Panorama mondial de la danse contemporaine au Pavillon Noir

Danser le monde

Panorama mondial de la danse contemporaine au Pavillon Noir - Zibeline

Cette année, vingt-trois propositions viendront aiguiser notre regard sur la danse et apporteront de nouvelles clés pour décrypter le monde. Si le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, monté sur pointes, propose un florilège du répertoire classique (Le Corsaire, Don Quichotte, La Belle au Bois Dormant), il s’immisce aussi dans le domaine de la création avec le pas de deux d’Arcades d’Attilio Labis ou Celestial de Garrett Smith. Cette confrontation entre les époques et les esthétiques est centrale chez Jérôme Brabant et Maud Pizon qui, dans A taste of Ted, posent la question de l’exotisme des danses de Ted Shawn et Ruth Saint-Denis, les pionniers de la modern dance américaine. Hervé Chaussard interroge lui aussi le répertoire avec une mise en abîme inventive de Petrouchka. François Chaignaud et Nino Laisné reprennent les diverses danses espagnoles dans Romances inciertos, un autre Orlando pour mettre en doute les genres, de même que Hillel Kogan démolit les stéréotypes entre hommes et femmes dans une relecture distanciée du Lac des cygnes avec The swan and the pimp et que Oona Doherty dénonce la représentation des femmes dans les médias (Lady Magma). Les remuements du monde entrent dans la danse : Coup de grâce de Michel Kelemenis rappelle l’état de sidération qui nous a tous touchés lors des attentats du Bataclan, Syhem Belkhodja trouve en la jeunesse et la danse Les raisons d’espérer pour son pays la Tunisie, Lia Rodrigues (Brésil) met en scène la démesure violente et crue de la favela Maré dans Fúria, tandis que Va Wölfl (Allemagne) nous entraîne dans une énigmatique apocalypse (Neuer Tanz). L’art des corps en mouvement rejoint la littérature avec Kaori Ito et Miraï Moriyama qui s’inspirent d’Une belle étoile de Mishima pour Is it worth to save us ? en une drôlerie étrange. Mystère de la vie avec Solitudes de Daniel Léveillé, le couple se redéfinit par la danse avec Niv Sheinfeld et Oren Laor (The third dance), La Veronal questionne ardemment le futur qui nous attend (Pasionaria). L’ambiance du cinéma fait irruption sur scène avec le Moeder déjanté de Peeping Tom, la magie s’empare du plateau avec Philippe Saire (Hocus Pocus) qui joue des apparitions et disparitions. Émilie Lalande poursuit son travail pour le jeune public avec Quatuor à corps pour Mozart, pièce ludique, colorée et interactive. Enfin, La Horde impose dans To da Bone le jumpstyle et la construction d’un ensemble grâce aux réseaux sociaux…

Focus sur l’œuvre d’Angelin Preljocaj

Cinq spectacles sont consacrés au parcours du directeur du Pavillon Noir : retours sur des pièces anciennes, mais aussi réappropriation de créations avec ses propres danseurs. Une poétique forte se dégage de l’ensemble, un style puissant se dessine. Le Ballet Junior apporte sa fraîcheur et sa vivacité aux Quatre saisons, écriture chorégraphique nerveuse et jubilatoire à l’instar de la musique de Vivaldi, alors que l’art se questionne dans Paysage après les Méduses, plongée dans les années 90. Trois pièces courtes sont rassemblées pour le Ballet Preljocaj, le sublime et interminable baiser du pas de deux du Parc, le duo mystique d’Annonciation et l’évocation de Marius Petipa dans le délicat Ghost. Le Voyage d’hiver de Schubert, Winterreise (commande de la Scala de Milan) avec piano et chant sur scène tisse avec les danseurs un rythme poétique envoûtant. Enfin, 10 ans après sa création, le plus grand succès d’Angelin Preljocaj, Blanche Neige, conte adapté à notre époque, sourit-il.

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2019

Pavillon Noir (et autres lieux), Aix-en-Provence
04 42 93 48 14 preljocaj.org

Photo : Hocus Pocus, Philippe Saire © Philippe Pache

Pavillon Noir / Ballet Preljocaj
530 avenue Mozart
13627 Aix-en-Provence
08 11 02 01 11
http://www.preljocaj.org/