Entretien avec Michel Kelemenis, directeur de Klap Maison pour la danse, à Marseille

+ de genres explorés, entre humour et étrangeté

• 12 mars 2020⇒28 mars 2020, 12 mars 2020⇒28 mars 2020 •
Entretien avec Michel Kelemenis, directeur de Klap Maison pour la danse, à Marseille - Zibeline

La 3e édition du festival accueille dix spectacles dont six écrits par des femmes.

Zibeline : Qu’est-ce qui a motivé la création du festival + de genres ?
Michel Kelemenis : Je souhaitais depuis longtemps ouvrir une page sur une question sociétale en écho direct avec l’expression du corps. Les questions de genre, de glissement de genre, de sexualité, de pornographie, tout cet environnement me semblait nécessaire à l’intérieur d’une maison comme celle-ci. Il nous a fallu du temps pour trouver une identité, une force, un dialogue pacifique avec notre environnement direct -car nous sommes dans un quartier où ces thématiques ne sont pas celles que l’on croise dans la rue à tout moment- mais aussi avec un public intéressé par la danse. C’est au bout de cinq ans que le temps m’a semblé juste, que j’ai ressenti comme une maturité pour le projet, pour sa perception, l’équipe, les gens de la ville.
N’êtes-vous pas un précurseur à présent que le sujet est devenu fréquent dans la création contemporaine ?
Je n’avais pas réfléchi en ces termes. Lorsqu’on l’a lancé il y a trois ans, c’était un acte assez fort et salué, avec la convergence de publics et de professionnels. L’été qui a suivi la première édition, le Festival d’Avignon s’est consacré à cette question-là aussi. On se rend compte que les structures de spectacles qui essaient d’avoir une écoute vis-à-vis des grands mouvements de société ont ouvert, ici ou là, des fenêtres de programmation qui s’emparent du sujet. Des artistes également trouvent autour de la question large des genres, et qui peut toujours s’élargir, des manières d’oser les questions plutôt que de la poser. À leur façon, en incluant des performances, des moments inattendus de réalité virtuelle, ou se promener dans une interrogation sur soi et dans la lecture que l’on a de l’autre.
Au fil des ans, la notion du genre à Klap s’est-elle étendue ?
Dès de la départ, nous n’étions pas focalisé sur LA question du genre. C’est une manière d’observer la diversité, les singularités. Nous vivons dans un monde où la communication individuelle est multipliée par les réseaux sociaux. C’est un endroit où les individualités ont non seulement besoin de s’exprimer mais aussi de se reconnaître. Nous voyons aujourd’hui la société, les autres, dans un panel de couleurs infiniment plus riche qu’il n’a jamais été parce que cette fenêtre-là est ouverte. Je trouve important de l’explorer et de se rendre compte que, derrière ces effets de circulation d’information, il y a des personnes qui réfléchissent, qui se mettent en jeu, avec audace, pour partager une vision du monde.
Comment se construit la programmation ?
Avec l’idée qu’il faut avoir cette ouverture dans la tête. Le thème étant large, il peut être relatif à l’impact de l’humanité sur la planète, aux relations hommes-femmes, au glissement de la pensée de sa propre personnalité. Il faut donc beaucoup d’écoute. C’est un voyage à travers des artistes qui reviennent et trouvent ici un espace de confiance et de visibilité plus grandes que dans des manifestations plus marginales. L’équipe s’est aussi mise dans ce sillage. Je tiens à rester à l’endroit de l’artiste que je suis, si bien que la programmation est très largement confiée à Laurent Meheust, le directeur adjoint.
Êtes-vous attachés à présenter des créations ?
Bien sûr, Klap est un lieu de création, avec des résidences. Mais il me semble aussi important d’être attentif à ce qui se fait en matière de propos, à l’échelle de la danse. Il faut donc inviter des choses qui sinon ne viendraient pas. Nous avions reçu il y a deux ans, par exemple, Silvia Gribaudi et Liz Kinoshita, dans la cadre d’un autre festival, Question de danse, qui montrent des projets en chantier, commentés. Elles reviennent pour montrer leurs œuvres finalisées. Matthieu Hocquemiller, qui nous accompagne depuis le début, va en revanche présenter une création.
Est-ce un festival tous publics ?
Beaucoup choses sont accessibles à tous. Certaines sont réservées aux adultes. La nudité peut poser problème. Dans All eyes on, Teresa Vittucci prend les traits d’une cam girl. Sa caméra connectée à un site Internet d’échange des corps de chacun, elle répondra aux sollicitations des internautes. Nous sommes tenus de protéger la jeunesse de choses qui peuvent, par définition, amener beaucoup d’inattendu. De nombreuses propositions sont à voir parfois avec humour aussi et portent leur lot d’étrangeté et je ne crois pas que le jeune public soit hostile à l’étrangeté, bien au contraire.
Entretien réalisé par LUDOVIC TOMAS
Février 2020
Photo Graces, Silvia Gribaudi ©Giovanni Chiarot eroidee

+ de genres
12 au 28 mars
Klap Maison pour la danse, Théâtre Joliette, Scène 44, Marseille
04 96 11 11 20 kelemenis.fr

Au programme
12 mars : Cellule, Nach ; Soulèvement, Tatiana JulienKlap Maison pour la danse
14 mars : Stimmlos Zwei, Arthur PeroleThéâtre Joliette
18 mars : Not I, Camille Mutel ; « ‘StɔːRiz », Joachim MaudetKlap
21 mars : All eyes on, Teresa VittucciKlap
27 & 28 mars : Goupils, Matthieu HocquemillerLa Scene44
24 mars : You can’t take it with you, Liz KinoshitaKlap
28 mars : Best regards, Marco D’Agostin ; Graces, Silvia GribaudiKlap

Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/