Face à face de Rhinocéros et architectures publiques au Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon

Confrontations des imaginairesVu par Zibeline

• 30 juin 2020⇒15 décembre 2020 •
Face à face de Rhinocéros et architectures publiques au Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon - Zibeline

Le musée de Préhistoire des Gorges du Verdon se restructure, le nouvel accueil a permis de repenser toute la muséographie et les expositions actuelles en scellent les premiers jalons.

L’accueil gainé de plexiglass depuis la crise sanitaire se situe désormais face à l’entrée des visiteurs, aux côtés du troupeau des animaux de la Préhistoire, que domine « Lucien » le mammouth. Au sommet de la courbe qui mène aux collections permanentes, un « ring » (en fait le système de sécurité imposé par Beaubourg) met en présence dans un face à face troublant la mascotte du Centre Beaubourg, Le Rhinocéros de Veilhan et « Gabriel », le Rhinocéros laineux de Quinson, reconstitué par Janssens (Ophys). Le premier animal, œuvre d’art créée pour la boutique Yves Saint-Laurent Rive Gauche Homme à New York avant d’être acquis par le Centre Beaubourg en 2001, se joue des lieux communs de la publicité automobile, emprunte son rouge flambant et lisse à la Ferrari, inversant les critères de la vitesse par sa lourdeur et sa puissance débonnaire, en un décalage malicieux avec ses dimensions légèrement plus imposantes que celles des rhinocéros actuels : proche du réel et pourtant « babiolisé ». Lié au travail de photographe du plasticien, le traitement des courbes et des volumes les sublime et accorde à la sculpture de résine une douceur inattendue. En vis-à-vis, d’une étrange expressivité, la reconstitution du mammouth laineux préhistorique appartient elle aussi à un univers fictif, puisque née de l’idée actuelle que l’on a de ces animaux disparus. La science et l’art se rejoignent ici dans la construction fictive d’animaux que l’on ne verra jamais…

La corne, c’est le Rhino !

En regard à cette confrontation complice, neuf panneaux livrent une approche historique, sociologique et philosophique des représentations de cet animal, en commençant par le « Rhinocéros Symbolique » illustré par la silhouette de celui retrouvé à la grotte Chauvet. Peut-on parler d’art lorsqu’il s’agit des représentations préhistoriques ? On ignore tout de leur fonction. Cachées, servait-elles à des rites initiatiques ? Elles sont porteuses d’une forte charge symbolique que nous ne savons pas encore décrypter… Suit le « Rhinocéros Iconique », de 1515 qui n’est pas que la date de Marignan mais aussi celle où Albrecht Dürer réalise, d’après les descriptions qui  lui en ont été rapportées, la gravure d’un rhinocéros des Indes, offert, vivant, en 1513 à Emmanuel le puissant roi du Portugal. Curieusement doté d’une carapace, d’écailles, de pattes proches de celles d’un saurien, ce rhinocéros véhicule encore fantasmes et élucubrations autour de ce qui est lointain et incompris. Le drôle de l’histoire est que Dali ou Niki de Saint Phalle se serviront de cette représentation et non d’images réelles pour leurs propres œuvres alors que l’encyclopédie conçue par d’éminents professeurs et naturalistes en offre d’excellentes et pertinentes représentations ! On retrouve aussi le rhinocéros sur une carte réclame du Chocolat Poulain (entre 1875 et 1925), dont l’original est au Mucem, à Marseille : sauvage et puissant, l’animal placé dans un cadre exotique est destiné à promouvoir l’un des produits des colonies dont les ressources sont ainsi valorisées. Le rhinocéros entre dans la littérature avec la fable de Florian, Le rhinocéros et le dromadaire, ou les aventures de Spirou et Fantasio, La corne de Dromadaire… La corne, symbole de puissance, permet de donner le nom de « scarabée-rhinocéros » au coléoptère oryctes nasicornis, même si l’insecte n’est pas plus gros qu’un bouchon de liège ! Cet attribut vaut malheureusement au rhinocéros d’être chassé de manière éhontée au point qu’au moins cinq de ses espèces sont en danger et d’être l’objet de trafics sans nom, tant ses vertus seraient immenses, chassant fièvres et maladies de cœur, alors qu’aucune preuve scientifique puisse le confirmer…

Entre fantasmes et réalités, cette approche par le biais du rhino nous renvoie à notre appréhension du monde avec une belle acuité et une bonne dose d’humour.

Les architectures publiques se mettent en quatre

Au rez-de-chaussée, les seize panneaux de l’exposition itinérante réalisée par la Maison de l’Architecture et de la Ville de PACA « 1977-2017 : Architectures d’intérêt public en Provence-Alpes-Côte d’Azur », dressent par décennie un bilan des « effets directs ou indirects » de la loi sur l’architecture du 3 janvier 1977 qui fête ses quarante ans. Le propos n’est pas de présenter un inventaire exhaustif des réalisations architecturales du domaine public de notre région mais d’élaborer une réflexion sur la fabrication d’un territoire par ses bâtiments publics, reflets à la fois de l’évolution de l’organisation politique (décentralisation, pouvoirs nouveaux des Conseils régionaux…), des enjeux des diverses gouvernances de la commande publique, de l’importance croissante des concertations préalables avec les différents acteurs de la construction et de ses usagers, et de la qualité des réalisations architecturales qui répondent à la fois à des critères esthétiques, et à leurs engagements écologiques et vertueux. La conscience aigüe de participer à l’élaboration du patrimoine, de répondre aux nécessités contemporaines, et d’être porteurs de sens, influe sur la conception des équipements (médiathèques, musées, gares, ouvrages d’art, hôtels de région et départementaux…). Les quatre auteurs des panneaux remarquablement illustrés, tous spécialistes d’architecture, Pascale Bartoli, Jean-Lucien Bonillo, Ève Roy, Thierry Durousseau, décryptent, expliquent, établissent des liens, donnent à voir et à comprendre l’architecture publique d’aujourd’hui dans sa complexité et sa richesse. Un visioguide sur l’architecture du musée signée Norman Foster complète la visite. C’est passionnant !

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2020

À noter : Le prêt de l’œuvre de Veilhan est effectué dans le cadre national de l’opération La culture près de chez vous et le projet départemental Au fil de l’art, les deux favorisant l’itinérance de l’art contemporain.

Le Rhinocéros de Xavier Veilhan
Jusqu’à novembre 2020

1977-2017 : Architectures d’intérêt public en Provence-Alpes-Côte d’Azur
Jusqu’au 15 décembre

Musée de Préhistoire, Quinson
04 92 74 09 59 museeprehistoire.com

Photographie : Face à face du Rhinocéros de Veilhan et de celui de Janssens © M.C.

Musée de la Préhistoire
Route de Montmeyan
04500 Quinson
04 92 74 09 59
www.museeprehistoire.com