des visages et des corps, c’est infiniment plus compliqué que de faire des poissons et des crabes, car il faut vraiment saisir ce qu’il y a derrière le visage…

Entretien réalisé par Maryvonne Colombani
Juin 2020

Entre 4 yeux
jusqu’au 6 septembre
Abbaye Saint-André, Villeneuve-lez-Avignon
04 90 25 55 95 abbayesaintandre.fr

Photographie : La Grotte fantastique, Chritine Viennet © Abbaye Saint-André