Le programme d'été de Châteauvallon – scène nationale, à Ollioules

Châteauvallon croise les étoiles

• 16 juin 2018, 22 juin 2018⇒23 juin 2018, 29 juin 2018⇒30 juin 2018, 6 juillet 2018⇒7 juillet 2018 •
Le programme d'été de Châteauvallon – scène nationale, à Ollioules - Zibeline

Explosion de talents, de courants, de mouvements et de genres sur la scène nationale : l’été sera varié, mais toujours au sommet.

Coup d’envoi avec Chassol (16 juin), réinventeur de sons et musicien d’ambiances (pas d’ambiance, oh non, mais utilisant les bruissements du quotidien comme autant de notes-matières). Avant de ravir les oreilles – et les yeux, car Chassol travaille autant le son que l’image, produisant distorsions auditives et mélanges visuels en direct -l’artiste fut, très jeune, chef d’orchestres classiques, arrangeur (pour Keren Ann ou Phoenix), compositeur pour le cinéma ou la pub… Aujourd’hui il mélange ses talents, et la sensation est exponentielle. Pour Big Sun, chants d’oiseaux et rumeurs de carnaval habitent sa musique inspirée et envoûtante.

Deux Nuits Flamencas (conçues par Juan Carmona) pour plonger véritablement dans l’été (22 et 23 juin) Paloma Fantova, connue pour son engagement total sur scène, embrasera le plateau, avec cette urgence qui laisse penser que, chaque fois, c’est une question de vie ou de mort que de transcender le chant et la guitare (Aquilino Jiménez) par la danse. Puis l’ancien soliste du Ballet national d’Espagne Jesus Carmona présentera Impetu’s (22 juin), condensé de culture flamenca traditionnelle et d’expériences personnelles du danseur, qu’il nous livre dans un spectacle, son titre l’indique, plein de fougue et d’émotions. Les six danseurs s’accordent sur les notes de grands compositeurs, interprétées par des maîtres : Daniel Jurado et Oscar Lake (guitare), Thomas Potiron (violon), Paco Vega (percussions) et Juan José Amador au chant. María Pagés et ses six musiciens clôturera ces Nuits, dans une chorégraphie très théâtrale, un spectacle où les mots prennent autant d’importance que les pas, où l’histoire, celle d’une femme investie jusqu’au bout des doigts dans l’aventure flamenca, se décline en verbes et en gestes : Óyeme con los ojos (23 juin) est la marque d’une artiste mondialement connue qui sait créer ses propres codes et projette l’art flamenco dans une esthétique moderne et nouvelle.

Réinterprétation toujours et encore, garante d’un art vivant, le Break à Mozart 1.1 de Kader Attou (29 juin) harmonise hip hop et musique du patrimonial Mozart. Dix musiciens de l’Orchestre des Champs-Élysées, installés en fond de scène, interprètent dans une partition pour cordes l’ouverture de Don Giovanni ou le Requiem. Chemises blanches et pantalons noirs, les dix danseurs intègrent et doublent la mélodie. Les gestes en sont démultipliés, les codes explosent, danse et musique se découvrent et repoussent les limites.

Deux spectacles de danse complètent le programme estival, les Ballets de Monte Carlo (6 & 7 juillet) et la Cie italienne Aterballetto (27 & 28 juillet). Jean-Christophe Maillot, directeur des Ballets de Monte Carlo, propose avec Aleatorio l’assemblage de trois courtes pièces crées entre 2002 et 2015 : Men’s Dance pour des danseurs, Men’s Dance for Women pour danseuses, et le duo Presque rien. Avec Bach comme complice, le chorégraphe propose ainsi de mieux comprendre le souffle créatif sur plus d’une décennie. Dans Golden days, les danseurs de l’Aterballetto interprètent trois pièces de Johan Inger : Bliss (musique Keith Jarret), Rain Dogs (musique Tom Waits) et le solo Birdland sur la chanson éponyme de Patti Smith. Danse contemporaine très pop.

Musique avec Hugh Coltman accompagné d’un New Orlean’s Brass Band (30 juin) pour A great American Song Book, qui croise rock « lettré » et jazz des origines. Hocine Boukella (fondateur du groupe de rock algérien Cheikh Sidi Bemol) interprétera des Chants marins Kabyles (10 juillet) sur des textes du poète Izlan Ibahriyen.

Et la dernière création de Denis Podalydès (version metteur en scène) rendra hommage à la langue et la finesse de Marivaux dans Le Triomphe de l’amour (20 & 21 juillet). Éric Ruf à la scénographie, Christian Lacroix signe les costumes, et Christophe Coin à la direction musicale partage le plateau avec d’autres fidèles du metteur en scène. Royaume des masques qui s’accrochent pour mieux tomber, des sourires qui cachent le désarroi, des bons mots employés pour mieux blesser ou panser, le théâtre de Marivaux est un havre de pensée.

ANNA ZISMAN
Mai 2018

Châteauvallon – scène nationale, Ollioules

Photo : Óyeme con los ojos c David Ruano