Le pari fou du festival C'est pas du luxe ! à Avignon

C’est pas du luxe !, le festival où l’art inclut

• 25 septembre 2020⇒27 septembre 2020, 25 septembre 2020⇒27 septembre 2020 •
Le pari fou du festival C'est pas du luxe ! à Avignon - Zibeline

La Fondation Abbé Pierre, la Garance – scène nationale de Cavaillon et l’association Le Village retrouvent Avignon pour un festival pas comme les autres.

L’aventure C’est pas du luxe ! continue. Un mariage à trois qui se renouvelle une année sur deux, sous les bons auspices de la ville d’Avignon. La Fondation Abbé Pierre, la Garance – scène nationale de Cavaillon et l’association Le Village, avec également le soutien d’Emmaüs France et du ministère de la Culture, co-organisent une nouvelle édition de cet événement culturel pluridisciplinaire singulier. Ils vivent en centres d’hébergement, pensions de famille, sont membres d’une communauté Emmaüs, demandeurs d’asile, en situation de handicap… Ils sont les 750 héroïnes et héros de 9 films, 16 pièces de théâtre, 12 concerts, 14 expositions et même d’un grand bal. Le festival C’est pas du luxe ! propose bien du théâtre, de la musique, des expositions, de la danse, du cinéma. Mais les artistes ne sont pas ceux dont on a l’habitude de voir les noms dans les programmes. Les œuvres présentées ont été élaborées sur le long cours, dans le cadre d’ateliers, par des personnes en situation de précarité, en co-création avec des artistes professionnels. Ils sont 750, originaires de tous les coins de France, à avoir donné de leur temps et de leur sensibilité pour aboutir à une programmation éclectique de 60 spectacles, présentés dans quelque 26 lieux avignonnais. « Cela donne de très belles rencontres à chaque édition, témoigne Sybille Arlet, cheffe de projet pour la Fondation Abbé Pierre. C’est un moment de valorisation pour ces personnes qui en tirent une grande fierté et ressortent avec beaucoup d’énergie pour avancer dans la vie. » Fierté d’avoir accompli un objet artistique autant que de recevoir les réactions du public. De cette mise en lumière peut émerger un regard différent sur les personnes fragiles, dans une société où elles sont encore trop souvent perçues comme une charge, coûtant « un pognon de dingue » selon les mots du plus haut représentant de l’État à peine un an après son élection. Les artistes professionnels sont généralement tout aussi marqués par l’aventure et certains y reviennent à l’instar du photographe Christophe Loiseau qui, cette année, a dirigé l’installation-vidéo Prendre place. Sur un grand écran posé en plein air, un célèbre tableau de Brueghel le Jeune prend vie. Filmés sur fond vert, cent-quarante participants rejouent les différentes scènes, adoptant les postures des personnages lors d’une fête paysanne haute en couleurs. En avant-première du Festival de Marseille, la compagnie Rara Woulib présente Moun Fou acte III, une création qui donne corps aux sans-voix, aux exclus du débat citoyen, dans un mouvement festif et poétique où les savoir-faire et les savoir-être de chacun créent œuvre commune, à travers des récits intimes, chants rituels et danses libératrices. Autre moment fort, un grand bal participatif, sous la houlette de la chorégraphe Marinette Dozeville. Les danseuses de sa compagnie ont animé des ateliers au sein d’établissements de lutte contre la grande précarité dans différentes villes de France. Plusieurs temps ont été imaginés : danses collectives, danses susurrées à l’oreille, relaxation, DJ set… Pour tenter de répondre à une question simple : au fait, pourquoi on danse ? En guise de clôture, l’homme de théâtre Marc Sollogoub devient chef de chœur et invite les festivaliers à entonner un chant écrit pour l’occasion à partir des réponses à un questionnaire sur ce que représente C’est pas du luxe ! pour les participants.

LUDOVIC TOMAS

Septembre 2020

Photo C’est pas du luxe ! 2018 © Hélène Degrandpré

C’est pas du Luxe !

25 au 27 septembre

Divers lieux, Avignon

cestpasduluxe.fr