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J’ai peur quand la nuit sombre, du 23 au 26 mai au Théâtre du Merlan, à Marseille

Chaperon rouge pour enclos humain

• 23 mai 2018⇒26 mai 2018 •
J’ai peur quand la nuit sombre, du 23 au 26 mai au Théâtre du Merlan, à Marseille - Zibeline

Après les terrains de sports et les cours d’école maternelle, le collectif ERD’O investit les parcs et jardins publics avec un Chaperon rouge aux allures de safari introspectif.

Le conte du Chaperon rouge fait partie d’un patrimoine commun, qui transcende époques et continents. Pour en retrouver l’essence, Edith Amsellem a choisi de piocher dans des versions non expurgées issues de la tradition orale, quelques siècles avant le happy end consacré par les frères Grimm. « Viol, pédophilie, gérontophilie, cannibalisme, scatologie et fétichisme y sont réunis en un cocktail explosif ! » commente la directrice artistique du collectif ERD’O, passée experte dans l’art d’ausculter les plus troubles relations humaines, après ses audacieuses relectures de Gombrowicz et de Laclos. Comme la metteuse en scène a aussi le goût de l’espace public, elle invente cette fois une inédite scénographie tissée de rouge… pour espaces verts. Un véritable enclos de jeu, parquant cinq comédiens menant quatre parcours différents, sur deux sessions répétées en boucle. Quasi-muséographique, cette « installation vivante » donne la parole au chaperon et à son ascendance -mère et grand-mère. « Il ne s’agit pas d’un spectacle anti hommes ! », précise Edith Amsellem. « La figure du loup y est polymorphe. Il embrasse tour à tour les figures masculines que fantasme chacune de ces générations : l’homme idéal de la grand-mère, de la mère, d’un chaperon hétérosexuel, et d’un chaperon bisexuel ».

Conjurer les peurs collectives

Le loup s’y fait peu à peu l’allégorie d’une virilité prédatrice, une figure récurrente dans l’univers du collectif ERD’O -Valmont dans Les liaisons dangereuses, ou le Prince d’Yvonne, princesse de Bourgogne. L’animalité est ici transcrite par la corporalité du danseur performer Yoann Boyer, un être hybride nourrissant une relation quasi chamanique à la nature, apte à embrasser d’un même élan les arbres, la terre et les femmes. Les comédiennes sont pour certaines des fidèles du collectif ERD’O, telle Anne Naudon, qui campa dès 2012 une inénarrable Merteuil, puis la Reine de Gombrowicz en 2015 ; ou encore Laurène Fardeau, sortie de l’ERAC en 2013, qui endossa le rôle d’Yvonne. Chacune porteuse d’un pan de l’histoire du féminisme, elles en transcrivent les enjeux aux étapes clés de la vie d’une femme. Déambulant autour de l’espace de jeu, le public pourra y suivre l’histoire par le prisme successif de chacun de ces personnages, « comme au musée… ou au zoo ! », s’amuse Edith Amsellem, qui s’est toujours repue de mises en abyme autour du statut du spectateur-voyeur. En marge des représentations, l’action artistique Broder la ville utilise les équipements urbains -grillages, barrières…- comme autant de trames de canevas, prompts à accueillir en écarlates lettres capitales des phrases issues d’ateliers d’écriture : « Je veux être au sommet du vide » dominant Marseille depuis les quartiers Nord, « J’aimerais ne plus rougir » en face du Théâtre du Merlan… En jetant en pâture ces peurs collectives aux yeux du monde, il s’agit toujours pour Edith Amsellem de « trouver un écrin pour que la proposition artistique résonne plus fort. »

JULIE BORDENAVE
Mai 2018

J’ai peur quand la nuit sombre
23 au 26 mai
Théâtre du Merlan, Marseille

Photo : c Edith Amsellem


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/