Rencontre avec Evelyn Prawidlo, codirectrice des Correspondances de Manosque

« Comme de longs échos »

• 22 septembre 2021⇒26 septembre 2021 •
Rencontre avec Evelyn Prawidlo, codirectrice des Correspondances de Manosque - Zibeline

Zibeline : Les Correspondances se sont tenues en 2020 et se tiendront de nouveau cette année. Comment êtes-vous parvenus à tenir bon malgré les contraintes sanitaires ?

Evelyn Prawidlo : Je pense que c’est, avant tout, grâce à un grand enthousiasme de l’équipe. Le comité de lecture s’est mis sur les rangs. Tout le monde a très envie que le festival se tienne et fait preuve d’un engagement très fort. Nous avons également une magnifique équipe de bénévoles qui sera, tout comme les auteurs, prévenue des consignes imposées par la préfecture et par les décrets. Le pass sanitaire sera exigé à l’entrée de toutes les salles fermées. Le port du masque sera obligatoire. Nous ne savons pas encore s’il sera requis à l’extérieur : nous nous adapterons aux nouvelles mesures ou aux contre-indications qui s’imposeront. En termes de programmation, nous n’avons été contraints à aucune annulation. À l’exception de Ta-Nehisi Coates qui annule malheureusement sa tournée en France.

La sélection comporte toujours un grand nombre de premiers romans. Cette année, on dénombre dans votre programmation huit auteurs qui font leur entrée en littérature.

C’est une tradition du festival, depuis sa création : nous sommes tous les ans très attentifs à la venue de primo-romanciers, comme on dit -le mot n’est pas formidable, mais bon. Nous essayons de les faire dialoguer avec des auteurs qui leur ressemblent, ou au contraire de cultiver le goût des correspondances au sens baudelairien du terme -les « longs échos » qui peuvent exister entre les œuvres. Nous privilégions non pas des thématiques, puisque nous n’en choisissons jamais pour nos éditions, mais l’échange, le dialogue et l’hybridation entre les œuvres. C’est cette idée qui nous a fait concevoir par exemple la rencontre entre Laura Morante et Léonor de Récondo. Le premier roman de Laura (Quelques indélicatesses du destin, Rivages, 2021), qui est une actrice reconnue, sera évoqué en miroir avec celui de Léonor (Revenir à toi, Grasset, 2021), qui a fait carrière comme violoniste avant de s’aventurer en littérature. Cette question de comment le monde artistique peut amener au littéraire devrait trouver des réponses passionnantes ! Le rapprochement entre Julie Ruocco et Antoine Wauters s’est quant à lui fait tout naturellement : ce sont tous les deux de jeunes auteurs, même si Antoine a déjà beaucoup publié. Ils ont surtout écrit tous deux sur la Syrie : elle dans son premier roman, Furies, publié chez Actes Sud, et lui dans une magnifique mélopée parue chez Verdier, Mahmoud ou la montée des eaux. Nous avons également couplé deux primo-romancières : Salomé Kiner et Timothée Stanculescu, qui parlent toutes deux de la jeunesse de façon remarquable (respectivement Grande couronne, Christian Bourgois, 2021, et L’éblouissement des petites filles, Flammarion, 2021). Il faut prendre soin d’elles, car elles sont très prometteuses ! Et cela fait partie de l’esprit même du festival : découvrir de nouveaux auteurs puis les accompagner. C’est le cas d’Alice Zeniter, par exemple, ou encore de Sylvain Prudhomme qui sera de nouveau présent cette année pour une lecture musicale de son livre Les orages (Gallimard) en compagnie d’Albin de la Simone. Nous voulions à tout prix l’inviter, c’est un musicien formidable et l’occasion s’est enfin présentée !

Le dialogue entre les arts -musique et littérature, mais aussi littérature et arts visuels- est de nouveau au centre de la programmation. Notamment avec cette tradition des siestes littéraires…

En effet ! C’est un principe qui a été créé par Bastien Lallemant. Il s’entoure chaque année de complices musiciens aux profils aussi touche-à-tout que lui. Tous chantent en acoustique, jouent des morceaux de musique. Et à chaque sieste, une par jour, ils invitent des auteurs soit à chanter avec eux, soit à lire. Cela se passe dans la petite salle du Théâtre Jean Le Bleu. Le public s’allonge, les musiciens sont sur scène et on peut se laisser s’endormir. Sylvie Ballul a quant à elle organisé nos fameux concerts du soir. On y retrouvera en ouverture du festival le 22 septembre Bernard Lavilliers dans un vrai concert littéraire, de lectures de poésie et d’extraits de romans. Et le 23 septembre c’est Lou Doillon qui s’attaquera à Emily Dickinson, à ses lettres et poèmes. Nous sommes ravis de la recevoir, car elle est vraiment l’interprète idéale : grande lectrice, actrice et chanteuse, et complètement bilingue ! Charles Berberian, que nous invitons régulièrement, donnera avec Frànçois Atlas le 24 septembre un de ces concerts dessinés dont il a le secret. Côté cinéma, nous aurons le plaisir d’accueillir entre autres en avant-première Le monde de Proust de Thierry Thomas. Et les arts visuels sont évidemment très présents en la personne d’Emmanuel Guibert qui a concocté plusieurs cartes postales, notre très belle affiche, et a organisé une rencontre sur Giono, qui est son auteur favori. Autant dire que nous avons hâte d’y être !

Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
Septembre 2021

Correspondances de Manosque
Du 22 au 26 septembre
Divers lieux, Manosque
correspondances-manosque.org

Photo : Evelyn Prawidlo © Ghila Krajzman

Théâtre Jean le Bleu
Place Leinfelden
04100 Manosque
04 92 70 25 31
www.adcalaffiche.fr