Foisonnante saison au théâtre de Grasse

De la prudence sans renoncements

Foisonnante saison au théâtre de Grasse - Zibeline

Le théâtre de Grasse n’a pas attendu le début traditionnel de la saison pour mettre en œuvre sa programmation. Comme il a été impossible de construire une programmation sur une saison complète tant les incertitudes sont grandes, une demi-saison a été mise en place jusqu’en décembre dans l’esprit d’une « solidarité territoriale » ainsi que le souligne son directeur, Jean Flores. Deux temps forts sont à compter en cette première partie de saison : Fracasse d’après Théophile Gautier, dans une mise en scène de Jean-Christophe Hembert, un virevoltant et animé roman de cape et d’épée où le théâtre est mis en abyme avec brio ; puis Rouge de John Logan, mis en scène par Jérémie Lippmann avec le duo Alexis Moncorgé et Niels Arestrup, ce dernier incarnant le peintre Rothko aux prises avec son assistant Ken qui, dans une joute verbale enflammée, remet en question les théories et actes du maître…

Le théâtre se love aussi dans la forme de la commedia dell’arte avec La Serenata par la Cie Prisma Teatro : masques et improvisation servent une intrigue débridée et cocasse. Le difficile sujet du handicap physique et mental est abordé avec humour et une énergie vivifiante par Thierry Combe dans sa pièce Jean-Pierre, Lui, Moi, dans l’enceinte d’une palissade circulaire, nouvelle agora théâtrale. Le cirque déploiera sa poésie, que ce soit avec Boat, inspiré à la Cie Hors Surface par Le Bateau Ivre de Rimbaud, poème acrobatique et musical aux variations époustouflantes entre numéro de funambule et trampoline. La Cie François Cervantes sert avec une verve bouleversante un texte qui nous parle de Genèse, de poésie, bref, de l’aventure humaine… le 6ème jour, à mi-chemin du théâtre et du numéro de clown (géniale Catherine Germain), n’a pas pris une ride depuis sa création, il y a plus de vingt ans, tandis que la fine observation du quotidien de l’entre-deux-guerres par François Cavanna, évoquant son enfance parisienne dans Les Ritals, se voit portée avec finesse et tendre espièglerie par Bruno Putzulu. Encore à la frontière des genres, Les rois vagabonds, Concerto pour deux clowns, allie la maestria acrobatique et musicale de Julia Moa Caprez et Igor Sellem pour un difficile exercice des zygomatiques du public. Proche de l’art circassien, Acqua Alta, Noir d’encre mêle chorégraphie et art visuel dans une superbe performance d’Adrien Mondot et Claire Bardainne face à la montée des eaux. Enfin, la musique n’est pas en reste avec trois concerts d’anthologie : le Kyle Eastwood Quintet ; Souad Massi et son nouveau spectacle Ya dra (qui sait ?), vibrant retour aux sources où hommage aux femmes et plaidoyer pour les droits de l’homme trouvent une voie commune ; et le pianiste David Bismuth accompagné par les solistes de l’Orchestre Prométhée qui fêtent le 250e anniversaire de Beethoven.

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2020

Théâtre de Grasse
04 93 40 53 00 theatredegrasse.com

Photographie : Acqua Alta © Romain Etienne

Théâtre de Grasse
2 avenue  Maximin Isnard
06130 Grasse
04 93 40 53 00
http://www.theatredegrasse.com/